Les Présidents et leur état de santé, l'impossible transparence

Les Présidents et leur état de santé, l'impossible transparence

TABOU - Le gouvernement a assuré que toute la "transparence" serait faite sur l'état de santé d'Emmanuel Macron, positif au Covid-19. Ce dernier a indiqué, vendredi dans une vidéo, qu'il rendrait compte tous les jours de l'évolution de la maladie. Dans l'histoire de la Ve République, elle a pourtant rarement été à l'honneur, les Présidents se retranchant derrière le secret médical.

Pour la première fois depuis le début du quinquennat, jeudi 17 décembre 2020, les Français ont eu des nouvelles de la santé d'Emmanuel Macron. Dans un communiqué envoyé en milieu de matinée, ses services révélaient qu’il avait été testé positif au Covid-19 et allait s’isoler pour sept jours. En début de soirée, le porte-parole du gouvernement a promis que "la transparence" autour de son état de santé "sera la règle" jusqu'à son rétablissement. 

Vendredi, dans un message posté sur Twitter, le président de la République a donné lui-même de ses nouvelles. Assurant aller "bien" malgré une activité "un peu ralentie", il a assuré qu'il "rendrait compte chaque jour de l'évolution de la maladie"

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Emmanuel Macron positif au Covid-19

Transparence et santé des Présidents ne vont pas toujours de pair. Le sujet est sensible, à la frontière entre vie publique et vie privée, entre droit à l'information et respect du secret médical. En 2017, alors candidat à l’élection présidentielle, Emmanuel Macron avait assuré au Quotidien du médecin que s’il était élu il s’engagerait à rendre "publique sans exception et sans hésitation toute information susceptible d’avoir des conséquences quant à [sa] capacité de diriger le pays".

Mais il nuançait : "Il est normal que les Français soient informés, dans des proportions raisonnables, de la santé du Président, qui doit être en capacité de remplir sa charge. En même temps, la santé du Président relève pour une grande part de l’intime [...] Je m’appliquerai le droit que je reconnais à chaque Français de bénéficier du secret médical." Depuis l'annonce, l'entourage présidentiel a communiqué sur les symptômes ressentis par le président, et indiqué qu'il s'était isolé à La Lanterne, suivi médicalement par le médecin-chef de l’Élysée et quatre médecins adjoints, placés sous l'autorité du chef d'état-major particulier. La protection médicale du chef de l'État relève, depuis 1983, du Service de santé des armées.

Pompidou et Mitterrand, malades secrets

Le premier à avoir gardé le secret autour d'un mauvais état de santé fut Georges Pompidou, décédé au cours de son mandat en 1974. Malade depuis plusieurs mois, il n'a jamais communiqué sur sa maladie de Waldenstrom, une sorte de cancer du sang, qui l'a emporté après moins de cinq ans à l'Élysée. Marqué par cet événement, Valéry Giscard d'Estaing promettra de publier des bulletins médicaux. Il n'en fera rien. Tout comme François Mitterrand, qui cachera même son cancer, diagnostiqué dès sa première année de mandat en 1981. 

Dès l'automne 1981, des rumeurs circulent sur une "maladie" ou un "cancer", mais jusqu'à l'été 1992, ses bulletins de santé n'en font pas état. Son cancer de la prostate n'est rendu public qu'après son opération le 11 septembre 1992. Il subit une seconde opération le 18 juillet 1994 et achève son mandat dans la souffrance. Le livre de son médecin qui fait état du diagnostic de la maladie dès 1981 est même interdit à la vente à sa sortie en 1996, et son auteur, le Dr Claude Gubler, condamné à quatre mois de prison avec sursis pour violation du secret médical.

Avec Sarkozy et Hollande, une transparence toute relative

Au nom du respect de la vie privée, son successeur Jacques Chirac n'a jamais publié de bulletins réguliers. Après un accident vasculaire cérébral qui lui a valu une semaine d'hospitalisation en 2005, de nombreuses spéculations entoureront son état de santé. Malgré les messages rassurants de ses proches, les doutes sur ses capacités à gouverner auront accompagné sa fin de mandat. 

En 2007, cinq jours après son entrée en fonction, Nicolas Sarkozy publie un bref bulletin de santé assurant qu'il est "apte" à exercer ses fonctions. Le 3 juillet 2009, un autre bulletin informait qu'il avait subi des examens cardio-vasculaires et sanguins qui s'étaient "révélés normaux". Mais le 26 du même mois, il est victime d'un malaise vagal, lors d'un jogging à la Lanterne, et avait dû être hospitalisé brièvement à l'hôpital militaire parisien du Val-de-Grâce. 

Quant à François Hollande, il a révélé en décembre 2013, plus d'un an après son élection, avoir subi une opération de la prostate en 2011. Pourtant, il avait évoqué durant sa campagne "la nécessité de transparence sur son état de santé". Seulement deux bulletins de santé sont publiés pendant son mandat, en juin 2012 et mars 2013. 

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Une visite médicale auprès d'un collège d'experts ?

À chaque souci de santé et à chaque révélation, le tabou de la santé des Présidents refait surface. Quelle marge de manœuvre ont les médecins de l’Élysée pour dire toute la vérité, quand le locataire des lieux leur demande de rester discret, et quand ils sont soumis au secret médical ? En 1996, après la mort de François Mitterrand, des constitutionnalistes et médecins proposèrent que le chef de l’État passe, une ou deux fois par an, une visite médicale auprès d’un collège d’experts. 

"Tenus au secret absolu, ces experts rendraient ensuite leurs conclusions au Conseil constitutionnel qui, seul, aurait la possibilité de prononcer un empêchement du président pour une raison médicale", plaidait le juriste Guy Carcassonne dans La Croix. Des recommandations restées lettres mortes.

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