Le maire de Saint-Ouen ne veut pas d'enfants roms dans son école

Politique
DISCRIMINATION - A Saint-Ouen, les enfants roms, qui vivent dans un bidonville de la commune, ne pourront pas aller à l'école cette année. La raison : le maire le leur interdit. Un refus pourtant illégal.

Appliquer la loi, avec le même souci de justice et d'égalité pour tous, "sans distinction d'origine, de race ou de religion", pour citer la Constitution, voilà une idée que William Delannoy ne semble pas partager lorsqu'il s'agit d'enfants roms. Le maire UDI de Saint-Ouen (93) a décidé qu'à la rentrée, les enfants du bidonville de la rue Ardouin, situé dans sa commune, n'auraient pas droit de cité à l'école. Il n'en fallait pas plus pour provoquer l'émoi, notamment parmi les associations de soutien aux membres de la communauté Rrom.


Tout commence le 30 août, lorsqu'"un militant de la plate-forme AIOS (mis en place à la demande du préfet de la région Ile-de-France pour suivre les campements illicites, NDLR) s’est rendu en mairie pour inscrire un enfant du bidonville. On lui a indiqué que le maire avait donné des instructions pour refuser ces enfants", raconte Andrea Caizzi au Parisien, membre de l’association pour la scolarisation des enfants tsiganes (Aset).

L'argument de la domiciliation

Pour justifier sa décision, William Delannoy  invoque l'argument de la domiciliation car, selon lui, "ces enfants ne disposent pas d’adresse de domiciliation à Saint-Ouen. Je n’ai donc aucune raison de les scolariser". Pour Marie-Geneviève Guesdon, du collectif Rom Europe 93, cet argument ne tient pas : "Leurs parents n’ont certes pas de papiers de domiciliation, mais on ne peut nier leur présence sur le territoire".


Cette dernière, toujours citée par Le Parisien, rappelle : "La scolarisation des enfants est une obligation qui s’impose aux parents comme aux municipalités". Au début de l'année, l'Aset avait déjà tenté de scolariser un enfant du bidonville, et déjà, la mairie refusait. Ce refus a été signalé au Défenseur des Droits, qui a saisi la préfecture et le rectorat, d'après Le Figaro.

Les enfants roms ne sont pas des "petits princes et princesses"

Dans le Figaro, William Delannoy répond aux accusations : "Si je refuse de scolariser ces enfants, c'est parce que l'État ne fait rien pour remédier aux installations illégales de campements. Il faut que tout le monde prenne ses responsabilités". Conscient de l'illégalité de sa décision, le maire continue : "Et puis la ville de Saint-Ouen a suffisamment de problèmes, vous croyez qu'on peut se permettre d'en gérer d'autres ?"


Le bidonville, qui compte 300 âmes, doit être démantelé le 14 octobre prochain. Le maire est persuadé qu'une scolarisation " sera un argument de plus pour les associations de s’opposer à cette évacuation". La dernière une du journal de Saint-Ouen souhaite une bonne rentré à ses "petits princes et princesses".

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