Loi Evin amendée : ces députés qui relaient le lobby du vin

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MACRON GRAND CRU – La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a manqué de s'étrangler jeudi matin en voyant les députés valider un amendement à la loi Macron modifiant la loi Evin, qui régule la publicité sur l'alcool. Au sein de cette commission, quelques députés très proches de la filière viticole.

C'est ce qu'on appelle un coup de poignard dans le dos. La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a eu beau appeler les députés à ne pas valider l'amendement du Sénat modifiant la loi Evin , ils n'en ont fait qu'à leur tête. Dans la nuit de mercredi à jeudi, la commission chargée d'examiner le projet de loi Macron – en débat mardi prochain – a donné sa bénédiction à ce texte qui modifie les règles encadrant la publicité autour de l'alcool.

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L'amendement propose de distinguer entre la publicité pure et dure et la simple "évocation" du vin "dans un contenu journalistique, culturel, artistique, de divertissement ou encore œnotouristique" (sic). Sous couvert de protéger notamment les journalistes qui souhaiteraient parler du vin, le texte permet donc aux agences de voyages, acteurs privés et offices de tourisme, alertent ses détracteurs, de communiquer sans filet sur le précieux nectar sans encourir une condamnation.

Etudiants en viticulture

Certains de ces députés avaient déjà tenté de revisiter la loi Evin durant les débats sur la loi de Santé en mars. D'où la colère de Marisol Touraine, qui s'en est prise jeudi à ce "détricotage de la loi Evin". Claude Evin, le père de la fameuse loi, y voit la porte ouverte à une publicité "sans limite" en faveur de l'alcool . Les défenseurs du texte, eux, minimisent sa portée et parlent de "clarification".

Comme au Sénat, où l'amendement polémique est né , l'Assemblée nationale compte de fervents défenseurs du vin. Plusieurs d'entre eux se sont retrouvés dans la commission qui a statué jeudi. L'un des rapporteurs, Denys Robiliard (PS, Loir-et-Cher), qui avait façonné la première mouture de ce texte, fait partie  du groupe d'études "Viticulture" de l'Assemblée nationale . Gilles Savary (PS, Gironde), membre également du groupe "Viticulture", s'en prenait à la veille du vote au "lobby hygiéniste" et défend régulièrement des amendements protégeant la filière viticole .

"Valoriser notre territoire"

Laurent Grandguillaume, (PS, Côte d'Or), habitué, lui aussi, du fameux groupe "Viticulture", appelait déjà il y a un an à assouplir la loi Evin , qui empêcherait de "valoriser notre territoire", en l'occurrence, dans son cas, le fameux vin de Bourgogne. Quant à Alain Tourret (PRG, Calvados), il avait proposé en février dernier un amendement à la loi Macron ouvrant la vente d'alcool de moins de 3 degrés dans les stades . Son texte avait été retoqué. Dernier exemple : Cécile Untermaier (PS, Saône-et-Loire), qui avait participé au forcing pour empêcher un durcissement de la loi Evin un temps envisagé par la ministre de la Santé.

Le lobbying en faveur du monde viticole dépasse cette commission. Au sein du groupe "Viticulture", la question de la modification de la loi Evin est un leitmotiv qui dépasse les clivages politiques. En témoigne l'argumentaire de Philippe Martin (PS, Marne), qui est également vice-président de l'Association nationale des élus de la vigne et du vin ( Anev ), qui défend les intérêts du monde viticole.

"Un groupe très sérieux"

La vice-présidente du groupe "Viticulture", Brigitte Allain (EELV, Dordogne et elle-même viticultrice) indique elle-même à metronews qu'elle soutient l'amendement. "Ce texte vise à faire évoluer la loi Evin, non pour libéraliser la publicité, mais pour clarifier les choses, justifie-t-elle. Il y a beaucoup d'agitation autour de ce sujet." Le groupe "Viticulture" soutient-il le lobby pro-vin ? "C'est un groupe très sérieux, insiste Brigitte Allain. Non, il n'est pas à la botte des lobbies."

Pas à la botte, peut-être, mais il compte des militants acharnés. Parmi eux, le député Nicolas Dhuicq (Les Républicains, Aube), pourfendeur lui aussi de la "logique hygiéniste" de la ministre de la Santé, qui osait, lors du débat sur la loi de Santé : "S'il y a dépendance, c'est moins au vin qu'à l'alcool" .

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