Services publics fermés, portrait de Macron raccourci... Les maires attaquent tous azimuts la baisse de leurs dotations

FRONDE - Baisse des dotations aux collectivités, suppression de la taxe d'habitation... Le projet de loi de Finances 2018 suscite une levée de boucliers chez les maires de France. Pour se faire entendre, chacun a sa méthode. Avant l'interview d'Emmanuel Macron sur TF1 dimanche, LCI en a sélectionné quelques-unes.

Baisse des dotations, gels des emplois aidés, suppression de la taxe d’habitation... Les villes s'inquiètent de la baisse de leurs ressources, qui les aident à faire tourner les services publics. Pour alerter ou dénoncer la politique du gouvernement, chacun a sa méthode. Actions fortes, messages humoristiques, LCI fait le tour des initiatives lancées par des élus ou institutions locales pour alerter sur leur sort. Le président pourra y répondre ce dimanche à 20h05 lors de son interview sur TF1.

Quand le maire lance lui-même une grève

C’est ce qu’a fait ce mercredi le maire LR d’Evreux, Guy Lefrand, pour alerter sur les conséquences de la suppression de la taxe d’habitation : il a fermé plusieurs services publics, comme le centre de loisirs, la cantine, le ramassage des ordures ménagères, la piscine. Les fonctionnaires municipaux ont travaillé dans leurs bureaux, mais les guichets étaient fermés. 


L’idée du maire ? Que le grand public  "prenne conscience" que la suppression de cette taxe n’est pas forcément une si bonne nouvelle, en leur montrant à quoi servent très concrètement les impôts locaux : financier des crèches, des piscines, des maisons de retraite, ou encore la sécurité. A Evreux, le maire estime que la suppression de la taxe et la baisse des dotations de l'Etat font un trou de 2 millions d'euros dans son budget 2018. "On va devoir fermer des services publics à l'avenir et augmenter les tarifs, comme ceux de la piscine."

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Évreux : les services publics en grève pour protester contre la suppression de la taxe d'habitation

Quand la Chambre de commerce vend ses bureaux sur Le Boncoin

"La CCI Essonne met son hôtel consulaire en vente sur Le Bon coin !" L’annonce est écrite en gros, en rouge, telle quelle, sur le site de la Chambre de commerce et d’industrie de l’Essonne. Un acte de rébellion visant la baisse des ressources fiscales prévues dans le projet de loi de finances 2018, estimée à 150 millions d’euros pour l’ensemble des Chambres de commerce et d’industrie. 

Dans son communiqué, la CCI Essonne estime que "l’application d’une telle mesure provoquerait des dégâts économiques et humains considérables". Et c’est donc pour "prévenir les risques" qu’elle a décidé de "mettre en vente ses locaux historiques de 13.000 m² au cœur du centre-ville d’Evry". La Chambre de commerce rappelle au passage que depuis 5 ans, "malgré une baisse continue de ses ressources fiscales" (- 30% entre 2013 et 2016), elle "mène des actions performantes". Elle a ainsi contribué en 2016 à la création de 6.200 établissements et a "obtenu un taux de satisfaction client de 97%, en hausse de 5,4% depuis 2014".

Le maire qui raccourcit le portrait officiel du président

On lui coupe son budget d’un tiers ? Il raccourcit d’autant le portrait du président Emmanuel Macron qui trône dans sa mairie. C’est ce qu’a fait, en Meurthe-et-Moselle, l'édile de Grand-Failly, Jean-François Damien. Ce maire de 330 habitants raconte à France Bleu Lorraine que cela fait des années que les ressources s’amoindrissent : "Tous les ans, on a de moins en moins de dotations. Cela fait que nous, on est obligés de gérer au jour le jour." Alors forcément, la suppression de la taxe d’habitation ne fait que creuser plus le trou. "En tant que citoyen lambda, je suis d’accord, mais en tant que maire, je suis contre", dit-il. "Cela représente 13.000 euros. Pour une petite commune comme nous, c’est énorme. Dans un budget prévisionnel, il est bon de savoir combien on va toucher pour programmer des travaux, ou si on n’a pas assez d’argent, on ne programme rien, et si on ne programme rien, les bâtiments communaux deviennent vétustes, on ne peut plus refaire les routes... On a une église du 12e siècle qui est importante, je dois refaire la toiture, j’en ai pour 200.000 euros. Je ne sais pas comment je vais faire."


Sa colère est bien comprise par Rose-Marie Falque, présidente de l’association des maires de Meurthe-et-Moselle. "Les dotations ont baissé surtout sous le précédent mandat", ajoute-t-elle. "Chez moi à Vrailles, j’ai perdu 46% de dotations en 4 ans. Moi ce ne serait pas un tiers du portrait que je masquerais, ce serait plus de la moitié. Remarquez, on verrait encore le sourire du président !"

Un maire met sa ville en vente

Autre action choc, début septembre, à Frontignan, dans l’Hérault. Le maire socialiste Pierre Boudoire a voulu dénoncer la baisse des dotations de l’Etat en mettant en vente certains bâtiments de sa commune sur Le Bon coin. Des grandes banderoles "A vendre" ont été apposées sur plusieurs bâtiments municipaux. A côté étaient aussi inscrits des logos parodiant le nom d’agences immobilières, mais faisait clairement référence au chef de l’Etat ou à son gouvernement : "Jupiter & Fils", "SCI Philippe". A côté, un numéro de téléphone... Celui du député local LREM, Nicolas Démoulin. 

Des annonces, désactivées depuis par l’opérateur, ont également été postées sur Le bon coin. "Exceptionnel, hôtel de ville du XIXe siècle !", pouvait-on lire. Ou encore : "Personnel non inclus, pas de plan social à prévoir". Mise à prix des bâtiments : 2,5 millions d'euros, soit le montant de la baisse totale de la dotation sur 5 ans pour Frontignan. 

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