Le pari délicat de Benoît Hamon, qui quitte le Parti socialiste pour refonder la gauche

NOUVEAU DEPART - L'ancien candidat socialiste à la présidentielle Benoît Hamon (6.36% des voix au premier tour) a annoncé qu'il quittait le Parti socialiste ce samedi 1er juillet, lors du rassemblement sur la pelouse de Reuilly. L'ambition est grande et particulièrement délicate : poser les bases d'une refondation de la gauche après la débâcle du PS et de ses alliés aux législatives, tout en isolant les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon.

Benoît Hamon a eu beau renier en partie l'héritage de François Hollande, il en a gardé, ce 1er juillet, au moins une spécificité : la grisaille des jours de grands événements. C'est en effet sous un ciel bien terne que l'ex-candidat socialiste à la présidentielle a convié les citoyens de gauche, samedi, à venir refonder la gauche à l'occasion d'un grand atelier citoyen sur le pelouse de Reuilly, dans le XIIe arrondissement de Paris. "Si on n'est pas mouillé un jour de baptême, ce n'est pas bon", en a rigolé l'intéressé avant son discours. Par chance, les averses se sont tues en début d'après-midi, laissant place à une simple grisaille, puis à un beau ciel bleu plus propice aux déambulations et aux grands discours, devant un auditoire revendiqué de 11.000 personnes.


Un grand discours de refondation, précisément. Amateur de suspense, Benoît Hamon aura attendu la fin de la journée, et le terme de son discours, pour annoncer son départ du Parti socialiste.

Et de s'expliquer devant les militants : 

"Il faut changer de cadre. Il y a 30 ans, j'ai adhéré au PS. J'ai rejoint ce parti avec des rêves plein la tête. J'y ai passé 30 longues et belles années. J'ai aimé passionnément ce parti. J'ai décidé de quitter le PS. J'ai acquis la conviction que je serai plus utile en dehors"Benoît Hamon

Pour l'ancien candidat du PS, "le Parti socialiste a peut-être fait son temps. Ma conviction, c'est qu'il est temps de tourner une page pour nous inscrire dans un processus tel qu'a été le congrès d'Epinay". Et de conclure : "A mes amis qui restent au PS, je ne dis certainement pas adieu, mais au contraire, à tout de suite". En clair : Benoît Hamon fait le choix de quitter le parti de Solférino pour en accélérer la disparition, même s'il clame le contraire.


L'enjeu de ce premier rendez-vous était crucial pour celui qui se donne pour objectif de contribuer à la refondation de la gauche. Alors que le PS a subi une débâcle historique aux législatives (il est passé d'une majorité absolue à 30 députés), son petit groupe parlementaire rebaptisé "Nouvelle gauche" subit l'assaut des Insoumis de Jean-Luc Mélenchon, bien décidés à incarner la "vraie" opposition parlementaire et à parler beaucoup plus fort. L'exercice est d'autant plus délicat que Benoît Hamon doit assumer le score le plus faible de l'histoire du PS à une élection présidentielle (6.36% au premier tour), puis son échec personnel aux législatives.

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Benoît Hamon : "Si on est pas mouillés un jour de baptême, ce n'est pas bon"

Son départ du PS

Ce "Mouvement du 1er juillet", annoncé depuis plusieurs semaines et bardé d'un nouveau logo qui ne garde rien de celui du Parti socialiste, sauf la couleur, avait convié auparavant, pour des prises de paroles, membres de la société civile, "intellectuels", "ouvriers", journalistes ou associatifs, ainsi qu'un "barcamp" pour parler "pouvoir citoyen" "et éducation populaire", en présence de nombreuses figures de l'aile gauche du PS, de l'ex-ministre grec Yanis Varoufakis et de l'écologiste Cécile Duflot. 


Avant la prise parole de l'ancien candidat socialiste, était également organisé un "procès citoyen" sur le thème de la malbouffe, avec en "guest star" l'association L214, qui filme l'intérieur des abattoirs qui maltraitent le bétail. 

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Benoît Hamon quitte le parti socialiste et crée son "mouvement du 1er juillet"

L'offensive contre "Jupiter"

Avant d'annoncer qu'il quittait le PS, Benoît Hamon a donné le ton de la bataille qu'il souhaite mener en se livrant à un réquisitoire du pouvoir en place, raillant l'image de "président jupitérien" que s'est attribuée Emmanuel Macron. Histoire d'éloigner définitivement, à gauche, ces "représentants du dernier quinquennat" de François Hollande qui envisageraient de soutenir certaines réformes du gouvernement d'Edouard Philippe et n'apprécieraient pas trop le coup de barre à gauche de l'ex-candidat socialiste. 

"L'élection présidentielle accouche d'une fable incroyable, la fin du clivage droite-gauche. La confusion entre la droite et la gauche a été plus fatale à la gauche qu'à la droite, qui gouverne aujourd'hui. Nous partons peut-être plus légers, moins nombreux, mais plus cohérents"Benoît Hamon

Pour Benoît Hamon, la présidentielle a acté le "remplacement" du PS par La République en marche et La France insoumise. "La paralysie de la gauche social-démocrate réside dans son échec à s'engager dans la bataille idéologique. Je veux porter cette bataille avec vous", a-t-il conclu, assurant que cette gauche à reconstruire ne pourrait en aucun cas voter la confiance au gouvernement actuel. 

Il cible Jean-Luc Mélenchon

Benoît Hamon ne s'est pas contenté de cibler l'exécutif. L'autre adversaire désormais désigné, c'est La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, dont l'ex-député socialiste a vivement critiqué les premiers pas à l'Assemblée nationale. 


"Nous ne sommes pas partisans de voir le clivage droite - gauche s'effacer au profit d'un clivage entre les élites et le peuple. C'est le choix de Jean-Luc Mélenchon", a-t-il fustigé, avant d'évoquer les esclandres des Insoumis au Palais Bourbon, notamment dans la polémique sur le refus de porter la cravate : "Je n'ai pas souvenir que les coups d'éclats de Jaurès à l'Assemblée aient été vestimentaires, pas davantage que je n'imagine Jaurès s'indigner de la présence d'un drapeau européen". Celui qui ne veut "pas faire cadeau à Emmanuel Macron d'une opposition caricaturale" dévoile un peu de ses intentions. Pour "refonder" la gauche et suciter un nouveau congrès comparable à celui d'Epinay (celui qui créa le PS), il faudra d'abord étouffer le mouvement de Jean-Luc Mélenchon.

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Benoît Hamon, candidat du PS à la présidentielle

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