Le soutien de François Bayrou est-il vraiment un atout pour Alain Juppé ?

Politique

POUR LE MEILLEUR OU POUR LE PIRE - François Bayrou le clame haut et fort à longueur d'interviews ou de meetings : il soutient Alain Juppé dans la primaire de la droite et du centre. Est-ce une bonne nouvelle pour le maire de Bordeaux, actuellement en tête des sondages ? Que peut lui apporter celui qui fut le troisième homme de la présidentielle 2007 ?

Depuis plusieurs semaines, François Bayrou ne cesse d’apporter son soutien à Alain Juppé pour la primaire de la droite et du centre. Si le maire de Bordeaux remporte le scrutin, le président du Modem a en effet annoncé qu'il renoncerait à se présenter au premier tour de l’élection présidentielle. "L’intérêt général est plus important que l’intérêt particulier ou partisan", a-t-il réaffirmé ce jeudi sur Europe 1, après avoir déclaré que la primaire était une chance de voir émerger un candidat "à la fois honnête, rassembleur, courageux". Déjà dimanche dernier, lors de l’université d’été du Modem, il n’avait pas tari d’éloges sur l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac. "Je suis heureux qu’Alain Juppé ait montré qu’il était un homme de volonté, qu’il était un homme de parole, qu’il était solide et responsable, et qu’il était, se faisant, un homme d’honneur". "Ces quatre qualités méritent que nous manifestions, apportions et renforcions le soutien que nous avions décidé de lui apporter."

Le soutien que François Bayrou apporte à Alain Juppé est donc particulièrement appuyé. Est-ce un véritable atout pour le maire de Bordeaux, et pour quelles raisons ? LCI a posé la question à Alexis Massart, politologue spécialiste du centre. A ses yeux, la caution d’une telle personnalité du centre permet d'abord à Alain Juppé d’élargir son électorat : c’est "une bonne chose car François Bayrou représente le centre droit de l’échiquier politique. Ce ralliement apporte à Juppé l’image de quelqu’un qui couvre un spectre plus large." Dans cette optique, l’ancien Premier ministre a toutes les raisons d'espérer que les électeurs de Bayrou se déplaceront pour voter à la primaire. "D’autant plus que certains électeurs de gauche pourraient en faire de même pour éviter une victoire de Nicolas Sarkozy", ajoute Alexis Massart.

Bayrou : sympathique, honnête, proche des gens

Alain Juppé pourrait également tirer bénéfice de l’image et de la popularité de François Bayrou. Selon un sondage Odoxa pour le Parisien publié le 25 septembre, le maire de Pau est jugé "sympathique", "honnête" et "proche des gens". 45% des sondés ont une bonne opinion de lui, même si 70% estiment qu’il ne ferait pas un bon président. Ils sont 63% à approuver son choix de soutenir Alain Juppé. Seul bémol : François Bayrou jouit d’une meilleure image auprès des électeurs de gauche, et fédère donc moins à droite. 

C'est d'ailleurs sur ce point,  et sur le fait que dans l'entre-deux-tours de 2012 le président du MoDem ait annoncé qu'il voterait François Hollande, que jouent les sarkozystes pour essayer de discréditer son "alliance" avec Juppé. Nicolas Sarkozy lui-même ne s'en prive pas. "Je souhaite bon courage à Alain Juppé, a déclaré l'ancien chef de l'Etat sur Europe 1 lundi dernier. François Bayrou a fait campagne en 2012 pour aider François Hollande. En 2007, il n'avait pas voulu choisir entre Madame Royal et moi. ( ) Si vous avez comme principal allié celui qui a aidé François Hollande à arriver au pouvoir, est-ce-que vous pouvez changer de politique ? Non ! " Sauf que pour Alexis Massart, en 2012 comme en 2007, François Bayrou "a fait un choix entre deux personnalités, pas par soucis de soutenir un candidat de gauche".

Outre le "tout sauf Sarkozy", François Bayrou et Alain Juppé se retrouvent sur plusieurs points, de leur caractère à leur façon de faire de la politique. "Bayrou incarne la volonté de dépasser les clivages. Il symbolise le côté un peu sage de la République. Il a une parole plus posée qu’un Sarkozy, et par les temps qui courent, c'est un avantage. L’ancien président a multiplié les phrases fortes, un discours plus posé rassure l’électorat", poursuit Alexis Massart. Politiquement, "Juppé appartient à la droite classique, ce que Bayrou a aussi longtemps clamé lorsqu’il dirigeait l’UDF", explique le politologue. "Ils ont les mêmes convictions sur des sujets comme la construction européenne."

"Bayrou apporte à Juppé la perspective du premier tour de la présidentielle"- Alexis Massart, politologue

Pour le spécialiste du centre, le soutien de François Bayrou est également important sur le plus long terme. "Avec ce message, Bayrou apporte à Juppé la perspective du premier tour de la présidentielle. Juppé pourrait alors sortir en première position au premier tour, seul devant Marine Le Pen." En effet, alors que selon un sondage publié le 23 septembre, Alain Juppé serait le seul candidat à pouvoir devancer la présidente du Front national au premier tour, "il bénéficierait des 10 à 12% d’intentions de vote dont est crédité François Bayrou", explique Alexis Massart. Qui conclut : cette union "condamne encore un peu plus la gauche". 

Lire aussi

    VIDEO. Primaire de la droite : Hervé Mariton choisit Alain Juppé

    En vidéo

    Primaire de la droite : Hervé Mariton choisit Alain Juppé

    VIDEO. Primaire à droite : avec 59% d'intention de vote, Juppé creuse l'écart

    En vidéo

    Primaire à droite : avec 59% d'intention de vote, Juppé creuse l'écart

    Sur le même sujet

    Et aussi

    Lire et commenter