Les journalistes, Mélenchon et Philippe : les messages (plus ou moins) cryptés de Macron à Versailles

CONGRES - Plus d'une heure et trente minutes d'allocution. Entre quelques annonces de politique générale au sujet de l'état d'urgence, des institutions ou de l'Europe, Emmanuel Macron s'est fendu de plusieurs messages subliminaux à l'adresse de son équipe ou de ses adversaires.

Au cours d'un (très) long discours devant le Congrès, Emmanuel Macron a résumé les grandes orientations données à son quinquennat. Et s'est fendu de quelques remarques en forme de clin d'oeil ou de remontrances à peine voilées à destination de la presse, de Jean-Luc Mélenchon, ou de son Premier ministre. Voici ce qu'il fallait comprendre de l'allocution du président de la République entre les lignes.

Un avertissement à la presse

Le message n'est pas franchement subliminal. Quelques jours à peine après que le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner a invité la presse à "ne pas chercher à affaiblir" Muriel Pénicaud, ministre du Travail, visée par une enquête judiciaire, Emmanuel Macron s'est lui aussi laissé tenter par une pique à l'adresse des médias et une volonté à peine dissimulée d'encadrer leur travail.


Et a ainsi déclaré : "Oui, nous voulons une société de la confiance. Pour cela, une loi ne suffit pas. C'est un comportement de chaque jour. Mais nous voulons aussi cette confiance parce que la société de la délation et du soupçon généralisés, qui était jusque-là la conséquence de l'impunité de quelques puissants, ne nous plaît pas davantage. La loi du gouvernement sera votée, je n'en doute pas. Mais après qu'elle l'aura été, j'appelle à la retenue, à en finir avec cette recherche incessante du scandale, avec le viol permanent de la présomption d'innocence, avec cette chasse à l'homme où parfois les réputations sont détruites, et où la reconnaissance de l'innocence, des mois, des années plus tard, ne fait pas le dixième du bruit qu'avait fait la mise en accusation initiale. Cette frénésie est indigne de nous et des principes de la République."

Un clin d'oeil à Edouard Philippe

Ça ne va pas être simple. Voilà en substance le message transmis par Emmanuel Macron à son Premier ministre au cours de ce discours.  "La France n'est pas un pays qui se réforme, c'est faux. Pardon, monsieur le Premier ministre, de vous annoncer aujourd'hui devant le Congrès cette mauvaise nouvelle" lui a-t-il dit. "La France est un pays qui résiste aussi longtemps qu'il est possible de ne pas réformer, un pays qui se cabre quand on lui parle mal, quand on ne lui explique pas, quand on ne le respecte pas, quand on ne parle pas à sa dignité et à son intelligence."


Une référence aux manifestations massives du printemps 2016 contre la loi El Khomri et, peut-être, à venir ? C'est fort possible. En tout cas, voilà Edouard Philippe dûment informé des difficultés qui se profilent à l'horizon, alors que les lois d'habilitation à réformer le code du travail par ordonnances seront soumises au vote le 12 juillet pour une mise en application dès la fin de l'été.

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"La France n'est pas un pays qui se réforme, c'est faux. Désolé de vous le dire Monsieur le Premier ministre", la boutade d'Emmanuel Macron à Édouard Philippe

Un tacle à Jean-Luc Mélenchon

Les absents ont-ils toujours tort ? C'est ce que semble penser Emmanuel Macron. Dans sa prise de parole devant le Congrès, le président de la République a en tout cas fustigé la trentaine de parlementaires - dont plusieurs Insoumis - qui ont choisi de boycotter la séance. "Il est toujours préoccupant que des représentants du peuple se soustraient aux règles de la constitution qui les a fait élire" a-t-il déclaré. "Sieyès et Mirabeau ne désertèrent pas si promptement le mandat que leur avait confié le peuple."


Un parallèle qui n'a pas lieu d'être, selon Alexis Corbière, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon et député de Seine-Saint-Denis, qui a rappelé dans un tweet que Mirabeau et Sieyes "siégeaient devant le Roi!". De son côté, Jean-Luc Mélenchon, s'il ne s'est pas déplacé au Congrès, a visiblement suivi l'allocution présidentielle à distance. Et livré son point de vue sur un discours qu'il a perçu comme une "interminable pluie de truismes".

Plus tard dans la soirée, place de la République, le député FI a moqué "le mauvais goût" d'Emmanuel Macron "de citer Sieyès et Mirabeau pour dire que nous ne faisions pas notre travail. Au contraire, nous faisions notre travail en n'étant pas à Versailles : nous préparions nos amendements !"

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