Les notes secrètes qui ont plombé le débat de Marine Le Pen face à Emmanuel Macron

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FN - Mediapart et Buzzfeed ont mis la main sur plusieurs documents qui ont permis à Marine Le Pen de préparer son débat face à Emmanuel Macron lors du second tour de la présidentielle. Ces notes montrent que la présidente du FN a appliqué à la lettre certains conseils prodigués, quitte à perdre en crédibilité.

On en sait désormais un peu plus sur les causes qui ont conduit Marine Le Pen à rater son débat de l’entre-deux-tours face à Emmanuel Macron en mai dernier. Mediapart et Buzzfeed se sont procurés des notes rédigées par son équipe de campagne pour préparer ce rendez-vous capital juste avant le deuxième tour. 


La première est l’œuvre de Damien Philippot, frère de Florian qui a depuis quitté le FN pour fonder son propre parti. Bien moins connu que l’ancien n°2 du FN, ce conseiller de l’ombre - et candidat malheureux aux législatives pour le FN - a longuement travaillé à l’Ifop avant de quitter l’institut de sondage pour offrir ses services à Marine Le Pen. La seconde a été écrite par Gaëtan Bertrand et Philippe Vardon, respectivement responsable de la campagne numérique et membre de la cellule idées-images.


Et visiblement, la candidate frontiste a été plus sensible aux recommandations émanant de Damien Philippot. Ce dernier débute sa note en écrivant : "Nous n’avons rien à perdre. L’objectif n’est pas de gagner en crédibilité. Nous n’arriverons pas à corriger, surtout face à lui qui maîtrise parfaitement tous les arguments du système. L’objectif est de dégrader l’image de Macron, quitte à perdre en crédibilité, pour pousser des gens dans l’abstention. Il faut donc tout le temps, tout le temps, être dans l’offensive" sans pour autant "avoir un ton agressif".

Sans aucun doute, Marine Le Pen a suivi à la lettre ce conseil. Trop d’ailleurs… "Si le débat est électrique, nous avons moins à perdre que lui, et donc nous gagnons des %", prédit Damien Philippot. Or, les faits lui ont donné tort puisque l’attitude virulente de Marine Le Pen a déplu à de nombreux électeurs, y compris du FN. Alors que les intentions de vote lui accordaient entre 38% et 41% pour le second tour, elle ne récoltera au final "que" 33,9% des voix. 


Le frère de Florian Philippot indique par ailleurs que le principal message à faire passer lors du débat est qu’Emmanuel Macron mènera une politique similaire à celle de François Hollande. "Macron, c’est 5 ans de Hollande en plus, et le recyclage de tous les socialistes qui nous ont menés au désastre. Revenir sans cesse à cela, c’est l’objectif numéro 1 du débat", écrit-il. Là encore, Marine Le Pen respectera la consigne allant jusqu’à baptiser le futur locataire de l’Élysée de "Hollande Junior".

Pêle-mêle, Damien Philippot suggère à la candidate frontiste de "montrer qu’on est concerné par les problèmes des gens, de manière très simple, presque démagogique (on s’en moque, ce qui compte, c’est de toucher)" ou encore de rappeler qu’elle a élevé 3 enfants, contrairement à Emmanuel Macron, qui n’en a pas eu.


Ce document note enfin que Marine Le Pen a bien cherché, en vain, à mettre Emmanuel Macron en colère. "Comment répondre à une crise de nerfs de sa part (ce qu’on espère !) ?", écrit en gras l’ancien sondeur. Et de répondre : "Il ne faut pas répondre en riant, ou en se réjouissant, parce que les gens n’aiment pas qu’on donne l’impression d’être fier d’un coup. Il faut au contraire à ce moment prendre une mine inquiète, concernée, pour accompagner les Français dans leur interrogation : qui est ce personnage ? Mais qui êtes-vous ? Etes-vous capable de vous maîtriser ? C’est très inquiétant ce genre de comportement. On attend d’un président beaucoup de sérénité".

La seconde note, celle de Gaëtan Bertrand et Philippe Vardon, était essentiellement une liste de "punchlines". Marine Le Pen n’en utilisera pas beaucoup. Elle reprendra tout de même celle qui insinue qu’Emmanuel Macron possède un compte caché à l’étranger. "Si vous voulez parler des fausses affaires inventées par vos amis des médias, on peut aussi parler de votre patrimoine, ou des soupçons concernant votre compte offshore", écrit Philippe Vardon. 


Autre petite phrase lancée par la patronne du FN, cette fois suggérée par Gaëtan Bertrand : "Dimanche, dans tous les cas, une femme sera au pouvoir : moi, ou Mme Merkel". Marine Le Pen la formulera ainsi sur le plateau : "Je vais vous dire ce qu'il va se passer, Monsieur Macron. De toute façon, la France sera dirigée par une femme. Ce sera ou moi ou madame Merkel. Elle est là, la réalité". 

En vidéo

Marine Le Pen : "La France sera dirigée par une femme, ce sera moi ou madame Merkel"

Interrogé sur la paternité de ces notes, leurs auteurs semblent aujourd’hui minimiser leur inspiration auprès de la candidate. Joint par Mediapart, Damien Philippot assure ne pas avoir "souvenir de cette fiche". "J’ai écrit énormément de notes pendant la campagne, je ne peux pas vous dire...", se contente-t-il d’expliquer. Quant à Philippe Vardon, il indique à Buzzfeed que la note ne fait que reprendre "des éléments que l'on m'avait demandés". Il prétend par ailleurs ne pas être à l’origine de l'attaque sur le prétendu compte offshore d’Emmanuel Macron.

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