Les agressions envers les pompiers ont-elles augmenté de 213% en 2019, comme l'explique Marine Le Pen ?

Les pompiers constatent une recrudescence des agressions et s'inquiètent pour leur sécurité.

À LA LOUPE – La présidente du Rassemblement national dénonce une hausse de l'insécurité et cite une multitude de chiffres pour appuyer son propos. Elle affirme notamment que les agressions envers les sapeurs-pompiers ont plus que doublé l'an passé. LCI a vérifié.

Marine Le Pen a présenté ce mercredi un livre blanc consacré à la sécurité, une thématique sur laquelle la président du Rassemblement national s'exprime régulièrement et qu'elle compte mettre en avant en vue de l'élection présidentielle de 2022. 

Invitée de la matinale de France Inter, la députée du Pas-de-Calais a égrené une série de données sur l'insécurité, symboles à ses yeux d'une situation qui "explose" aujourd'hui en France. "Pour l'année 2019", les agressions envers les pompiers ont bondi, "+213%", a lancé Marine Le Pen. "Les chiffres sont très mauvais." 

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Des données qui ne concernent pas 2019

Au micro de la radio publique, l'élue du RN a expliqué qu'elle se basait sur les chiffres du ministère de l'Intérieur. Si Beauvau communique sur les chiffres de la délinquance, via son Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), ce n'est pas lui directement qui partage des données relatives aux agressions envers les pompiers. Sur ce point précis, il faut se tourner vers l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP).

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Cet organisme indépendant est à l'origine des 213% évoqués par Marine Le Pen. On en retrouve d'ailleurs la trace dans une note de décembre 2018 signée du responsable des études criminologiques. Pour autant, cette évolution majeure ne porte pas sur 2019 : il s'agit, comme l'indique l'ONDRP, de chiffres relatifs à une période longue, "entre 2008 et 2017". De 899 agressions en 2007, nous sommes arrivés à 2.813 en 2017.

Qu'en est-il pour 2019 ? Un rapport d'information sénatorial est le seul à nous apporter des éléments, et indique que les chiffres "relatifs aux cinq premiers mois de l'année confirment cette augmentation tendancielle puisqu'ils sont supérieurs de 50% à ceux relevés sur la même période au cours de l'année 2018". Le Sénat tient cette information de la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises, la DGSCGC, rattachée au ministère de l'Intérieur.

Des données beaucoup plus fiables depuis 2018

Pour obtenir des éléments précis sur l'ensemble de l'année 2019, LCI a contacté la DGSCGC, qui explique que "les données sont entre les mains du ministère, en cours de validation". Impossible d'en connaître la teneur, "puisque nous sommes actuellement en période de réserve électorale". Pour éviter toute instrumentalisation, les résultats ne seront donc pas publiés avant la fin des municipales. 

Une source proche du ministère indique néanmoins qu'en ce qui concerne les agressions sur des policiers, 2018 a marqué un véritable tournant. Pour la première fois, une enquête annuelle détaillée a été mise en place, avec une généralisation des remontées, effectuées au jour le jour et qui s'accompagnent de fiches explicatives pour rapporter les faits en détail. Désormais, toute agression fait d'ailleurs l'objet d'un dépôt de plainte. 

"Il faut aussi noter qu'avant, certains SDIS [service départemental d'incendie et de secours, NDLR] communiquaient très peu", ajoute cette source, "ce qui n'est plus le cas aujourd'hui". La systématisation des remontées étant effective depuis septembre 2018, il faut rester prudent quant au chiffre de 50% d'agressions supplémentaires sur les premiers mois de 2019. De la même manière, les données relatives à la dernière décennie doivent être analysés avec prudence, notamment les 213% d'augmentation. 

Si un chiffrage précis des agressions a longtemps fait défaut, les sapeurs-pompiers sont unanimes pour conclure que, données fiables ou non, les agressions ont nettement augmenté. À certains endroits, les pompiers "sont caillassés comme les forces de police", déplorait en décembre dernier le président de la FA/SPP-Pats (Fédération autonome des sapeurs-pompiers professionnels.

"Aujourd’hui, on sollicite les pompiers même quand il n’y a pas de blessé, on intervient sur tout et n’importe quoi. Nous sommes le Sopalin de la société", déplorait ce soldat du feu. L'un de ses confrères estimait pour sa part avec dépit que désormais, "l’uniforme ne protège plus, il n’est plus respecté". Conscient de cette situation, un groupe de sénateurs a formulé en fin d'année dernière 18 propositions afin de permettre aux pompiers d'exercer leur métier dans de meilleurs conditions. 

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