Le tirage au sort en politique : Hamon, Mélenchon et Macron le proposent... une idée neuve ?

DirectLCI
HASARD - Tirer au sort les responsables politiques ? Sous des formes diverses, l’idée est proposée par plusieurs candidats à la présidentielle. Une mesure vue comme moderne, car mettant le citoyen au cœur de la démocratie, mais qui date pourtant de la Grèce antique. Plusieurs pays ou régions l’ont récemment testée. Tour d’horizon.

Tirer au sort les responsables politiques : l’idée ne date pas d’hier. Célèbre pour avoir été appliquée à l’époque de la démocratie athénienne (Ve et VIe siècles avant J.C.), elle a récemment refait surface avec l’imminence de l’élection présidentielle. Sous des formes diverses, plusieurs candidats - Emmanuel Macron, Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon - ont ainsi exprimé des propositions en ce sens, explicitement ou pas.  


À leurs yeux, le tirage au sort permettrait de recréer le lien cassé entre les citoyens et leurs représentants tout en impliquant davantage la société civile dans le processus de décision. Ferait-il renaître la confiance dans le monde politique ? Rien n’est moins sûr, même s’il semble bien y avoir urgence à agir à ce niveau-là. Comme le montrent les taux d’abstention des derniers scrutins hexagonaux, qui approchent voire dépassent régulièrement la barre des 50% depuis 2010, les Français émettent de nets signaux de lassitude.

Des chargés d’audit pour Macron, des sénateurs pour Hamon

Pour y remédier, le fondateur d’En Marche !, toujours en ballotage pour une place au second tour d’après les derniers sondages, suggère par exemple qu’un groupe de citoyens tirés au sort puisse chaque année auditionner le président de la République. Pour ce qui est de son adversaire socialiste qui, outre la mise en place par tirage au sort d’un "Conseil citoyen" chargé "d'évaluer et de juger" les proposition de campagne, envisage d’introduire au Sénat des citoyens tirés au sort. Il souhaite aussi installer une "conférence citoyenne" réunissant des parlementaires et des personnes tirées au sort afin de tracer les contours d'une VIe République.


Même chose (ou presque) du côté de Jean-Luc Mélenchon, qui propose que des citoyens désignés au hasard puissent faire partie de la future assemblée constituante. Assemblée qui devra définir les grandes lignes d’un nouveau texte suprême, là-encore en vue d'une VIe République. Et, comme Benoît Hamon (encore), le leader de la France insoumise songe à changer le mode de fonctionnement du Sénat en y faisant siéger des représentant de la société civile - à la manière de ce qui existe déjà au Conseil économique, social et environnemental (CESE) - et des Français tirés au sort. 


À noter que plusieurs autres "petits" candidats, à l'instar de Charlotte Marchandise ou d'Alexandre Jardin, ont également fait des propositions dans le sens du tirage au sort. 

L’Islande et l’Irlande ont fait le test…

Sans doute ont-ils tous jeté un œil aux exemples de l’Islande et de l’Irlande, deux Etats ayant mis en pratique le tirage au sort en politique ces dernières années. Dans le pays du trèfle, une convention constitutionnelle, composée de 34 responsables politiques et de 66 citoyens représentatifs de l’électorat irlandais (en âge et en genre) tirés au sort, a en effet vu le jour en 2013. Créée à l’initiative du Parlement, cette commission a débattu durant un an de la révision de la Constitution, sur des sujets tels que la réduction de l'âge légal pour voter, le mariage homosexuel ou la place des femmes en politique. Preuve de l’efficacité de la démarche, plusieurs de ces préconisations ont depuis été soumises à référendum en Irlande.


Trois en plus tôt et quelque 1500 kilomètres plus au nord, l’Islande avait également tenté l’expérience. En 2010 en effet, le pays qui traversait alors péniblement la crise financière décide de modifier sa constitution, considérée comme dépassée. Cette-fois, une assemblée composée de 1000 personnes tirées au sort est chargée de mener les travaux préparatoires à l’élaboration d’un nouveau texte. Si ce dernier a finalement été rejeté en 2013 suite au blocage de certains responsables publics, la participation des citoyens est considérée comme l’un des exemples les plus marquants du tirage au sort en politique.

… mais la France (localement, certes) aussi

Moins connu que les cas irlandais ou islandais, celui de la province canadienne de la Colombie-Britannique n’en est pas moins représentatif. En 2004, 160 citoyens ont été sélectionnés par tirage au sort afin de plancher sur une modification du système électoral de cette région de l’ouest pays de l’érable. Comme le rappelle nos confrères de la RTBF, les élus avaient alors estimés qu’ils ne pouvaient être les seuls à se pencher sur la question, pour ne pas être à la fois juges et partis. Mais en 2009, les changements proposés par la commission tirée au sort ont finalement été rejetés par voie de référendum.  


Mais ces exemples ne sont pas les seuls. Comme au Canada, la France s’est aussi essayée à la mesure au niveau local. Lors des élections régionales de 2015 sur l’île de La Réunion, la liste "Demorun" avait expérimenté le tirage au sort en sélectionnant 47 citoyens via un jet de dés. La liste n’avait recueilli qu’à peine 1,5% des suffrages mais avait néanmoins suscité la curiosité. À l’époque, l’un des animateurs du projet avait confié, optimiste : "Notre objectif, c’est cette démocratie, celle qui permet à des personnes qui n’ont jamais fait de politique mais qui vivent dans la vie réelle, de travailler à plus de justice et d’égalité politique." 

En vidéo

Un tirage au sort pour s’inscrire à la fac

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter