Ligne de fret ferroviaire Perpignan-Rungis : les questions que pose le possible arrêt du "train des primeurs"

Politique
ENVIRONNEMENT - Le train qui transporte des marchandises de Perpignan à Rungis n'a plus de clients et risque d'être remplacé par des camions. Et pourtant, il "roulera lundi", a assuré vendredi la ministre des Transports, Elisabeth Borne. Entre questions écologiques, bras de fer avec les syndicats et recherche de financement pour rénover ces rames, retour sur cet imbroglio ferroviaire.

Les fruits et légumes bientôt acheminés par camion en Ile-de-France ? C’est l’inquiétude des syndicats ferroviaires à l’heure où le train reliant Perpignan à Rungis n’a plus de client. Pourtant, c'est sur cette ligne que 160.000 tonnes de primeurs sont acheminés chaque année. Face à la colère des syndicats et un éventuel désastre pour l'environnement, la ministre des Transports assure ce vendredi 12 juillet, dans une interview accordée à Midi Libre, que cette ligne continuera d’être active la semaine prochaine.

Ce train transporte dans ces wagons frigorifiques 400.000 tonnes de fruits et légumes par an, du sud de la France à l’Ile-de-France. Une ligne de 835 kilomètres dont la "pérennité" n’est pas assurée selon la CGT Cheminots, qui partage son inquiétude à grands coups de communiqués. Et dessert ce vendredi, de façon symbolique, le prix du "pollueur de l’année" à Elisabeth Borne, ministre des Transports. Celle-ci a pourtant tenu à rassurer les différents partis. Dans un entretien fleuve auprès du journal local Midi Libre, elle assure que ce train "roulera lundi". L’occasion de faire le point sur les – nombreuses – questions que pose ce dossier du "train des primeurs".

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Peut-on sauver le Fret SNCF ?

Pourquoi est-elle menacée ?

Cette ligne devait initialement s’arrêter à la fin mai à cause des contrats entre les deux transporteurs, Roca et Rey, et la SNCF qui arrivaient alors à échéance, et qu'ils n’ont pas souhaité renouveler. La cause  : les wagons sont vieux et ne répondent plus aux normes. Sauf que ce n’est pas à la SNCF de les changer. Ainsi, la procédure veut qu’un client fasse appel à la SNCF pour mettre à disposition un sillon ferroviaire. Si cette dernière accepte, elle n’est cependant pas prioritaire de ces compartiments réfrigérés vieux d’une quarantaine d’années qui transportent les marchandises. Alors que leur obsolescence est prévue pour la fin de cet été, la SNCF demande donc à ses deux clients de s’occuper de la remise en circulation de wagons neufs. Une requête aux conséquences financières importantes : selon plusieurs médias locaux, il faudrait 20 millions d’euros pour en financer pas moins de 80. Un prix que ni Roca ni Rey se sont prêts à payer. Ils ne veulent plus miser sur ce transport et sont séduits à la place "par la plus grande souplesse du transport routier", selon le porte-parole de la SNCF. Les clients ont donc "commencé à charger dans des camions", note la même source auprès de l’AFP ce mercredi. 


Mais cette ligne n'a pas été fermée, car pour calmer les tensions, le contrat a été prolongé jusqu’au 15 juillet. Ainsi, la direction de Primever, maison-mère de Roca Transport, expliquait début juin à nos confrères de France 3 que l'accord s’arrêtait fin mai et avait été renouvelé d’un mois et demi "pour terminer la saison". A partir de cette date, on entre effectivement en "basse saison". Les marchandises qui viennent en majorité d'Espagne et du Maroc, diminuent et sont remplacées sur des étals par des produits français. 

Pourquoi cette ligne est-elle importante ?

En mai, l’annonce de l’arrêt de ce trajet avait provoqué une levée de boucliers. Les syndicats regrettaient une "casse effrénée du fret ferroviaire" et des responsables politiques soulevaient l’aberration écologique d’un tel choix. Car supprimer cette ligne revient, selon les différents représentants du rail, à mettre 25.000 camions sur les routes de France chaque année. 


Un nombre colossal d’engins qui viendront s’ajouter aux quelques 1,6 million de véhicules d’ores et déjà en circulation depuis "l’ouverture à la concurrence du fret et les différents plan de restructurations de la SNCF", selon un tract du comité "Sauvons le train Perpignan-Rungis".

De plus, le marché de Rungis (Val-de-Marne) cherche à tout prix à conserver un commerce par voie ferroviaire car la gare qui dessert les étals a été modernisée il y a dix ans. Des travaux qui ont coûté 20 millions d’euros à la Région, au conseil général et à la SNCF. La société Semmaris, qui gère le plus grand marché alimentaire frais du monde, a donc fait savoir qu’elle serait prête à mettre la main à la poche en déboursant 300.000 euros pour aider les transporteurs. 

Que répond le ministère des Transports ?

Selon le maire de Perpignan, c’est au ministère des Transports que revient la charge de ce dossier. Interrogé par l’AFP fin juin, Jean-Marc Pujol expliquait ainsi que malgré "l’union sacrée" qui existait autour du train, "les décideurs locaux n'ont pas la solution". L’élu LR notait alors que la situation ne pouvait se "débloquer qu'au niveau du gouvernement". 

C’est pourquoi la principale concernée s’exprime dans un entretien auprès de Midi Libre. Ce vendredi, Elisabeth Borne l’assure : elle ne peut pas se "résoudre à l’idée que ces marchandises passent par la route". Malgré cela, la ministre n’apporte pas de solution concrète. Si elle s’engage à "maintenir ce train jusqu’à la fin de l’année et au-delà le temps qu’on mette en place une solution pérenne", la situation ne semble pas se débloquer. Car lorsqu’elle est interrogée par nos confrères sur la vétusté des wagons et une possible aide financière de la part de l’Etat, Elisabeth Borne note qu’il faut "trouver une solution efficace par le train" et que celle-ci sera définie avec "tous les acteurs".

Quel avenir pour la ligne ?

Les annonces de la ministre du Transport n’ont pas satisfait les syndicats, qui insistent sur le fait qu’il n'y a "aucune garantie de sa pérennité [de la ligne] pour la prochaine saison haute qui débute dans trois mois". 


Faisant allusion à l'affaire qui secoue François de Rugy, le comité "Sauvons le train Perpignan-Rungis" rappelle ainsi que les "63.000 euros de frais de travaux" polémiques réalisés dans l’appartement du ministre de la Transition écologique sont l’équivalent de l’entretien de quatre wagons. "On voit les priorités du ministre de l’Écologie !", s’insurgent-ils.

Outre les critiques des syndicats et du comité de soutien, les dernières évolutions sur le terrain ne sont pas de bon augure : à Perpignan, l’entreprise du transporteur Roca a quitté ses locaux sur le quai de fret de la gare Saint-Charles.  Et si les convois circulaient jusqu’ici de façon régulière, ce ne sera plus le cas. Selon un porte-parole de l'activité fret de la SNCF, la circulation se fera désormais au cas par cas. "On fera ce qu'on peut pour faire circuler les wagons au fur et à mesure des demandes des clients", avait-il ainsi indiqué mercredi auprès de l’AFP.


Un ultime épisode devrait s'ajouter à cette saga du fret ce 17 juillet. Une réunion organisée par le ministère des Transports aura lieu à Perpignan avec tous les acteurs du dossier. 

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