Levavasseur, Shahinyan, Lalanne... S'y retrouver dans la galaxie des projets de listes "Gilets jaunes" aux Européennes

Levavasseur, Shahinyan, Lalanne... S'y retrouver dans la galaxie des projets de listes "Gilets jaunes" aux Européennes
Politique
ENGAGEMENT - Ingrid Levavasseur, l'une des figures des Gilets jaunes a été violemment prise à partie lors du rassemblement des Gilets jaunes à Paris ce dimanche. Certains manifestants lui reprochent sa volonté de s'engager en politique. Faire campagne, une mission impossible au sein du mouvement ? LCI revient sur les différentes initiatives en cours.

Quelle suite donner au mouvement ? Faut-il prolonger le combat par le biais d'un engagement politique ? Les Gilets jaunes se montrent plus que divisés. Pour certains manifestants, il en est hors de question. Revendiquant leur indépendance vis-à-vis du pouvoir et des partis politiques, ces Gilets jaunes rejettent en bloc toute initiative allant dans ce sens : "Pas de liste aux européennes, c'est un piège à la con", expliquait le mois dernier sur Facebook Eric Drouet, l'une des figures du mouvement. "Cette mobilisation est citoyenne et apolitique", justifie de son côté Laetitia Dewalle, porte-parole du Val d'Oise. "Notre mobilisation n'a aucun intérêt à devenir un parti, aujourd'hui ou demain."


L'agression d'Ingrid Levavasseur, l'aide soignante qui avait lancé en janvier une liste Gilets jaunes aux Européennes, est révélatrice de cet état d'esprit. Peu importe que la jeune femme ait abandonné le 13 février ce projet de "Ralliement d'Initiative Citoyenne". "Elle n'a plus son Gilet jaune, c'est inadmissible" qu'elle viennent défiler, explique Bruno aux micros tendus, un Gilet jaune présent sur place et qui la qualifie de "collabo".

Pourtant le déferlement de haine qu'elle a subi et qu'elle dit subir au quotidien sur les réseaux sociaux n'a pas découragé la Normande. "Sans incarnation, notre parole s'éparpillera, et les communicants professionnels des partis classiques remporteront la victoire et étoufferont notre souffrance derrière leurs propres intérêts, financiers et narcissiques. Je ne peux pas le permettre, Karine", écrit -elle dans une lettre ouverte à une militante se disant déçue de son comportement. "Ce serait avoir lutté en vain."


Un sentiment que partagent une partie des Gilets jaunes qui tentent, de manière dispersée, de s'imposer dans le jeu politique. Rien qu'aux Européennes, cinq listes Gilets jaunes pourraient voir le jour. LCI revient sur ces différentes initiatives.

Ingrid Levavasseur, une candidature en suspens

Le 23 janvier dernier, était lancée la première liste Gilets jaunes en vue des élections européennes. Nommée "Ralliement d'Initiative Citoyenne" ou RIC, elle rassemblait Ingrid Levavasseur, tête de liste, Hayk Shahinyan, directeur de campagne ou encore Christophe Chalençon, porte-parole. Des leaders du mouvement s'affichaient unis pour trouver une issue politique à la crise qui traverse le pays. 


A peine trois semaines plus tard, le projet est déjà abandonné. "Je me désolidarise officiellement du Ralliement d'initiative citoyenne", a annoncé sur Twitter Ingrid Levavasseur. Pour beaucoup, c'est la rencontre - très critiquée - entre certains de ses colistiers et le vice-Premier ministre italien Luigi Di Maio, leader du Mouvement 5 étoiles, qui a mis le feu aux poudres.


Le mouvement semblait dans tous les cas fragiles. Avant elle, c'est Hayk Shahinyan et Marc Doyer qui avaient jeté l'éponge. "Je passe pour un infiltré d'En marche sur cette liste, alors que je suis moi-même déçu par Macron" expliquait notamment l'ancien symptahisant LaREM.

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Levavasseur abandonne la liste de "gilets jaunes" RIC sans "renoncer aux européennes"

Mais malgré ces déconvenues, l'aide soignante au chômage n'abandonne pas l'idée de se lancer en politique. "Je ne renonce pas aux Européennes mais je repars sur de bonnes bases, des bases lisses avec mes concitoyens et mes concitoyennes - Gilets jaunes ou non -, on repart à zéro", a-t-elle expliqué sur LCI.


Après son exfiltration de la manifestation ce dimanche, le discours restait le même : "Je suis Ingrid Levavasseur, la Gilet jaune qui veut donner à notre mouvement le poids politique qu'il mérite".

Le "MAC", le Mouvement Alternatif Citoyen de Shahinyan

Après avoir pris "du recul", Hayk Shahinyan dit avoir compris ses erreurs. La plus importante : sa "volonté de (se) mettre en relation avec toutes les "figures" médiatisées, en pensant qu'(il réussirait) à les rassembler". "Trop d'énergie et de temps perdu et la déception de constater que les égos des uns et des autres, les différences trop importantes de méthodes et d'approche ont fini par m'associer inutilement à plein de personnes et m'opposer à d'autres, sans jamais parler réellement du fond", rapporte-t-il.


Sa solution ? Un nouveau mouvement : le MAC, le Mouvement Alternatif Citoyen, qu'il a fondé le 10 février.  "L'objectif de ce mouvement, c'est d'arriver au pouvoir", explique Hayk Shahinyan, dans une interview à Putsh Media  et "dans les années à venir à avoir des élus dans les mairies, au Parlement européen." Pour les prochaines élections européennes, ce sera aux adhérents de décider de la participation et de l'élaboration de la liste. Un vote doit être organisé à la mi-mars.

Le "Rassemblement gilet jaune citoyen" de Thierry Paul Valette

Le RIC n'est pas le seul projet politique à avoir éclaté en vol. L'alliance entre le chanteur Francis Lalanne et le Gilet jaune Thierry Paul Valette a, elle aussi, vite été abandonnée et leur projet de liste commune aux européennes avec elle. Les deux hommes n'ont, semble-t-il, plus aucune envie de travailler ensemble... Thierry Paul Valette "voulait tout gérer, j’ai pas reconnu le mec par rapport aux premières réunions, il est devenu caricatural, on lui a dit que s’il voulait être le chef, il n’avait qu’à monter un truc de son côté ! ", justifiera Francis Lalanne, dépité.


Qu'à cela ne tienne, l'acteur associatif qui s'était fait connaitre en lançant une pétition contre le statut officiel de Brigitte Macron a trouvé d'autres compères pour se lancer dans la bataille électorale de mai. Au début du mois de février, il a annoncé le lancement de sa liste Rassemblement gilet jaune citoyen. S'il est encore loin d'avoir recruté les 79 candidats requis pour constituer une liste valable, il s'est entouré d'une dizaine de personnes dont une élue municipale de 54 ans, un agriculteur bio de 51 ans, un assureur de 29 ans ou encore une étudiante médicale de 27 ans.


Le Rassemblement gilet jaune citoyen souhaite notamment "développer une Europe davantage sociale et démocratique tout en limitant le dumping social".

La liste de Francis Lalanne et l'Alliance écologiste indépendante

Malgré la perte de son allié, Francis Lalanne ne compte pas abandonner la partie. Le chanteur de 60 assure avoir déjà trouvé 33 candidats. Surtout, il dispose déjà d'une promesse d'aide financière : Jean-Marc Governatori, secrétaire national de l'Alliance écologiste indépendante - mouvement pour lequel l'artiste s'est déjà présenté lors de précédents scrutins - lui a proposé de financer cette campagne à hauteur de 800.000 euros. Une "caution bancaire", a précisé Francis Lalanne. Cela lui permettrait ainsi d'imprimer "94 millions de bulletins de vote, 100.000 affiches et 47 millions de professions de foi". 

L'"Union jaune" du niçois Patrick Cribouw

Celui qui affirme avoir reçu des appels du pieds d'Ingrid Levavasseur lors de la création du RIC a préféré tracer sa route en solo. Le niçois Patrick Cribouw a présenté une ébauche de liste qu'il veut "apolitique et asyndicale" le 29 janvier dernier. "J'ai beaucoup de travail, je cherche activement des financements. Mais je suis à 69 candidats sur 79", assure-t-il auprès de nos confrères du Figaro


Le programme de cette "Union Jaune" ? "Dans l'ordre, le pouvoir d'achat, les retraites, la justice sociale et fiscale, l'immigration et la souveraineté", a-t-il indiqué lors d'une conférence de presse. "Oui à une France terre d'accueil, mais nous avons 11 millions de Français dans la précarité la plus totale. Ne serait-il pas temps de changer les choses?", a-t-il notamment avancé, tout en réfutant être proche du Rassemblement National.


Cet ancien directeur commercial de 64 ans, bientôt à la retraite, s'est aussi engagé à ne pas toucher la totalité de la rémunération octroyée aux élus s'il remportait un siège aux européennes. "Si j'ai cette chance (...), je m'engage à percevoir un Smic et à reverser la différence au Restos du Coeur", a-t-il indiqué.

Jacline Mouraud, isolée, mise sur les municipales

Jacline Mouraud a eu son heure de gloire au début du mouvement. Une simple vidéo publiée sur Facebook et dans laquelle elle dénonçait le prix du carburant a fait d'elle une des figures médiatiques des Gilets jaunes. Mais la personnalité controversée de cette hypnothérapeute bretonne de 51 ans et son envie, très vite, de se lancer en politique l'ont rapidement mis sur le banc de touche.


La Morbihannaise ne se décourage pas pour autant. Elle a déjà annoncé la création de son parti Les Émergents. Contrairement aux autres initiatives politiques de Gilets jaunes, Jacline Mouraud ne s'intéresse pas aux Européennes. Son objectif : les municipales de 2020. Très remontée contre les débordements des dernières manifestations, elle souhaite "rassembler les personnes contre la violence et pour le respect de nos institutions" et défend "une grande réforme de la fiscalité".

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