Le surprenant parcours d'Alexandre Benalla, Monsieur sécurité du PS puis de Macron

PORTRAIT - Visé par une enquête préliminaire pour des violences sur un manifestant le 1er mai dernier, Alexandre Benalla, chargé de mission auprès du chef de cabinet d'Emmanuel Macron après avoir assuré la sécurité au PS, a bénéficié de la confiance des autorités malgré quelques coups d'éclats. Retour sur un parcours qui interroge.

Une "petite main" devenue bien encombrante pour l'Elysée. Le parcours d'Alexandre Benalla, proche collaborateur d'Emmanuel Macron placé en garde à vue notamment pour des faits "d'usurpation de fonctions" et "violences" sur un manifestant le 1er mai dernier, révèle quelques zones d'ombre qui n'ont manifestement pas empêché ce spécialiste de la sécurité de conserver la confiance de ses employeurs, jusqu'au sommet de l'Etat. 


Avant d'exercer cet emploi de chargé de mission auprès du chef de cabinet d'Emmanuel Macron, Alexandre Benalla a essentiellement fait ses armes, à partir de 2011, auprès du Parti socialiste. Il y a été membre du service d'ordre, sous l'autorité d'Eric Plumer, qui dirigeait la sécurité rue de Solférino jusqu'en 2017. "Il avait une vingtaine d'années", raconte ce dernier à LCI. "Avant cela, il avait assuré la sécurité d'acteurs connus... Il souhaitait découvrir une autre facette du métier." C'était "quelqu'un de gentil, de professionnel, d'attentionné", explique Eric Plumer. "Pas un sanguin, pas quelqu'un que l'on ne peut pas contrôler. La sécurité, c'était son truc, c'était dans ses gênes."

"Un peu cow-boy mais pas méchant"

L'homme a été initialement employé à la protection de Martine Aubry, patronne du PS puis candidate à la primaire de 2011, assurant aussi la fonction de chauffeur. Il a également travaillé pour des ténors de la rue de Solférino, ce qui a manifestement ouvert quelques portes au jeune homme, qui suivait parallèlement des études de droit. "Il a été à mes côtés en tant que membre du service d'ordre du PS lorsque j'étais secrétaire nationale en charge de missions difficiles", raconte l'ex-secrétaire d'Etat Pascale Boistard, sollicitée par LCI. "Puis en 2012 [lorsqu'elle était députée, NDLR], il a bénéficié pour quelques mois d'un statut de collaborateur associé, sans rémunération", précise-t-elle, n'ayant pas souvenir d'agissements particuliers à l'époque. "Il était un peu cow-boy, mais pas méchant", estime en revanche un ex-collaborateur du PS, bien informé sur les sujets de sécurité, interrogé par LCI.


Etudiant en droit, certes, mais c'est surtout dans le domaine de la sécurité que le jeune homme, réserviste de la gendarmerie, exerce ses talents, toujours sous le regard bienveillant du PS. Après l'élection de François Hollande, Alexandre Benalla a été recruté par Christophe Lantoine, bras droit d'Arnaud Montebourg, notamment pour servir de chauffeur au ministre de l'Economie. 

"Faute professionnelle"

Cette collaboration s'est manifestement très mal passée. Interrogé par Le Monde, Arnaud Montebourg indique avoir mis fin au contrat une semaine après son embauche "après une faute professionnelle de première gravité". "Il avait provoqué un accident de voiture en ma présence et voulait prendre la fuite", charge aujourd'hui l'ancien ministre. 


Des faits qui ne vont pas interrompre la carrière d'Alexandre Benalla. Bien au contraire. Ce dernier est embauché comme chef de cabinet du délégué interministériel à l'Egalité des chances, Jean-Marc Mormeck, qui a été nommé à ce poste en mars 2016. Dans la foulée, l'expert en sécurité tente de créer, avec Vincent Crase (l'autre homme identifié dans la vidéo du 1er mai), une société dédiée à la sécurité privée. 


Pour autant, le passage d'Alexandre Benballa dans les hautes sphères de l'Etat sous le quinquennat précédent est resté étranger à l'ancien locataire de l'Elysée. Interrogé à son sujet par LCI, l'ancien patron de la communication de François Hollande, Gaspard Gantzer, affirme n'avoir "jamais vu" l'individu. 

Tournant macroniste

Mais c'est avec la campagne présidentielle d'Emmanuel Macron que Benalla creuse véritablement son sillon. Il rejoint l'équipe d'En Marche et participe au service de sécurité de la campagne. S'ensuivra une relation de "confiance pleine et entière", selon Eric Plumer, entre le candidat et son responsable de la sécurité. 


D'après les courriels dévoilés par des hackers dans le cadre des Macronleaks, durant la campagne, Alexandre Benalla, rémunéré 3500 euros nets par mois, s'est notamment illustré en proposant à l'équipe d'En Marche un devis pour acquérir flashball, balles en caoutchouc et boucliers anti-émeute... Une suggestion immédiatement retoquée par Cédric O, l'un des principaux proches d'Emmanuel Macron, manifestement estomaqué.


Cela n'empêchera pas Benalla de se faire à nouveau remarquer. Le Monde rapporte ainsi des témoignages selon lesquels, lors d'un meeting d'Emmanuel Macron à Caen en mars 2017, l'homme avait soulevé et évacué manu militari un photographe local qui s'approchait de trop près du candidat. Selon une information de BuzzFeed, un militant communiste a également dénoncé les agissements présumés du Monsieur Sécurité de la campagne, affirmant qu'il l'aurait frappé en novembre 2016, lors de la déclaration de candidature d'Emmanuel Macron. Enfin, Public Sénat rappelle qu'un de ses journalistes avait été ceinturé en mars 2017 et "poussé sur 50 mètres" par l'officier de sécurité du candidat. 

Sanctionné, bientôt licencié

Depuis l'élection d'Emmanuel Macron, Alexandre Benalla s'est montré particulièrement présent dans l'équipe rapprochée du chef de l'Etat. Le président dévale les pentes de La Mongie à ski ? Il le suit à la trace dans la poudreuse. Il ne le lâche pas d'une semelle lorsque le chef d'Etat sillonne le salon de l'agriculture, ainsi qu'à l'occasion d'autres déplacements présidentiels. 


Plus surprenant, Alexandre Benalla est resté très actif, même après sa mise à pied de 15 jours par l'Elysée, consécutive aux violences commises à l'encontre du manifestant, le 1er mai dernier. Il a ainsi été aperçu lors de la cérémonie en l'honneur de Simone Veil au Panthéon, début juillet, et plus récemment, dans le car qui raccompagnait l'équipe de France de foot victorieuse de la Coupe du monde. "Des événements exceptionnels ayant nécessité la mobilisation d'un maximum de collaborateur", justifie l'Elysée. 


Un argument devenu difficile à tenir maintenant que l'affaire Benalla fait l'objet d'une enquête préliminaire et d'une saisine de la police des polices. Après avoir appris qu'il avait eu en sa possession les bandes de vidéo-surveillance où on le voyait procéder à ces violences, l'Elysée s'est d'ailleurs décidé à lancer une procédure de licenciement à son égard.

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