Les Gilets jaunes peuvent-ils (et veulent-ils) vraiment construire une liste aux Européennes ?

Politique
EN GESTATION - Samedi sur LCI, Jean-François Barnaba, figure "modérée" des Gilets jaunes dans l'Indre, a estimé que le mouvement pourrait déboucher sur la constitution d'une liste aux élections de mai prochain. Mais cette perspective est loin de faire l'unanimité, notamment parmi les leaders de la contestation.

Les Gilets jaunes ont-ils vocation à présenter une liste aux élections européennes ? A moins de cinq mois du scrutin, la question semble loin d'être tranchée. Avant même de parler d'un projet commun et de représentants faisant consensus, le principe même d'une participation n'est pas acté.


Samedi matin sur LCI, Jean-François Barnaba, Gilet jaune de l'Indre et membre de la "coordination nationale" mise en place fin décembre - et que l'ancien homme d'affaires Bernard Tapie a fait accueillir dans les locaux du journal La Provence -, a affirmé que les prochaines échéances électorales étaient bien en ligne de mire. "La coordination réunit à la fois des mouvements structurés, comme 'Gilets jaunes le Mouvement', et des figures", a fait valoir ce désormais habitué des plateaux. Pour lui, la contribution "de personnalités, d'acteurs de la vie citoyenne, d'associations" peut aider le mouvement "à aller aux prochaines échéances électorales dans les meilleures conditions". 

Crédités dans des sondages

Autre figure "modérée", Hayk Shahinyan,  fondateur de "Gilets jaunes le Mouvement", a également indiqué vendredi sur Europe 1 que cette association qui aurait enregistré "14.000 ou 15.000 inscriptions en trois semaines" avait vocation à "poser la première base d'un mouvement citoyen". "L'idée, c'est justement de structurer un mouvement et derrière, d'aller chercher la société civile. On est déjà en contact avec d'innombrables associations et des maires locaux qui souhaitent se rassembler avec nous", a-t-il assuré. Pour autant, il est "encore un peu trop tôt" pour prendre une décision relative aux prochaines élections, a concédé le jeune homme. "Si les adhérents décident qu'il faut y aller, on ira. S'ils pensent que non, on n'ira pas." 


Une autre personnalité des Gilets jaunes, Jacline Mouraud, a de se côté défendu l'idée de créer "un parti du bon sens", non dans la perspective des Européennes, mais des prochaines élections municipales. 


Le mois dernier, des sondages avait pris la température d'une éventuelle liste Gilets jaunes aux Européennes, les créditant de 8 à 12% des voix. Par ailleurs, une autre enquête Harris Interactive dévoilée le 2 janvier montrait que 47% des Français étaient favorables à la création d'une telle liste. 

Désaccords massifs

Pour autant, à bien y regarder, la perspective de se constituer politiquement et surtout de contribuer à des élections semble extrêmement hypothétique. On se rappelle que Jean-François Barnaba avait vu sa légitimité fortement contestée, le 7 décembre, lorsqu'il était retourné dans l'Indre après avoir écumé les plateaux à Paris. L'homme avait été hué et enfariné par d'autres Gilets jaunes sur un rond-point. Quant à Jacline Mouraud, elle a été vivement contestée, voire menacée, au sein du mouvement. 


En outre, le sujet ne semble pas à l'ordre du jour pour les personnalités les plus médiatiques du mouvement. Au contraire même. Laeticia Dewalle, figure du Val d'Oise, a martelé à plusieurs reprises que le mouvement n'avait pas vocation à devenir "politique", et encore moins à participer à des élections. Les principales figures de la branche "radicale" des Gilets jaunes semblent encore moins enclines à préparer des élections. Celles-ci ne sont d'ailleurs pas mentionnées dans la "lettre" adressée au président de la République et publiée jeudi à l'initiative de "La France en colère", le groupe Facebook animé par Eric Drouet et Priscillia Ludosvky. Ces derniers affichent leur volonté de maintenir le rapport de force avec le pouvoir dans la rue, en restant sur leurs revendications liées au pouvoir d'achat, au référendum d'initiative citoyenne (RIC) et au renouvellement démocratique. Figure polémique mais très médiatique du mouvement, le breton Maxime Nicolle prédit moins, de son côté, une campagne électorale... qu'un soulèvement armé des Gilets jaunes. 

Récupération en vue ?

L'autre scénario est celui d'une récupération en bonne et due forme de la contestation par des mouvements politiques qui sont, eux, déjà en campagne active. Le PCF, le Rassemblement national et Les Patriotes de Florian Philippot (qui a déposé la dénomination "Gilets jaunes" à l'Inpi) ont d'ores et déjà proposé aux manifestants de figurer sur leurs listes pour les élections au Parlement européen. Chez LFI, Jean-Luc Mélenchon et ses lieutenants multiplient depuis plusieurs jours les appels du pied en direction d'Eric Drouet, affichant leur "fascination" pour le mouvement et chantant les louanges de cette "insurrection citoyenne". "Je leur dit 'chiche', qu'ils se présentent aux Européennes" a même enjoint, samedi matin sur Europe 1, le député LaREM Sylvain Maillard. 


Mais là encore, si quelques figures pourraient individuellement être tentées par ces invitations, les multiples porte-paroles des Gilets jaunes semblent avoir un dénominateur commun : le rejet des partis. Et jusqu'ici, les nombreux appels du pied venus du monde politique n'ont manifestement pas emballé les contestataires, plus prompts pour l'heure à tenir un barrage sur un rond-point qu'une permanence de campagne. 

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