Leadership PS-EELV à gauche, droite sous pression, RN en demi-teinte : les leçons des municipales par la fondation Jean-Jaurès

L'hôtel de ville de Bordeaux, le 3 juillet 2020.
Politique

EXCLUSIVITÉ - Une étude de la fondation Jean-Jaurès à paraître lundi, que LCI dévoile en exclusivité, dessine le nouveau paysage politique post-municipales qui donne une prime aux anciennes formations. A gauche, la poussée écologiste ne remet pas en cause le leadership socialiste. A droite, le bilan du scrutin n'est pas si mauvais.

Quinze jours après un scrutin municipal hors norme, une étude de la fondation Jean-Jaurès à paraître lundi nous offre un regard, à tête reposée, sur le nouveau paysage politique français. Le texte que nous vous dévoilons tire plusieurs enseignements de ce 2nd tour marqué par une abstention sans précédent. 

Le principal est probablement l'indéniable résistance des partis traditionnels, à gauche comme à droite, dans un contexte où le "dégagisme" semble pourtant prendre de l'ampleur de scrutin en scrutin. 

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Le PS conserve le leadership à gauche

L'étude se concentre avant tout sur les scores réalisés par des candidats socialistes, le plus souvent à la tête d'une liste d'union de la gauche, qui permettent au PS de "conserver ses bastions" et même de "reconquérir un nombre satisfaisant de communes". 

Le mouvement, qui avait connu des échecs retentissants à la présidentielle et aux européennes, est parvenu à conserver de nombreux fiefs comme Brest, Nantes, Le Mans, Rennes, Créteil, Cherbourg ou Paris, quitte parfois à revoir la nature de leur relation avec un allié écologiste en verve. Des candidats PS ont même réussi à conserver des grandes villes comme Lille ou Dijon sans passer d'accord avec les écologistes, voire à conquérir des communes (Nancy, Saint-Denis...). 

"Le PS est parvenu, à l'occasion de ces municipales, à demeurer la première force locale de la gauche", conclut l'étude. 

EELV : un succès concentré sur les métropoles

Le second tour a été marqué par une "vague verte" remarquable dans les grandes villes, malgré l'abstention record lors du scrutin du 28 juin. Les écologistes, majoritaires dans une seule métropole en 2014 (Grenoble), ont conquis de nombreuses villes emblématiques, Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Tours, Besançon, en prenant souvent le leadership de l'alliance à gauche au détriment du PS. 

Pour autant, note la fondation Jean-Jaurès, "cette percée ne saurait faire oublier le fait que ce réseau territorial est sans commune mesure avec celui des vieux partis". A l'arrivée, EELV dirige 7 villes de plus de 100.000 habitants, mais seulement 2 villes de 50.000 à 100.000 habitants et 7 villes de 10.000 à 50.000 habitants. 

La droite résiste malgré tout

La lecture des résultats, deux semaines après le scrutin, permet également de constater que la droite (essentiellement LR) "ne subit pas une véritable défaite électorale, puisqu'une grande partie de ses élus sont confirmés", malgré les pertes retentissantes de grandes villes comme Bordeaux et Marseille. Des villes remportées en 2014 sont restées dans le giron de la droite, comme Limoges ou Angoulême, et d'autres ont été conquises (Metz, Orléans, Lorient...). 

L'étude constate toutefois "la difficulté majeure du parti à conserver voire conquérir des positions électorales dans les métropoles", où la gauche unie a connu de fortes progressions. 

Bilan contrasté au RN

Au soir du second tour, tous les yeux étaient rivés sur Perpignan, où Louis Aliot a offert au parti de Marine Le Pen sa première victoire dans une ville de plus de 100.000 habitants depuis Toulon (1995-2001), mettant en pièce le "front républicain" autour du maire sortant. En outre, les maires RN qui avaient conquis leur siège en 2014 ont globalement été réélus largement, exceptions faites de Mantes-la-Ville et du 7e secteur de Marseille. Et le RN conquiert Moissac, ainsi que Bruay-la-Buissière. 

Malgré tout, l'étiquette RN a globalement subi le second tour, s'effaçant des conseils municipaux faute de scores suffisants ou d'alliances avec d'autres formations. Le parti de Marine Le Pen a notamment échoué à conquérir des villes qui semblaient "à sa portée", selon l'étude, comme Marles-les-Mines et Vauvert. 

LaREM, un échec qui masque des avancées

Les résultats confirment enfin l'incapacité de la majorité présidentielle à remporter des villes sur son propre nom. L'étude rappelle l'échec des alliances LaREM-LR à Lyon, Strasbourg et Bordeaux, ainsi que celui des candidats LaREM qui n'auront jamais réussi à renverser le scénario à Lille, Dijon, Poitiers, Brest, Rennes, Nantes et bien sûr Paris. 

Pour autant, cet échec global "ne saurait faire oublier que bien des maires sortants, de droite et de gauche, ont été élus dès le premier tour avec sur leur liste des candidats issus de LaREM", rappelle la note de la fondation. A l'arrivée, la majorité présidentielle peut se targuer d'être aux affaires dans des villes dont les maires sont estampillés "bloc présidentiel" (LaREM-Agir-Modem). Cela concerne une ville de plus de 100.000 habitants, 4 entre 50.000 et 100.000 habitants, et 47 communes entre 10.000 et 50.000 habitants. Ce qui constitue bien l'amorce timide d'un maillage territorial. 

L'intégralité de l'étude est à retrouver lundi sur le site de la fondation Jean-Jaurès.

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