La rencontre secrète avec Macron, "l'inestimable soutien" de Gayet… Découvrez les premiers extraits du livre de François Hollande

CONFIDENCES - Dans "Les Leçons du pouvoir", François Hollande livre le récit de ses cinq ans à l’Elysée et défend son bilan. Sans se priver de critiquer son successeur et ex-protégé, Emmanuel Macron. LCI vous dévoile de premiers extraits.

Ses réussites, ses regrets… Alors que son quinquennat est évoqué - et bien souvent critiqué - chaque jour, François Hollande livre sa version. Dans Les Leçons du pouvoir (Stock), en librairie mercredi, l’ex-président fait le récit de ses cinq ans à l’Elysée et défend son bilan, tout en reconnaissant certaines "erreurs". Et en regardant vers l’avenir :  "J'entends toujours faire de la politique. Je n'ai d'ailleurs jamais déclaré que j'y renonçais", précise-t-il. Emmanuel Macron est prévenu.


Car si le livre se penche sur le passé, ces Leçons du pouvoirs visent aussi l'actuel occupant de l'Elysée qui, pour avoir été son protégé, n'est plus guère tendre à son égard. Après s'être astreint au silence, Hollande réplique. "J'ai toujours admis la compétition politique mais je pense qu'elle doit se livrer au grand jour et s'assumer franchement. Convenons que ce ne fut pas le cas", assène-t-il.

"Cette façon de nier l'évidence avec un sourire"

François Hollande raconte comment Emmanuel Macron s’est progressivement mis "à son compte" avec "toujours cette façon de nier l’évidence avec un sourire". Il revient notamment sur l'épisode où son "jeune ministre (...) a pris de l’assurance" et s’épanche sur la "nostalgie de la monarchie" des Français dans un hebdomadaire : "Cette dissertation éclaire bien la pratique du pouvoir qu'il met en avant depuis son élection." 


Riches d’anecdotes sur les coulisses du pouvoir, le livre de François Hollande contient aussi des confidences sur sa vie privée. LCI vous révèle les premiers extraits de ce livre très attendu. 

Une rencontre secrète trois jours après l’élection d’Emmanuel Macron

"A vrai dire, nous nous étions déjà parlé depuis le 7 mai. Personne n’en avait rien su (…). Nous nous sommes donc retrouvés discrètement à l’Elysée trois jours après le scrutin pour évoquer la situation politique née de son élection. Je comprends au fil de nos échanges que (…) La République en marche présentera des candidats partout ou presque. Le nouveau président compte sur l’élan de la présidentielle pour se constituer une majorité à sa convenance qui soutiendra ses réformes sans férir. Il ne veut pas se concilier le PS. Il veut le remplacer. Avant de me rejoindre à l’Elysée en 2012, il a été un spécialiste des fusions-acquisitions : l’opération qu’il prépare n’est pas un rapprochement. C’est une absorption."


"Il m’annonce qu’il compte nommer une personnalité classée à droite à Matignon et rallier à lui des membres éminents de l’opposition : un pouvoir sans alternance. Débarrassé du PS, il veut désarmer la droite en débauchant ses leaders les moins éloignés de son projet. Je lui fais remarquer qu’un Premier ministre de droite, aussi loyal soit-il, aura immanquablement la tentation d’exister par lui-même, d’autant qu’il est pas construction institutionnelle le chef de la majorité. Emmanuel Macron prête à cet avertissement amical une attention courtoise. Peut-être se souviendra-t-il un jour de cette conversation."

Sur Macron et la "monarchie"

"À l'été 2015, le jeune ministre a pris de l'assurance et s'aventure sur un terrain plus politique. Dans un hebdomadaire, il affirme que la France vit dans une nostalgie implicite de la monarchie, que la disparition du roi a laissé une place vide au sommet de l'État. Je n'y vois pas de malice. Je ne crois pas que la France ait besoin d'une nouvelle monarchie, serait-elle élective. Je mets cette idée sur le compte de son goût pour les débats d'idées. Pourtant, rétrospectivement, cette dissertation éclaire bien la pratique du pouvoir qu'il met en avant depuis son élection."

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Sur Valérie Trierweiler : "Ses mots m’ont fait mal"

A propos du livre Merci pour ce moment : "Dans un livre dont le succès fut retentissant, elle mit au jour ses blessures et exprima avec ses mots ce qu’elle avait vécu. Ils m’ont fait mal. C’était sans doute son intention. Nous avons mis du temps pour échanger de nouveau."

Sur Julie Gayet : "Cette aspiration au bonheur qui rend la vie plus douce"

"Notre relation fut révélée dans les pires conditions, pour ma personne et pour la fonction. J’en porte la responsabilité même si je ne saurai jamais comment et pas qui une presse sans scrupules a pu être orientée et guidée de cette sorte."


"Nous étions d’accord et nous étions convenus de passer du secret à la discrétion, sans jamais tomber dans l’exhibition et sans jamais accepter l’intrusion."


"Je peux le dire aujourd’hui : la tendre et délicate affection de Julie a été durant ces trois dernières années un inestimable soutien. Solidaire, présente mais suffisamment éloignée de la scène publique pour rester elle-même. Sans avoir besoin de jouer un rôle, elle était là, avec cette aspiration au bonheur qui rend la vie plus douce. Même à l’Elysée."

Un (demi-)regret : la déchéance de la nationalité

"Tel est mon regret: avoir sous-estimé l'impact émotionnel de la déchéance de nationalité. (...) Aujourd'hui encore, je suis sûr que notre démarche ne menaçait en rien les libertés publiques, pas plus que les principes d'égalité entre les citoyens. Mais en démocratie, il ne suffit pas d'avoir raison, il faut aussi convaincre."

Sur loi travail, "justifiée", "une erreur de méthode"

"Je maintiens que la réforme était justifiée même si elle ne figurait pas dans mon programme. Elle vivifiait les négociations d'entreprise. Elle adressait un message d'encouragement aux PME, elle comprenait des avancées sociales dans un contexte où la mobilité est devenue la réalité vécue de beaucoup de salariés. (...) C'était un compromis social-démocrate fondé sur l'équilibre entre souplesses et garanties, différent dans sa philosophie et ses modalités des ordonnances mises en œuvres par le gouvernement d'Édouard Philippe que seul le Medef a approuvées."


"Je reconnais néanmoins une erreur de méthode et de calendrier. Préparé dans une période où les attentats mobilisaient notre attention, le texte n'a pas fait l'objet d'une concertation suffisante. Sa présentation a été précipitée. Les mesures les plus discutables n'ont pas été expliquées avec la pédagogie nécessaire. L'annonce maladroite d'un recours au 49-3 avant même l'ouverture du débat parlementaire, qui tenait du coup de menton, avait été perçue au mieux comme une maladresse, au pire comme une provocation."

François Hollande, Les Leçons du pouvoir (Stock) - 22 euros

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