Macron aux Etats-Unis : comment les présidents français ont laissé leur empreinte outre-Atlantique

HISTOIRE - Avant Emmanuel Macron, en visite d'État du 23 au 25 avril, tous les présidents français se sont rendus aux États-Unis. Et tous se sont illustrés par leur propre style afin de séduire l'opinion américaine et d'évoquer leur vision de la "relation spéciale" entre ces deux vieux pays amis.

La "relation spéciale" entre les États-Unis et la France, ce sont les présidents tricolores qui en parlent le mieux. Alors qu'Emmanuel Macron effectue une visite d'État aux États-Unis du 23 au 25 avril, comment ses prédécesseurs se sont-ils illustrés outre-Atlantique ? Depuis De Gaulle, chaque président français a insufflé son style lors de sa rencontre avec son homologue américain.

Charles De Gaulle dans la plus française des villes américaines

Lors de sa visite d'État d'avril 1960, le premier président de la Cinquième république rend un hommage des plus classiques au marquis de Lafayette, héros français de l'indépendance américaine et symbole de l'amitié entre les deux pays. "Américains, sachez-le, dans la grande partie qui s'engage, rien ne compte davantage pour la France que la raison, la résolution, l'amitié du grand peuple des États-Unis", a déclaré Charles De Gaulle devant le Congrès américain, après avoir été acclamé à Washington lors d'un défilé en limousine.


Mais le chantre de l'indépendance française en cette période de Guerre froide s'est d'abord rendu dans la plus française des villes américaines : La Nouvelle Orléans. Accompagné d'Yvonne De Gaulle, il assiste notamment à un défilé militaire, comme le montrent ces images d'archives.

"Lafayette Yes, Pompidou No"

Dix ans après De Gaulle, changement d'ambiance. Désormais président, Georges Pompidou atterrit à Washington pour une visite d'État où il est accueilli par... les sifflets de manifestants pro-Israël. Arborant pour certains des pancartes "Lafayette Yes, Pompidou No" dont nous vous épargnons la traduction, ces manifestants reprochent au chef d'État français, continuateur de la politique étrangère gaullienne, la vente d'avions de chasse Mirage à la Libye, dirigée depuis peu par Mouammar Kadhafi. 


Outré par ces manifestations, le président Nixon tentera de rattraper le coup en dînant avec Pompidou à New York. Ce qui n'a pas empêché le président français de lancer aux membres du Congrès américain cette phrase restée dans les annales : "Permettez à mon amitié de vous dire que la fin de la guerre du Vietnam sera pour les Etats-Unis la plus précieuse des victoires, celle que l'on remporte d'abord sur soi-même".

Giscard en Concorde... et en Anglais

Six ans plus tard, en mai 1976, le nouveau président Valéry Giscard d'Estaing ne met que 3h55 pour traverser l'Atlantique en Concorde. Jouant sur les symboles de modernité, le chef d'État tient même à parler anglais à son arrivée à la Maison Blanche et devant le Congrès. Si la grammaire est irréprochable, l'accent est on-ne-peut-plus "frenchy". Le Washington Post avait néanmoins qualifié son discours de "compréhensible".

Mitterrand, le dialogue avec l'URSS et Steve Jobs

Contre toute attente, la visite d'État de François Mitterrand en mars 1984 avec son homologue Ronald Reagan, pourtant aux antipodes sur le plan idéologique, se passe bien. Car telle est l'amitié franco-américaine : elle survit efficacement aux alternances politiques. "Nous aimons le peuple américain", affirme alors Mitterrand, qui rencontrera lors de ses visites suivantes également Georges Bush père et Bill Clinton.


Pourtant, alors que les tensions entre les États-Unis et l'URSS sont de nouveau à leur comble, le président français affirme en 1984 devant le Congrès américain : "N'ayons pas peur de dialoguer avec l'Union soviétique dès lors que les bases et les finalités de ces échanges sont nettement et clairement définies."


Symbole également de la modernité mitterrandienne, le président s'envole pour la Californie, où il rencontre le jeune Steve Jobs, âgé de 29 ans. Un an avant la fameuse séquence "chébran" et "câblée" en compagnie d'Yves Mourousi sur TF1.

Chirac, la bière, les burgers et le fou rire de Clinton

Avec 12 visites aux États-Unis pendant ses deux mandats, Jacques Chirac est le président français qui s'est le plus rendu outre-Atlantique. Et force est de constater qu'avant 2003 et le refus de participer à la guerre en Irak, Jacques Chirac était très aimé. Lors de sa visite d'État de février 1996, il provoque le fou rire de son homologue américain Bill Clinton lors d'une conférence de presse où se dernier est placé à la gauche de Chirac. "Le président Clinton a indiqué qu'il était 'à gauche d'Attila', alors je voudrais vous dire que je ne me suis pas senti visé", déclare le chef d'État français.


Président le plus américanophile jusqu'ici, il est décrit par le Washington Post comme "le plus célèbre des cuistots de hamburgers qui ait jamais travaillé dans un Howard Johnson", du nom d'une chaîne de restaurants US où Jacques Chirac a travaillé, à l'époque où il avait une petite amie américaine. Sans parler de son appétence pour la bière. Au-delà de l'anecdote, Jacques Chirac annonce notamment que la France est disponible pour revenir dans le commandement militaire intégré de l'Otan, après l'avoir quitté en 1966. 


C'est aussi le premier chef d'État étranger à rencontrer Georges W. Bush après son élection en 2000, et le premier président à se rendre aux États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001. Sur des images restées célèbres, Jacques Chirac survole en hélicoptère les ruines encore fumantes du World Trade Center.

Sarkozy "l'Américain"

Si, contrairement à ces prédécesseurs, Nicolas Sarkozy n'a jamais eu droit à une visite d'État, il n'en a pas moins déclaré son amour à la patrie américaine. Reçu en août 2007 dans la propriété familiale des Bush, "Sarkozy l'Américain" revient en novembre pour une visite de travail. Il prononce alors un discours très applaudi devant le Congrès : "Ma génération, sans venir sur votre territoire, a partagé tous les rêves de l'Amérique. Dans l'imaginaire de ma génération, il y a la conquête de l'ouest et Hollywood. Il y a Elvis Presley, qu'on n'a peut-être pas l'habitude de citer dans ces murs, mais pour ma génération il est universel ! Il y a Duke Ellington, il y a Hemingway. Il y a John Wayne, il y a Charlton Heston. Il y a Marilyn Monroe, Rita Hayworth".

La relation de Nicolas Sarkozy avec Barack Obama semble plus froide. De retour pour une visite officielle en 2010, le chef de l'Etat français essuie une petite plaisanterie de la part de son homologue, qui s'amuse du "palais raffiné" du président français, car ce dernier s'est rendu un restaurant réputé pour ses hot-dogs.

Hollande, le scooter avant l'heure

Les visites de François Hollande aux États-Unis sont marquées par une ambiance plutôt potache. En mai 2012, juste après l'élection du président français, Barack Obama lui lance que, désormais, il ne pourra plus se promener en scooter à Paris. Réponse de Hollande : "J’espère ne pas avoir à l’utiliser avant longtemps". Deux ans plus tard, des photos du président en scooter faisaient la une de la presse people.

"Ça m’intéressera d’avoir son avis sur les cheeseburgers à Chicago", lance également Barack Obama. Et pour cause, à l'instar de Jacques Chirac, François Hollande aussi s'est rendu aux États-Unis, dans le cadre d'un voyage d'études consacré aux fast-food. Sans oublier une petite blague sur la cravate du président français.


Dix-huit ans après Chirac, Hollande bénéficie à son tour d'une visite d'État en 2014. Visite de l'avion présidentiel Air Force One, dîner d'État dans les jardins de la Maison Blanche, passage dans la Silicon Valley. Se voulant plus symbolique et dense que la première, cette visite a été l'occasion de constater que les positions françaises et américaines en politique étrangères n'avaient rarement été aussi proches. Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts, et un nouveau locataire a pris possession du Bureau ovale.

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