"L'homosexualité est une abomination" : Christine Boutin malmenée à son procès

"L'homosexualité est une abomination" : Christine Boutin malmenée à son procès
Politique

JUSTICE - L'ex-présidente du Parti chrétien-démocrate (PCD) comparaissait ce vendredi pour avoir déclaré dans une interview que "l'homosexualité est une abomination". Présente à l'audience, Christine Boutin a répondu, aux questions du juge, à sa façon...

"Tu crois qu’elle va oser venir ?" La question était sur toutes les lèvres, ce vendredi en début d’après-midi, alors que Christine Boutin était attendue devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. C’est finalement après tout le monde, et grâce à une porte dérobée, que la fondatrice du Parti chrétien-démocrate (PCD) a fait son entrée dans la salle, elle qui venait répondre de "provocation à la haine ou à la violence à l’égard d’un groupe de personnes à raison de leur orientation sexuelle".

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ancienne députée des Yvelines ne s’attendait sûrement pas à être autant malmenée par la cour, elle qui comparaissait pour la première fois devant un tribunal. L’enjeu : pour avoir déclaré, le 2 avril 2014 dans le magazine politique Charles, que "l’homosexualité est une abomination", Christine Boutin risque jusqu’à un an d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende. Une phrase sur laquelle elle était mollement revenue après sa publication, expliquant simplement avoir tenu "un propos maladroit".

"Je ne pensais pas blesser"

Alors, fallait-il ou non s’attendre à un vrai mea culpa ? Les parties civiles (les associations Inter-LGBT, Mousse et Le Refuge) ont sans aucun doute été déçues. Car si Christine Boutin a accepté de répondre aux questions de la cour, elle n’a, en revanche, pas vraiment changé de défense ce vendredi, revenant sans cesse sur la différence qu’elle dit faire entre une personne et son orientation sexuelle , quitte à agacer le président de la Cour.

"Pour moi, il ne peut pas y avoir une réduction de la personne à ses actes. Il y a une différence fondamentale, a-t-elle argué. Question du président : "Était-il nécessaire d’utiliser le terme abomination ?". "Je ne sais pas. Mon objectif n’était pas de blesser. Je suis une femme directe, monsieur le président. J’essaye d’être en cohérence avec mes convictions profondes. Je n’ai pas changé d’avis. Mais cela ne veut pas du tout dire que je condamne les personnes homosexuelles", finit-elle par lâcher, avant d'assurer : "Je ne pensais pas pouvoir blesser avec ce mot. Je regrette, je suis absolument désolée".

"J’ai des amis homosexuels"

Les questions se suivent, et les réponses se ressemblent. Avant que Christine Boutin ne finisse définitivement par irriter la cour. "J’ai des amis homosexuels. Non seulement des amis, mais aussi des collaborateurs", se gargarise-t-elle. A l’image d’une certaine Nadine Morano, qui elle aussi se défend des accusations de racisme en assurant avoir "une amie noire"… Le président lui répond du tac au tac que vouloir souligner une telle chose indique qu'il y a déjà un "problème". 

Quand on l’interroge sur d’autres dérapages, commis dans la presse ou sur son compte Twitter, l’ancienne candidate à la présidentielle se braque, s’impatiente, et lance au président : "Je vois bien que vous essayez de me mettre en difficulté", avant d’avancer qu’elle ferait peut-être mieux d’arrêter, et de laisser la parole à sa défense. Mais le président est tenace et refuse, l’interrogeant sur cette autre phrase prononcée dans les médias : "On est envahis de gays". Envahis ? " Ç a veut dire entouré, c’est tout, soupire Christine Boutin. Par des amis, par la famille, par des immigrés…" Un élan arrêté par des cris d’indignation dans la salle.

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Amende de 3000 euros demandée

Les plaidoiries arrivent. L’avocate d’Inter-LGBT parvient à relever le débat, en expliquant qu’on se trouve ici "sur un terrain humaniste". "L’homosexualité n’est pas une maladie, cela n’est pas un choix de vie, madame Boutin. Vos propos sont pour moi incitatifs à la haine, il s’agit d’une provocation à la violence".  Et en tant que femme politique, en tant que personne publique, "on ne peut pas dire ce genre de choses sans ouvrir la boîte de Pandore". Un avis partagé par le procureur général, qui réclame une amende de 3000 euros.

Et force est de constater que même le conseil de Christine Boutin peine à la défendre. "Quand elle évoque qu’elle a des amis homosexuels, elle est maladroite, parce qu’évidemment, ce genre de chose ne se dit pas. Non, elle n’est pas une experte de la parole publique. En 40 ans de carrière politique (…), oui, elle a parfois eu des propos maladroits, discutables, contestables". Qualifier l’homosexualité d’abomination ? "Evidemment, elle a eu tort d’utiliser ce mot". Mais pour autant, défend-il, "il ne faut pas la condamner parce qu’elle ne pense pas comme nous (…). Elle a porté un jugement moral sur l’homosexualité", pas sur les personnes homosexuelles, estime-t-il. L’infraction, selon lui, n’est donc pas caractérisée, et il serait ici simplement question de liberté d'expression. Le jugement est attendu le 18 décembre.

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