Les allocations familiales sont-elles injustes ?

Politique

FAMILLE - Pour faire des économies, une partie de la gauche propose que les allocations familiales soient modulées selon les revenus des parents, au nom de la justice sociale. Une partie de la droite s'indigne, estimant qu'on brise ainsi la politique familiale. Qui a raison ? Décryptage.

"Je me souviens d'amis qui gagnaient assez bien leur vie : les allocations viennent en plus, mais ce n'est pas absolument nécessaire." En une phrase, le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll a résumé mercredi sur Europe 1 l'argument principal de ceux, à gauche, qui plaident pour une modulation des allocations familiales selon les revenus des parents : cela serait plus juste. En face, une partie de la droite dénonce une "casse de la politique familiale". Qui dit vrai ? Explications.

La politique familiale, c'est quoi ?
On confond souvent "allocations familiales" et "politique familiale". En fait, cette dernière comprend un ensemble de prestations , huit pour être exact, versées selon des conditions différentes. Le total atteint, selon le dernier rapport d'activité de la Caisse d'allocations familiales (Caf), 55 milliards d'euros en 2013. Dont 13 milliards d'allocations familiales.

La politique familiale est-elle universelle ?
En mêlant, dans leur argumentaire, les notions de "politique familiale" et d'universalité", les opposants à une modulation des allocations sous-entendent que l'ensemble des prestations familiales sont versées sans distinction de revenus. Ce qui est faux. Les parents le savent bien : le montant de certaines prestations est en effet soumis à conditions de revenus. C'est le cas, par exemple, de la prime à la naissance ou de l'allocation de rentrée scolaire . Modulation et politique familiale ne sont donc pas incompatibles en soi.

Quel est le problème avec les allocations familiales ?
Qu'une prestation familiale soit versée ou non en fonction des conditions de ressources dépend de l'objectif qui lui a été attribué. Certaines aides visent en effet à compenser des charges de famille, ou encore à lutter contre la pauvreté. Pour les allocations familiales, l'objectif historique est de soutenir la natalité. C'est ce qui justifie leur universalité.

Le débat : justice ou natalité ?
Finalement, dans le débat sur la modulation des allocations, les deux camps ont raison. Une vocation sociale plaiderait pour l'instauration de conditions de revenus. Mais si l'objectif reste la natalité, le principe d’universalité a sa cohérence. Reste à savoir si les allocations familiales le remplissent. "S’il est difficile d’évaluer l’impact de chaque type de mesure sur la natalité, la densité et la stabilité de la politique familiale en France contribuent vraisemblablement au taux de fécondité relativement élevé de la France par rapport aux autres pays européens", relève un rapport du Haut conseil de la famille (HCF) paru en 2011. Tout en soulignant que "les avis divergent sur le rôle et l’efficacité des outils employés". Selon le HCF, d'autres leviers pourraient s'avérer, à notre époque, plus pertinents qu'une aide indifférenciée. Comme, par exemple, faciliter l'articulation entre "désir d'enfant et activité professionnelle des femmes". Le débat est rouvert.

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