Macron en visite à Mayotte : en quoi consiste l’opération "Shikandra" ?

Politique

SHIKANDRA - Emmanuel Macron est arrivé à Mayotte afin de constater le déploiement du plan "Shikandra", qui a comme objectif de lutter contre l'immigration clandestine, raison de la colère de nombreux habitants.

L’opération répond à un mal-être qui avait mis à l’arrêt le département français pendant près de deux mois. Nommée "Shikandra",  elle doit lutter contre l'immigration clandestine, contre laquelle se soulève la population mahoraise. Emmanuel Macron va en découvrir le déploiement, à Mayotte, à partir de ce mardi. Une visite de quatre jours dans ce territoire secoué en 2018 par une forte contestation populaire contre ce phénomène. 

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Un plan sur quatre "axes"

C’est une source d’inquiétude, et parfois de colère. Avec près de la moitié (48%) des habitants étrangers, selon l'Insee, l’immigration est un phénomène singulier dans le plus jeune département français. A titre comparatif, ce ratio n’est que de 6,5% à l’échelle nationale. Au printemps 2018, les Mahorais avaient donc choisi d’alerter sur l’immigration illégale - un étranger sur deux est clandestin (Insee) - l’accusant d'être responsable de l'insécurité et de la saturation des services publics. Pour protester, ils avaient bloqué les routes pendant près de six semaines, paralysant la circulation et l'ensemble de l'économie de l'île. 

C’est pourquoi Annick Girardin, ministre des Outre-mer, a présenté le 26 août dernier  cette opération "Shikandra", du nom d'un poisson qui mord quand on s'approche de son nid. Ce plan "civilo-militaire", comme le décrit le gouvernement, doit permettre de "renforcer" la lutte contre l'immigration clandestine à Mayotte. Et ce en quatre "axes". 

Première volonté : "protéger" les frontières. La population de l’archipel réclame notamment plus de moyens pour enrayer les arrivées régulières de kwassas-kwassas, les embarcations de fortune transportant des exilés. Est donc prévue une hausse des effectifs – avec 22 personnes supplémentaires embarquées en mer – mais aussi plus de matériel, comme ces huit intercepteurs en parfaites conditions qui vont être déployés dès janvier contre seulement cinq auparavant. Le gouvernement promet aussi une meilleure surveillance aérienne. "On pourra, 24 heures sur 24, être en mer sur des opérations de surveillance et intercepter les kwassas-kwassas qui voudraient arriver sur les côtes mahoraises", s’enthousiasmait en août dernier la ministre des outre-mer. 

Les interpellations en hausse de 150%

Ciel, mer, mais aussi terre, où les autorités veulent "réaffirmer leur présence". Là aussi, cet engagement se manifeste par l’arrivée d’une soixantaine de nouveaux fonctionnaires dédiés à la lutte contre l’immigration clandestine et des gendarmes départementaux. En ce qui concerne les conséquences de l’immigration clandestine, une cellule de lutte contre le travail dissimulé a été créée, accompagnée d’un "renforcement" de la lutte contre la fraude dans la délivrance des titres, avec l’aide d’un expert de la police spécialisée dans ce type de délits.

Le gouvernement compte aussi accompagner les Comores dans cette lutte. Situé à peine à 70 kilomètres, cet archipel est l’un des Etats les plus pauvres au monde. Ce qui explique que 95% des étrangers de Mayotte en sont originaires (Insee).  Le gouvernement dit donc vouloir assister ce voisin dans la lutte contre les filières d’immigration et de traite d’êtres humains. 

Une approche décrite comme "globale" qui, pour le moment, semble remplir les objectifs du gouvernement. Avec une hausse de "150% du nombre d’interpellations" entre 2018 et 2019, l’Elysée se félicite d’avoir reconduit 22.000 individus à la frontière fin 2019. 

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