Les demandes d'asile baissent-elles partout en Europe sauf en France ?

Les demandes d'asile baissent-elles partout en Europe sauf en France ?

EN CHIFFRES - Interrogé sur LCI, le patron des Républicains assure ce mercredi 21 octobre que les demandes d'asile augmentaient en France contrairement aux "autres pays de l'Union européenne, où ça diminue". Une affirmation contredite par les chiffres.

Christian Jacob veut "rétablir un contrôle de l'immigration". Pour porter cette revendication, le président du parti Les Républicains avance plusieurs chiffres ce mercredi sur LCI. Tous avérés, sa conclusion ne l'est quant à elle pas du tout. Si les demandes d'asile augmentent, comme il le soutient, c'est aussi le cas chez la majorité de nos voisins. 

Toute l'info sur

L'info passée au crible

Les demandes d'asile ont augmenté de 54%

Car pour cet élu de droite, "il y a un lien direct entre immigration et islam radical". Raison pour laquelle il estime important de souligner les "275.000 titres de séjour" accordés par la France en 2019 et les "130.000 demandes de droit d'asile" enregistrées la même année. De fait, selon les chiffres - encore provisoires - du ministère de l'Intérieur, il y a eu très exactement 274.676 titres de séjour délivrés. Soit 6% de plus que l'année précédente et 20% de plus par rapport à 2016. Pour la très large majorité (65%) ces personnes ont pu séjourner sur le territoire pour des motifs "familiaux" ou pour les études.

Même constat pour les demandes d'asile. Toujours d'après la même source, il y en a eu précisément 138.420. Une progression qui représente, comme l'a évoqué Christian Jacob , environ "50% d'augmentation en trois ans". Cette flambée est le reflet d'un phénomène que l'Ofpra relevait dans son rapport d'activité l'an dernier. Pour l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, il y a dans le pays "un mouvement de croissance, variable mais continue, observé depuis le printemps 2015", soit après "le point de départ d'arrivées massives de demandeurs d'asile en Europe".

Mais les arrivants à qui est octroyé le droit d'asile sont en fait bien moins nombreux. En tout, quelque 36.500 demandes ont été acceptées en 2019 contre près de 26.500 il y a trois ans. Il faut également noter que ce chiffre est à peine plus élevé que celui des éloignements. En 2019, 23.746 personnes ont quitté le territoire, de manière forcée, aidée ou volontaire. Soit une hausse de 19% par rapport à l'année précédente contre 9,5% pour les attributions de l'asile. Le ministère de l'Intérieur souligne que ce dernier pourcentage est particulièrement élevé à cause d'un "volume beaucoup plus important de décisions rendues par la Cour Nationale du Droit d'Asile" suite à "une grève" fin 2018.

Lire aussi

Qu'en est-il de nos voisins?

Contrairement à ce qu'affirme l'élu, le phénomène n'est pas propre à la France. Pour le vérifier, il faut se pencher sur les données d'Eurostat, l'organisme européen en charge de l'information statistique. Comme le montre le graphique ci-dessous, avec 698.760 dossiers déposés en 2019, on constate une légère hausse sur l'ensemble des pays de l'Union européenne. Cette demande recule cependant considérablement par rapport à 2015 et 2016. En pleine crise migratoire, plus d'un million de réfugiés avaient espéré chaque année trouver refuge sur le Vieux continent. 

En fait, depuis, la très large majorité des pays observent une stabilité. C'est notamment le cas chez nos voisins, comme en atteste le graphique ci-dessous. La France a une politique proche de celle de la Belgique, qui passe de 58.218 demandes en 2016 à 60.312 en 2019. Les deux voisins du nord de l'Europe sont plus constants que d'autres. Ce n'est pas le cas de l'Espagne, par exemple, qui voit sa demande d'asile passer d'environ 211.500 en 2016 à 320.000 l'an dernier.

Neuf pays font figure d'exception parmi les 27 de la communauté. C'est le cas de la Bulgarie, de la Roumanie, de la Finlande et de la Norvège. Mais aussi de pays qui n'attirent plus à cause de l'arrivée de l'extrême droite au pouvoir ces dernières années comme l'Italie, l'Autriche ou la Pologne. 

Enfin, dans le lot des pays qui voient les demandes d'asile baisser, il y a l'Allemagne. Rien d'étonnant. Le pays avait largement fait figure de terre d'accueil pendant la crise migratoire. Les requêtes ont doublé pendant trois ans avant de revenir à la normale.

Vous souhaitez réagir à cet article, nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lesverificateurs@tf1.fr

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

93 médicaments commercialisés en France seraient dangereux, selon la revue Prescrire

Voici l'attestation de déplacement dérogatoire nécessaire à partir de ce samedi 28 novembre

EN DIRECT - Déconfinement : le plafond d'indemnisation pour les entreprises fermées en raison de la pandémie doublé

Producteur de musique tabassé : retour sur la chronologie des faits

Nombre de convives, aération... quels conseils pour passer des bonnes fêtes de fin d'année ?

Lire et commenter