Candidats REM à l’Assemblée : le signe d'un vrai renouvellement ou en réalité l'arrivée d’une nouvelle élite ?

DÉCRYPTAGE - Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS, a scruté les profils des candidats de La République en marche aux législatives. Et s'il apparaît que l’heure est au rajeunissement, le recrutement des candidats n’est pas si diversifié. Il pourrait même contribuer à une nouvelle fermeture sociale.

"Renouveau". "Renouvellement". "Recherche de nouvelles pratiques". "Pas de professionnel de la politique". "Société civile". Ces termes, serinés, rabâchés, répétés, sont devenus le fil d’accroche, la thématique centrale du parti de la majorité présidentielle. Laissant entendre qu’une petite révolution est en marche à l’Assemblée nationale. Que désormais, chacun peut être député.


Pourtant, en scrutant un peu les profils des candidats sélectionnés, il apparaît assez vite que tout n’est pas si clair. C’est le constat de Luc Rouban, directeur de recherche au CNRS, qui travaille sur les transformations des élites politiques. Il a analysé les profils des 529 candidats officiels de REM. Le résultat est confondant : certes, il y a un rajeunissement certain des candidats, mais la fameuse société civile n’est pas si novice. Et ne reflète pas vraiment la réalité de la sociologie française. A l'inverse, les troupes d'Emmanuel Macron seraient même plutôt caractérisées par "une appartenance majoritaire à une bourgeoisie moderniste, diplômée, libérale sur le plan culturel comme sur le plan économique". LCI s’est penchée sur l’étude de Luc Rouban et vous livre quelques explications.

Oui, il y a un véritable rajeunissement

Là-dessus, c’est clair : sur les 529 candidats sélectionnés par La République en marche, l’âge varie de 24 à 72 ans, l’âge moyen étant de 47 ans pour tous les candidats, de 48 ans pour les hommes et de 46 ans pour les femmes. A cela s’ajoute une réelle parité, avec 267 femmes contre 262 hommes. 

Oui, il y a une certaine mixité des sensibilités politiques

Lorsque les candidats exposent leurs parcours, il apparaît que 33% viennent de la gauche au sens large (EELV, PS, divers gauche), 15% sont issus de la droite (LR, Union des démocrates et indépendants, UDI, divers droite), 12,3% du MoDem et que 39,7% n’ont pas de proximité politique particulière. Soit qu’ils aient été élus "sans étiquette", pour 1,7% d’entre eux, soit qu’ils se déclarent d’emblée proches de REM pour 38%. Des sensibilités plutôt diverses, donc.

Non, ils ne sont pas vraiment "novices" en politique

C'est là qu'on entre dans le dur. Sur l’ensemble des candidats présentés par REM, il apparaît d'abord que 222 ont des mandats, souvent locaux et au niveau municipal. Le chercheur a décompté 25 députés, 32 conseillers régionaux et 76 maires.

Mais plus globalement, l’idée - largement véhiculée par la communication de La République en marche - de l’arrivée au pouvoir d’un personnel politique totalement "vierge" d'engagement partisan et directement issu de la société civile n’est, pour le coup, pas "pleinement aboutie", note le chercheur. Qui soulève au passage quelques ambiguïtés : ainsi, le terme de "société civile" est souvent utilisé pour désigner des candidats qui n’ont eu aucune responsabilité électorale, et seraient donc censés représenter la "vraie société". Sauf que dans les faits, certains ont déjà fait acte de candidature pour des élections, montrant qu'il y a déjà une volonté d'engagement, voire un passé de militant. 

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La République en Marche ! : formation accélérée pour les candidats aux législatives

D’autres candidats, qui se présentent comme les produits de la société civile (par exemple, chef d’entreprise) ont aussi été assistants parlementaires. D’autres, encore, ne sont pas vraiment des anonymes, mais ont en fait un poids assez fort dans la circonscription, en étant membres d’organismes consulaires. Les chefs d’entreprise font ainsi partie des chambres de commerce ou d’industrie, les médecins sont les responsables du Samu départemental, les agriculteurs sont des dirigeants d’associations professionnelles... Au final, de près ou de loin (avoir eu un mandat, avoir été candidat à une élection, avoir participé à des appareils politiques comme conseiller, avoir été membre de cabinets ministériels, avoir des responsabilités dans des établissements publics locaux...), la plupart des candidats sont politisés.

Non, leurs origines professionnelles ne sont pas si diversifiées

Vanter le renouvellement du personnel politique implique une ouverture et une diversification sociale. Et bien, sur ce terrain, le chercheur est clair : "Le renouvellement n’a pas eu lieu, bien au contraire." Sont en effet très fortement présents les chefs d’entreprise (17% des candidats) - notamment dans le domaine de la gestion des ressources humaines et de la communication -, tout comme le monde des entreprises et des affaires, via les cadres sup’ ou les dirigeants d’entreprises (20%) et les membres des professions libérales ( 12%). Au final, les candidats des classes populaires constituent 8,5% du total, les classes moyennes 23%, et les classes supérieures... 68,6%. Tout de même.

La sélection des candidats présente cependant un rééquilibrage entre le secteur privé (60% des candidats) et le secteur public. Les députés élus en 2012 provenaient en effet à 55% du secteur public. Mais cette tendance pourrait être aussi un bien pour un mal : "La recherche de nouveaux profils a cependant renforcé une fermeture sociale que les partis politiques traditionnels avaient pu compenser par l’organisation de carrières au sein de leurs appareils qui permettaient à des candidats d’origine modeste de progresser sur le plan social", note le chercheur. Cette mobilité sociale par la politique pourrait ainsi être remise en cause par la généralisation d’un recrutement direct ne profitant qu’"à des personnes déjà suffisamment dotées en ressources sociales pour tenter l’aventure électorale". Autre risque : puiser largement dans le milieu de l’entreprise n’est pas exempt de risques importants de conflits d’intérêts...

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