Le Maréchal Pétain sera-t-il vraiment honoré aux Invalides samedi ? Questions sur un hommage polémique

Politique
COMMÉMORATIONS - Les propos d'Emmanuel Macron autour de l'hommage qui doit être rendu samedi aux chefs militaires de la Grande Guerre, dont Philippe Pétain, alimentent une violente polémique. En quoi consiste cette cérémonie ? Pétain sera-t-il vraiment honoré ? Et quel traitement réservaient les prédécesseurs du chef de l'Etat à l'homme de Vichy ?

Emmanuel Macron rattrapé par une polémique vieille d'au moins 70 ans. Le chef de l'Etat a suscité de violentes réactions après ses propos au sujet du maréchal Pétain, alors qu'une cérémonie militaire prévoyait d'honorer samedi aux Invalides, à Paris, les chefs militaires de la Grande Guerre, dont l'ancien chef du gouvernement de Vichy.


En distinguant le "grand soldat" de la Première Guerre mondiale, objet d'un hommage "légitime", de celui qui a "conduit des choix funestes durant la Seconde Guerre mondiale", le chef de l'Etat a réveillé des passions qui renaissent à intervalles réguliers depuis la Libération. Avant les propos polémiques d'Emmanuel Macron, l'Elysée avait pourtant pris soin de minimiser le sens de cet hommage... Allant jusqu'à indiquer, finalement, qu'aucun hommage spécifique n'était prévu pour le maréchal Pétain. 

De quel hommage s'agit-il ?

L'événement prévu samedi, à la veille des commémorations du 11 novembre à Paris, est organisé par l'Etat-major des armées et le gouverneur militaire de Paris et non pas par l'Elysée. Anticipant la polémique, la ministre des Armées Florence Parly avait pris soin la semaine dernière d'indiquer qu'il n'avait "jamais été question d'honorer la mémoire du maréchal Pétain". La cérémonie militaire vise à rendre hommage "aux chefs militaires de la Grande Guerre, du caporal au général" avait déclaré mardi à l'AFP le porte-parole des armées Patrick Steiger. L'hommage a été proposé par le général François Lecointre et "validé par l'Elysée", qui sera représenté par son chef d'état-major, l'amiral Bernard Rogel. Cet hommage ne sera pas ouvert à la presse. 


Huit chefs militaires, dont le maréchal Joffre, devaient être honorés à cette occasion. Parmi eux devait donc figurer Philippe Pétain, pour son rôle dans le commandement militaire, notamment lors de la bataille de Verdun. Toutefois, le scénario de la cérémonie ne semblait prévoir, mercredi, qu'un hommage aux cinq maréchaux qui ont leurs tombeaux aux Invalides et qui seront nommément cités, Foch, Lyautey, Maunoury, Fayolle et Franchet d'Esperey.   "Samedi, le chef d'état-major fleurira la tombe des cinq maréchaux qui sont  aux Invalides où il n'y a pas Pétain", a précisé l'Elysée dans la foulée, affirmant finalement que "l'Etat français ne célébrera donc pas Pétain". Dans la soirée, l'état-major des armées a publié un programme qui ne mentionne pas le maréchal Pétain. 

Honorer Pétain, une première ?

Si la polémique resurgit pour la première fois sous cette forme, ce n'est pas pour autant une première. L'hommage aux huit maréchaux, incluant Philippe Pétain, avait été rendu le 10 novembre 1968 par le général de Gaulle lui-même, aux Invalides, dans le cadre d'un hommage à l'armée française dans son intégralité, à l'occasion du cinquantenaire de la victoire. 


Le président de la République avait nommément cité à l'époque le maréchal Pétain comme celui qui avait "brisé l'effort acharné des Allemands" et "ranimé l'armée française en guérissant son moral blessé". 

Que faisaient les prédécesseurs d'Emmanuel Macron ?

Les propos d'Emmanuel Macron sur le rôle du maréchal Pétain font écho à des déclarations ou des commémorations assumées par le passé par ses prédécesseurs.


Premier adversaire de Pétain durant la Seconde Guerre mondiale, le général de Gaulle avait toutefois pris soin de réhabiliter sans équivoque l'ancien militaire pour son rôle dans la Grande Guerre, en dépit de l'indignité nationale dont il avait été frappé après la Libération. "Si, par malheur, en d'autres temps, en l'extrême hiver de sa vie, au milieu d'événements excessifs, l'usure de l'âge mena le maréchal Pétain à des défaillances condamnables, la gloire qu'il acquit à Verdun, qu'il avait acquise à Verdun vingt cinq ans auparavant et qu'il garda en conduisant ensuite l'armée française à la victoire ne saurait être contestée ni méconnue par la patrie", avait tranché le héros de la France libre lors d'une cérémonie à l'ossuaire de Douaumont, le 29 mai 1966, commémorant la bataille de Verdun. 


Ses successeurs ont rendu hommage, d'une autre manière, au "héros de Verdun". Georges Pompidou avait pris soin de fleurir sa tombe à l'île d'Yeu en février 1973, au retour du cercueil qui avait été dérobé par un commando d'extrême droite qui souhaitait le faire inhumer à Verdun. Valéry Giscard d'Estaing l'avait également fait en 1978, pour le soixantième anniversaire de l'armistice. Quant à François Mitterrand, il a systématiquement fait déposer une gerbe de fleurs sur sa tombe entre 1987 et 1992, avant que la polémique ne mette fin à ce qu'il considérait comme une "tradition républicaine". 


La véritable rupture est venue sous la présidence de Jacques Chirac, qui a refusé de fleurir la tombe du maréchal Pétain, préférant à partir de 1995 un hommage collectif à l'ossuaire de Douaumont

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