Liste de Gilets jaunes aux élections européennes : qu'en pensent les politiques ?

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La colère des Gilets jaunes

RÉACTION - L'annonce de la création d'une liste de Gilets jaunes pour les élections européennes de mai 2019 a provoqué des réactions pour le moins contrastées dans la classe politique, entre approbation et scepticisme.

Tout juste annoncée, la liste de Gilets jaunes pour les européennes fait déjà l'objet de nombreux commentaires de la part de responsables politiques. Pour certains, notamment à droite ou dans la majorité, l'initiative d'Ingrid Levavasseur et de ses colistiers est une avancée. Pour d'autres, en particulier chez les opposants les plus farouches à Emmanuel Macron, cette liste fait les affaires du président.

Très décriée sur les groupes Facebook de Gilets jaunes, la liste "Ralliement d'initiative citoyenne" (RIC), en référence au "référendum d'initiative citoyenne" défendu par le mouvement, est pour l'instant incomplète. Seuls 10 noms sur 79 ont été annoncés, et certains sont déjà critiqués, comme Hayk Shahinyan, passé par les Jeunes Socialistes, ou Marc Doyer, qui a soutenu publiquement la majorité. Que disent les politiques de cette liste qui pourrait bousculer certains équilibres des élections européennes ?

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Dans la majorité, on approuve mais on s'interroge

Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a estimé jeudi matin sur Radio Classique que la constitution d'une liste Gilets jaunes est un "processus intéressant" et qu'il est "plus sain" que le débat se "fasse dans les urnes à visage découvert, plutôt que planqué derrière des pseudos anonymes sur des réseaux sociaux ou cagoulés dans des manifestations avec des violences".

Pour le secrétaire d'État au numérique Mounir Mahjoubi, interrogé sur France Culture, cette liste Gilets jaunes doit malgré tout "clarifier sa ligne" et "devoir nous dire ce qu'elle veut pour les frontières de l'Europe, ce qu'elle pense du fonctionnement européen. (...) A eux de dire où ils sont !"

Chez les Républicains, on aime

Les Républicains ont réagi par la voix des chefs de file de leurs sénateurs et députés, à savoir Bruno Retailleau et Christian Jacob. Tous deux ont salué jeudi l'initiative. "C'est le jeu de la démocratie, je les félicite, je les encourage", a affirmé le premier sur France 2. Le second estime que "c'est une bonne initiative, à partir du moment où on se revendique au nom du peuple, et c'est ce que font les gilets jaunes qui disent: 'nous sommes le peuple', et bien il faut accepter de s'y soumettre, c'est la règle de la démocratie". Sur BFMTV et RMC, le député Eric Ciotti pense également que "vouloir se confronter au suffrage universel est une bonne chose en démocratie".

Interrogé à propos d'un sondage qui place la liste Gilets jaunes devant celle de LR aux européennes de mai, Bruno Retailleau a répondu que "l'enjeu, c'est pas (sa) famille politique, c'est la démocratie", et que "quand il n'y a pas de débouché politique (à un mouvement social, ndlr), la violence s'installe dans la rue.

Au PS, on préfère ça aux "nuits jaunes"

Le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure se veut plus mesuré dans sa réaction, affirmant sur Franceinfo que la création de cette liste n'est "ni une bonne, ni une mauvaise nouvelle", tout en affirmant "préférer très largement des Gilets jaunes qui se confrontent au suffrage universel plutôt que ceux qui appellent à des 'nuits jaunes' et qui, en réalité, sont dans une dérive dangereuse", en référence à l'appel d'un leader de Gilets jaunes, Eric Drouet, à manifester de nuit.

Chez la France insoumise, on est un peu sceptique

Une liste "gilets jaunes" aux européennes, pour le député LFI Ugo Bernalicis, "ça fait le jeu d'Emmanuel Macron". Interrogé sur Franceinfo, il estime que "ça va disperser des voix progressistes ou en tout cas opposées au gouvernement, alors qu'il faudrait les concentrer, les centraliser sur une force d'opposition centrale". 

"Nous on continuera à faire notre campagne", prévient l'élu du Nord. "De toute façon, on est un peu tous des Gilets jaunes. Moi samedi dernier, j'étais avec mon gilet jaune dans la rue. Est-ce que je suis un faux Gilet jaune ? Je n'ai pas l'impression, je suis plutôt en adéquation avec ce qu'il se raconte dans le mouvement" juge Ugo Bernalicis. Et d'ajouter que "si leur vote au Parlement européen, c'est de lutter contre les directives de libéralisation des services publics, contre le libre-échange qui détruit notre économie, si c'est pour lutter contre le glyphosate et tous les pesticides qui nous polluent la santé, ça nous fera des alliés au Parlement européen".

Si le député insoumis considère qu'"à partir du moment où les gens s'impliquent, font de la politique, constituent leur liste, c'est caractéristique d'une vitalité démocratique", son collègue Alexis Corbière, affirmait sur BFMTV ne pas vouloir "que cette annonce donne l'impression que les manifestations sont terminées".

À l'extrême-droite, on voit une combine

Le député du Rassemblement national Gilbert Collard, moins dans la nuance que les parlementaires précédents, a estimé sur Franceinfo que "Cette liste Gilets jaunes sent le Macron macéré à la combine électorale". Son collègue Sébastien Chenu lance pour sa part que la "liste Gilets jaunes ne devait pas être récupérée/noyautée par des partis politiques. A peine le temps de finir ma phrase que LREM a déjà commencé son boulot de récupération/noyautage !!"

Allié de Marine Le Pen à la présidentielle mais pas pour les européennes, Nicolas Dupont-Aignan fait état de ses interrogations quant à cette liste de Gilets jaunes. "Je suis démocrate et je crois au bon sens des Français. Ce qui est intéressant avec les Gilets jaunes c'est que leur force repose sur leur caractère transpartisan. C'est pourquoi je demande à savoir quels sont le programme et soutiens de cette liste", a-t-il affirmé, ajoutant que "si c'est pour commencer sur les ronds-points et finir, c'est étonnant".

Chez les communistes, on est plutôt bienveillant

Dernière réaction en date, celle de la tête de liste du Parti communiste pour les européennes, Ian Brossat, qui envoie un "welcome" à la liste Gilets jaunes. L'élu parisien estime que cette liste est "l'idée des gilets jaunes, leur droit en démocratie de se présenter", et dit avoir "hâte de découvrir leur programme et de pouvoir débattre avec eux". Ian Brossat affirme que la présence de cette liste n'était "pas problématique" pour son parti et juge "ridicules ces forces politiques qui ont soutenu la 

mobilisation des gilets jaunes et maintenant ont l'air de s'inquiéter de la présence de (leur) liste".

Il a également précisé qu'il y aurait des "gilets jaunes" sur la liste du PCF pour les européennes, "comme il y aura des blouses blanches, des cols bleus, des stylos rouges". Quant au secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, il a souligné que la liste communiste est "ouverte" pour "rassembler" ceux qui contestent les traités européens.

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