Les drapeaux nationaux ont-ils été interdits dans l'hémicycle du parlement européen ?

Les députés britanniques tournent le dos, lors de la session inaugurale du Parlement européen, le 2 juillet 2019
Politique

A LA LOUPE - Des eurodéputés d'extrême droite, à l'image du Britannique Nigel Farage et du Français Jordan Bardella, ont fait part de leur désarroi ce lundi 13 janvier, face à la décision du président du Parlement européen d'interdire les drapeaux nationaux au sein de l'hémicycle. Le Parlement européen explique de son côté que cette interdiction a toujours figuré dans le règlement intérieur.

Les eurodéputés d'extrême droite, français et britanniques, sont vent debout. Ils affirment que le président du Parlement, l’Italien David Sassoli, vient de leur interdire d'arborer les drapeaux aux couleurs de leur pays respectif, au sein de l'hémicyle. 

"Tous les députés européens du RN arboraient fièrement dans l'hémicycle notre drapeau national à chaque séance, a twitté Jordan Bardella (RN) lors de la session plénière du 13 janvier. Le président socialiste du Parlement a décidé de les INTERDIRE. Pour eux, tout ce qui rappelle les Nations européennes doit purement et simplement disparaître !"

Toute l'info sur

À la loupe

Un agacement partagé par Nigel Farage. "Les drapeaux de l'Union Jack ont été retirés de nos bureaux au Parlement européen, sur ordre du président. Les symboles nationaux sont désormais interdits, s'insurge le chef Brexit party avant de souffler : Dieu merci, nous partons". Son tweet était "liké" 54.000 fois ce mercredi.

Pour prouver ces dires, l'eurodéputé europhobe Martin Daubney, a posté une vidéo. On y voit le "whip en chef" - ce qui peut être apparenté à un secrétaire de parti - Brian Monteith, habituellement chargé de placer les drapeaux britanniques sur les pupitres de chaque eurodéputé. "Trois bureaucrates s'emportent, agitent le doigt en l'air et disent 'pas possible'", décrit ce représentant du Brexit party. "Incroyable, ajoute-t-il. Alors qu'il ne reste que trois semaines (avant le Brexit), ils ont interdit le drapeau de l'Union Jack à l'Union européenne."

Qu'en est-il ? Le président du Parlement a-t-il réellement banni les emblèmes nationaux au sein de l'institution européenne ? Une nouvelle règle est-elle dorénavant imposée aux parlementaires ?

L'application du réglement intérieur

Contacté par LCI, le Parlement européen s'en défend : "Le règlement intérieur prévoit dans sa règle 10 que les membres ne déploient ni banderole, ni bannière. C'est cette disposition qui a été mise en œuvre par les services avant-hier à la demande du Président. Ce n'est aucunement une nouvelle règle, c'est un rappel et un retrait lié à la règle existante."

Dans le troisième point de l'article 10 du règlement intérieur, disponible en ligne, on peut lire en effet ceci : "Les députés ne perturbent pas le bon ordre dans la salle des séances et s’abstiennent de tout comportement déplacé. Ils ne déploient ni banderoles ni bannières."

Le Parlement rappelle par ailleurs que les drapeaux nationaux - français et anglais notamment - ne sont aucunement interdits. Pour preuve, "les drapeaux des États membres sont bien présents dans l'Hémicycle et placés directement derrière la Présidence". L'interdiction ne concerne donc que les pupitres individuels des députés, car "les membres représentent l'ensemble des citoyens européens", et non leur pays.

Une interdiction peu appliquée par le passé

Cette explication satisfait peu les députés concernés : "Ils ont été autorisés pendant des années – pourquoi maintenant ! ? Bien sûr, cela ne fera qu’encourager les protestations internationales…" prédit Brian Monteith, du Brexit Party.

L'élu n'a pas forcément tort. Depuis leur arrivée au Parlement, les eurodéputés d'extrême droite français et britanniques ont pris l'habitude d'apposer leur drapeau national sur leur pupitre. Une manière d'afficher ostensiblement leur attachement national et, dans le même temps, leurs différends à l'endroit de l'institution européenne. 

En avril dernier, Bruno Gollnish et Jean-Marie Le Pen disposaient sur leur bureau d'un drapeau français visible face à eux, lors d'un vote en plénière, comme le montre la photo ci-dessus. Ci-dessous, on observe Marine Le Pen avec le même emblème. Le cliché remonte à novembre 2016, soit il y a plus de trois ans, alors que la présidente du RN était candidate à la présidentielle.

Les partis d'extrême droite ont gagné du terrain ces dernières années. En 2015, les députés nationalistes de sept pays ont réussi pour la première fois à former un groupe parlementaire "Europe des nations et des libertés" (ENL). Depuis le dernier mandat, un nouveau groupe plus étoffé a pris sa place : "Identité et démocratie" (ID). Il regroupe aujourd'hui 76 eurodéputés de France et d'Italie, deux pays où l'extrême droite a fini en tête à l'occasion des européennes.

Vous souhaitez réagir à cet article, nous poser des questions ou nous soumettre une information qui ne vous paraît pas fiable ? N'hésitez pas à nous écrire à l'adresse alaloupe@tf1.fr

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent