Le pouvoir est "dangereux, il peut devenir une drogue", la mise en garde de l'ancien président Sarkozy à Emmanuel Macron

Politique
DirectLCI
POLITIQUE - L'ancien président a accordé un long entretien au Point. L'occasion pour l'homme politique de donner son avis sur Emmanuel Macron, sur l'Europe ou encore sur sa vision du pouvoir.

Depuis l'élection d'Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy est resté discret. Probablement occupé par son agenda judiciaire chargé. Ce mercredi, il aura choisi de sortir de son silence dans les colonnes du Point. Douze pages dans lesquelles il parle de Donald Trump, du Brexit ou encore du modèle démocratique occidental. Il y affirme aussi n'avoir "aucun regret" de son mandat présidentiel passé.

Emmanuel Macron, "Donnons-lui le temps"

Interrogé sur la politique d'Emmanuel Macron, l'ancien président explique ne pas vouloir commenter son action politique. "En matière de critiques il semble servi", lâche-t-il aux journalistes du Point, avant d'ajouter souhaiter "le meilleur pour notre pays". 


"Je ne suis plus dans le combat politique. Je sais combien il est difficile de satisfaire toutes les attentes nées d’une élection. Je m’abstiendrai donc de le critiquer. J’observe d’ailleurs qu’en matière de critiques il semble servi… Et c’est si facile de détruire." 

Donnons-lui le temps. Les Français s’exprimeront lors des prochaines échéances électorales".Nicolas Sarkozy

"Le modèle démocratique occidental touche ses limites"

S'il évite toute critique personnelle sur l'actuel occupant de l'Elysée, Nicolas Sarkozy se montre beaucoup plus sévère sur "le modèle démocratique occidental", qui, selon lui "touche aujourd'hui brutalement ses limites, car il est en train de devenir synonyme d'impuissance. Dans le fonctionnement actuel, il est plus "démocratique" d'empêcher de faire que de faire".


Pour appuyer ses propos, il cite le projet du Grand Paris, mais aussi celui Notre-Dame-des-Landes. "Le projet du Grand Paris se perd dans des débats interminables et il nous faut quarante ans pour ne pas faire un aéroport régional à Nantes".


De fait, ces changements peuvent être mal perçu par les Européens. "Cette mutation est vécue intuitivement par les peuples européens comme un déclassement. Ils sentent que la civilisation occidentale, qui était le modèle quasi-unique et exemplaire, ne l'est plus tout à fait". 

"Le divorce avec le Royaume-Uni est évitable"

De fait, l'ancien président prône pour "un nouveau traité" pour "changer profondément les règles du jeu" de l'Union européenne, et empêcher le "divorce" avec le Royaume-Uni qu'il juge "évitable". 

Nous sommes en train de perdre la deuxième économie d’Europe, le Royaume-Uni, et nous ne nous intéressons qu’à une seule chose : les conditions du divorce, sans nous demander si ce divorce est évitable. Or j’ai la conviction qu’il l’est.Nicolas Sarkozy

Et avant les européennes de mai 2019, "une seule priorité : mettre un nouveau traité sur la table pour définir l’Europe de l’avenir et changer profondément les règles du jeu", juge Nicolas Sarkozy. Il souligne d'ailleurs avoir "dirigé la droite française pendant une douzaine d’années" en ayant "réussi à maintenir la cohésion entre les fédéralistes, les eurosceptiques, comme on dit, et les souverainistes". Cette déclaration intervient alors que Les Républicains (LR), dirigés par Laurent Wauquiez, doivent dévoiler leur liste pour le scrutin. 


Pour lui, un nouveau traité européen permettrait de proposer aux Britanniques de rester au sein de l'Europe "de demain. Avec des compétences moins nombreuses mais plus lisibles". Cette nouvelle Europe, "sa priorité doit être la mise en œuvre du marché unique et d’une petite dizaine de politiques majeures telles que l’agriculture, l’industrie, la concurrence, le commerce ou la recherche. (...) Tout le reste sans exception doit être renvoyé à la compétence des Etats".

Viktor Orban n'est pas "un leader d'extrême droite"

Quant à Viktor Orban, "il a remporté trois fois les élections. Personne n'a dit qu'elle avaient été truquées", défend Nicolas Sarkozy. "Faire de Viktor Orban un dictateur et un leader de l'extrême droite ne correspond pas à la réalité". 


La Hongrie, où le Premier ministre souverainiste Viktor Orban a été réélu en avril, s'est illustrée depuis 2015 par sa politique hostile à l'accueil de migrants, aux sans-abris, ou encore au monde de la culture. Des positions souvent radicales qui l'ont exposé aux critiques de ses partenaires européens. 

Donald Trump "gère les Etats-Unis sans principe"

Clément avec le leader hongrois, Nicolas Sarkozy l'est beaucoup moins avec le président américain. Il accuse Donald Trump de gérer "les Etats-Unis sans principe, sans doctrine, sans limite, sans mémoire". Il dénonce un manque de cohérence dans ses décisions politiques. "Quelle est la cohérence quand le président des Etats-Unis nous explique qu'il ne veut pas du traité sur le nucléaire iranien, car il ne contient pas assez de garanties (...) et que ce même président signe avec Kim Jong-un un document recto-verso qui n'apporte, pour le coup, aucune garantie?"


Autre problème pour l'ancien président français, ces arbitrages peuvent parfois être dangereux "La décision de Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale de l'Etat hébreu est inopportune, car ce conflit allait vers sons apaisement

Le pouvoir, "une parenthèse dont on n’est pas propriétaire"

Quant à son parcours personnel, il raconte ne rien regretter. Et donne un conseil. Une mise en garde à Emmanuel Macron. Contre un pouvoir "dangereux, [qui] peut devenir une drogue. Un peu d’expérience ne nuit pas face aux dangers que les émanations du pouvoir peuvent générer". Il admet avoir "commis des erreurs, il y a des choses que je referais différemment, mais je n’ai aucune amertume, aucun regret".


Envie de revenir au pouvoir ? "Je savais dès le début que le pouvoir était une parenthèse dont on n’est pas propriétaire", répond Nicolas Sarkozy, assurant ne pas avoir "besoin du pouvoir pour vivre". Battu par François Hollande en 2012, Nicolas Sarkozy est revenu en politique en 2014, briguant la présidence de l'UMP rebaptisée Les Républicains, avant d'échouer en 2016 au premier tour de la primaire de la droite face à François Fillon et Alain Juppé.

Cet entretien fleuve intervient quelques jours après la confirmation par la Cour d’appel de Paris de son renvoi devant un tribunal pour les dérapages financiers de sa campagne de 2012 dans l’affaire dite "Bygmalion". Son avocat va former un pourvoi en cassation. Nicolas Sarkozy est également mis en cause dans d'autres dossiers. Il est mis en examen depuis mars 2018 pour "corruption passive, financement illégal de campagne électorale et recel de fonds publics libyens" dans le cadre de la campagne présidentielle de 2007.

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter