Le pape François refuse d'associer islam et violence, la droite réac en perd son latin

Politique

#PASMONPAPE - Sur le retour des JMJ à Cracovie, le pape François a refusé de faire le lien entre l'islam et le terrorisme et évoqué une "violence catholique". Des propos qui, pour certains à droite, s'apparentent à un baiser de Judas. La rupture reflète les tensions de la droite dure vis-à-vis du chef du clergé.

Divorce entre le pape et ses ouailles réactionnaires. Les propos de l’évêque de Rome sur la "violence catholique" passent mal au sein de la droite dure. Interrogé par des journalistes à bord du vol retour de Cracovie dimanche, le pape François a rejeté tout lien entre islam et terrorisme et nié toute spécificité à la "violence islamique". 

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"Si je parle de violence islamique, je dois parler de violence catholique. Non, les musulmans ne sont pas tous violents, les catholiques ne sont pas tous violents. C’est comme dans la macédoine, il y a de tout…", a estimé l’évêque de Rome, avant d’observer que "dans toutes les religions, [il y a] un petit groupe de fondamentalistes".

Mécontentements en série

Proféré moins d’une semaine après l’assassinat d’un prêtre par deux djihadistes à Saint-Etienne-du-Rouvray, ce message de fraternité a suscité un malaise dans une partie de la droite française. Côté Front national (FN), des responsables ont tout de suite fait savoir sur Twitter leur mécontentement. Ainsi, entre deux hashtags charpentés par la réacosphère pour l’occasion, #PasMonPape et #PapeFrançoisDémission, Gilbert Collard, député frontiste du Gard, en perd son latin :

Un secrétaire général du Collectif culture du FN, Gabriel Robin, enjoint lui le pape à respecter le "bon sens élémentaire". Fervent prosélyte de la théorie du "Grand remplacement", Robert Ménard n’a pas non plus donné sa bénédiction à la parole papale. "Le Pape Francois est comme ces bobos des beaux quartiers. Il prône la diversité mais il ne vit pas avec elle", tempête le maire de Béziers affilié FN, qui est aussi catholique pratiquant.

"Le pape se trompe lourdement", complète l'élu biterrois auprès de metronews mardi. "Mettre la violence privée de certains catholiques et la violence islamiste sur un même plan est absurde. Je ne suis pas théologien, mais il me semble que c’est nier la dérive d’un certain islam et ne pas regarder les choses en face”, peste-t-il, tout en mettant cette "appréciation personnelle" du pape sur le compte de son "voyage épuisant" aux Journées mondiales de la jeunesse (JMJ). Mais le même va plus loin dans une interview au site conservateur Boulevard Voltaire dans laquelle il argue que, par ses propos, le pape "exonère l’islam de toute responsabilité".


"Une volonté chez certains de revenir à un esprit de croisade"

Pour cette partie de la droite radicale, coincée entre son obéissance à l’autorité cléricale et ses positions identitaires, la polémique prend des airs de schisme. "Il existe dans le catholicisme des gallicans, qui ont un esprit d’indépendance très français vis-à-vis de Rome et ne se sentent pas liés par une obéissance absolue au pape", explique à metronews Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite et directeur de l’Observatoire des radicalités politiques de la fondation Jean-Jaurès.

L'appel au dialogue du pape heurte les militants qui souhaiteraient qu'il s'en tienne à une ligne plus traditionaliste. Ses positions jugées plus progressistes que ses prédécesseurs à l'égard des migrants ont déjà déplu à Marion Maréchal-Le Pen, qui s'était désolée qu'il se mêle de politique, tout en soutenant pourtant : "Vous ne me ferez pas critiquer le pape même si vous en rêvez."

A l'heure des attentats djihadistes, "il y a une volonté chez certains à la droite de la droite de revenir à un esprit de croisade", complète Jean-Yves Camus. "Peut-être que de nombreux catholiques très à droite souhaitent que cette mentalité revienne. Mais pas sûr qu'elle soit un instrument d'efficacité. Si le pape se lançait dans une sorte de croisade, s'il affirmait que c’est une guerre du christianisme contre l’islam, les conséquences seraient incalculables, catastrophiques."

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