Les universités d'été, thermomètre de la santé des partis politiques ?

Les universités d'été, thermomètre de la santé des partis politiques ?
Politique

VACANCES UNIVERSITAIRES - Tradition des partis politiques français depuis plusieurs décennies, les universités d’été sont peu à peu abandonnées par les grands partis politiques. Ces grands raouts politico-médiatiques étaient l'occasion de fédérer les militants et de faire émerger une ligne politique incarnée par un leader. Cette année, « faute de moyens », dit-on, beaucoup ont décidé d’annuler ce rendez-vous de la rentrée. Finalement, seuls la France Insoumise, le Modem et les Verts ont décidé d'en organiser, quatre mois après l'élection présidentielle d'Emmanuel Macron.

Le rock endiablé entre Nadine Morano et Jean-Pierre Raffarin en 2014, la chemise blanche trempée de sueur de Manuel Valls l'année suivante ou encore le match de football des ténors de l'UMP en 2006 avec des maillots roses floqués "jeunes pop" sont sont restés dans les annales des université d'été. Une  tradition politique... qui semble se perdre cette année. Les leaders des Républicains organisent des rassemblements chacun de leur côté, le PS réunit un simple séminaire avec des élus mais sans militants et le Front National n'a tout simplement rien prévu. 

L'événement qui, pendant près de trente ans, avait pour coutume de lancer la rentrée politique des partis, est en perdition. Cette coutume, c'est au sénateur des Hauts-de-Seine Roger Karoutchi qu'on la doit. En 1983, il organisait la première université d'été à droite : "A l'époque, j'étais délégué national des jeunes du RPR. La droite venait de gagner les législatives et on avait organisé un rassemblement en Avignon, dont la mairie venait d'être récupérée par le RPR. Il n'y avait que des jeunes et nous faisions des stages de formation au militantisme", se souvient-il. Mais cet événement-là, réservé aux jeunes militants et qui s'étalait sur une semaine, n'avait pas grand chose à voir avec la rentrée des classes médiatiques des ténors des grands partis d'aujourd'hui. 

Pas seulement une question d'argent

La forme de ces rassemblements tels que nous les connaissons date du début des années 1990 : "C'est le Parti Socialiste qui a commencé avec les universités d'été de La Rochelle en 1993", explique Pierre Lefébure, chercheur en Sciences Politiques à l'Université Paris XIII. Les ténors du parti prennent des repas et passent des soirées avec les jeunes militants dans une ambiance décontractée, avant d'écouter le discours de clôture du secrétaire général qui définira la ligne du parti pour l'année à venir. Selon le chercheur, la vocation de ces rassemblements est double : "il y a une logique interne de mobilisation des militants et de création d'unité et une logique externe d'occupation de l'espace médiatique avec des grands discours". 

Ne pas en organiser cette année, serait ainsi la preuve que les partis sont en déliquescence, conséquence du tsunami d'En Marche aux élections de 2017 ? Pas seulement, répond Pierre Lefébure : "Cela résulte d'un processus plus long, qui a été accéléré par Emmanuel Macron. Les universités d'été étaient déjà devenues des points de mise à l'épreuve des partis qui peinaient à se rassembler." A titre d'exemple, on se souvient de l'été 2006 à la Rochelle où les clans Fabius, Strauss-Kahn et Royal n'essayaient même pas d'afficher une quelconque unité, quelques semaines avant la primaire interne du PS pour désigner le candidat à la présidentielle de 2007. Un an plus tôt, un petit déjeuner entre Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin avait tourné au psychodrame sur la plage de la Baule. Finalement, la bonne tenue d'une université estivale serait le symbole d'un parti unifié ou qui parvient à le faire croire, ce qui n'est plus le cas pour bon nombre d'organisations de l'échiquier politique français. La plupart d'entre elles ont justifié cette absence par des restrictions budgétaires. "C'est une raison valable, mais elle est évidemment secondaire", explique le politologue. 

Les Républicains divisés

POur le PS et Les Républicains, ce n'est  pas une surprise. "Ce sont des événements qui doivent être contrôlés par les partis. Or au PS et chez les LR, il y a de telles guerres de clans, qu'un tel rassemblement apparait impossible", explique Pierre Lefébure. 

Les Républicains se regroupent... façon puzzle. Alain Juppé réunit ce vendredi ses soutiens de la primaire, une vingtaine de personnes, sans militants. "Edouard Philippe ne sera pas là mais Gilles Boyer et Charles Hufnagel (deux membres du cabinet du Premier ministre, ndlr) ont répondu favorablement à l'invitation", détaille Fabienne Keller, sénatrice LR du Bas-Rhin. Ces "vendanges bordelaises" organisées par l'ancien Premier Ministre vont-elles être à l'origine d'un nouveau mouvement ? "Qui sait ?" botte en touche Fabienne Keller. Pour les autres, il s'agit surtout de lancer la campagne pour la présidence du Parti Les Républicains, dont les élections auront lieu début décembre. Laurent Wauquiez, grand favori, réunit ses soutiens et militants à Lyon, le 2 septembre. Daniel Fasquelle et Xavier Bertrand seront au Touquet ce week-end et les Constructifs de l'Assemblée nationale se sont donnés rendez-vous à Nice le 6 septembre. 

Au PS, plus d'université d'été mais un "séminaire de formation" qui réunit 300 élus ce week-end à La Rochelle. Bien loin des 5000 personnes présentes il y a quelques années. 

Finalement, les seuls à conserver cette tradition sont la France Insoumise, Europe Ecologie Les Verts (ce week-end) et le Modem de François Bayrou (fin septembre). Pour la France Insoumise, qui a donné rendez-vous dès jeudi à ses partisans à Marseille, nouveau fief de Jean-Luc Mélenchon, ce rassemblement se veut fondateur. Il s'agit pour le mouvement né il y a quelques mois de fidéliser son socle de militants, d'afficher son unité autour de Jean-Luc Mélenchon et de donner une visibilté médiatique à son leader en cette fin du mois d'août. Les organisateurs attendent 2000 personnes ce week-end, rassemblés autour des 17 députés élus en juin à l'Assemblée nationale. "Le mouvement tente de se fédérer en parti pour garder ses forces vives après une année électorale dense. La France Insoumise reprend tous les codes de l'université d'été classique", explique Pierre Lefébure. Ce rassemblement est d'autant plus important qu'il faut commencer à organiser la manifestation du 23 septembre contre la loi travail et que ses dirigeants, en froid avec les communistes depuis la présidentielle, aimeraient concurrencer la fête de l'Humanité (15-17 septembre). 

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Pour les Verts, qui organisent leur manifestation ce week-end à Dunkerque, plus que de faire émerger un leader, l'objectif est plutôt de compter ceux qui restent, après une "période lourde", explique Julien Bayou, porte-parole du parti. "Nous avons nos idées qui progressent mais nous n'avons plus de députés, on va se servir de ces deux années sans élection pour repartir". Le parti écologiste accueille d'ailleurs un autre ancien candidat aux législatives, l'ancien du PS Benoît Hamon. 

Le Modem est également dans une situation inédite. Après sa renaissance éclatante due à l'alliance avec Emmanuel Macron pour la présidentielle et les législatives, le parti dirigé par François Bayrou s'est retrouvé éclaboussé par l'affaire des emplois fictifs présumés au Parlement Européen. François Bayrou, Marielle de Sarnez et Sylvie Goullard ont dû démissionner d'un gouvernement au sein duquel ils occupaient des postes clés. L'idée sera donc sûrement de tenter de se démarquer d'En Marche tout en assumant son rôle dans la majorité présidentielle. François Bayrou s'est d'ailleurs permis un tacle envers le Président de la République : "l'opinion ne voit pas clairement la direction, le but, que l'on se fixe", a rapporté un journaliste du Point. 

La République en marche a, à ce sujet, une nouvelle fois marqué sa différence puisqu'ils ont organisé une convention nationale début juillet. Pas grand chose à voir avec les universités d'été de La Rochelle que beaucoup d'élus du parti d'Emmanuel Macron ont connu, mais une façon d'avoir une fenêtre médiatique importante avant les départs en vacances. 

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Un modèle has been ?

Pour justifier l'impasse, certains, au sein de la République en Marche, qualifient ces grands banquets républicains de démodés. Pourtant, au regard de l'évolution du temps médiatique ces dernières années, tout laisse à croire que c'est plutôt le contraire. "Les réseaux sociaux et l'information en continu sont parfaitement adaptés à ces grands rassemblements. Le modèle est loin d'être désuet", explique Pierre Lefébure. Les ténors des partis peuvent montrer une image plus détendue, plus proche des jeunes et les grands discours de clôture sont souvent retransmis en direct sur les chaînes d'information en continu. Le mois d'août étant une période un peu creuse pour les médias, la parole d'un homme politique de premier plan, qui plus est dans un cadre inhabituel, est largement relayée par la presse.  

Les grands partis politiques devraient donc avoir l'objectif d'organiser de nouvelles universités d'été en 2018, cela montrerait qu'ils ont réussi à se relever après une année 2017 compliquée. 

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