MACRON : UNE NATIONALISATION, ET APRES ? - Posez toutes vos questions à Marie-Aline Méliyi et ses invités - 24 Heures en Questions

MACRON : UNE NATIONALISATION, ET APRES ? - Posez toutes vos questions à Marie-Aline Méliyi et ses invités - 24 Heures en Questions
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POLITIQUE - Ce soir, comme tous les soirs, dans "24 heures en questions", vous avez la possibilité de poser toutes vos questions à Marie-Aline Méliyi et ses invités sur le thème du jour : la nationalisation des chantiers navals STX de Saint-Nazaire. Ils vous répondent dès 18h10.

Hier, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a annoncé la nationalisation des chantiers navals STX de Saint-Nazaire. En grande difficulté financière, l’armateur sud-coréen STX a décidé de liquider sa filiale française, STX France. Après avoir vendu en 2016 les chantiers navals de Lorient, la maison-mère, actuellement en redressement judiciaire, décide de revendre ses 67% de participation dans les Chantiers Navals de l’Atlantique de Saint-Nazaire. Une seule offre arrive sur le bureau de l’armateur asiatique, celle du leader mondial de construction de bateaux de croisière, l’italien Fincantieri. En janvier 2017, un accord est trouvé, attribuant 48% des parts à la firme transalpine, qui s’engage à rester minoritaire pendant 8 ans dans cette entreprise où un tiers des parts est déjà détenu par l’Etat Français. C’est la présence dans l’accord d’un troisième acteur, un investisseur italien de Trieste, ville où se trouve également le siège de Ficantieri, qui va mettre la puce à l’oreille du gouvernement français. Celui-ci est censé prendre 7% des parts de STX, faisant ainsi en sorte que les chantiers navals de Saint-Nazaire seraient contrôlés majoritairement par des entreprises italiennes. Cela poserait problème, pour les 7000 emplois concernés, qui pourraient être menacés en cas de creux dans une activité très cyclique. On craint également un transfert de savoir-faire entre Saint-Nazaire et la Chine, actionnaire principal de Ficanteri. L’Etat Français décide donc de préempter l’achat des parts détenues par STX. L’Etat a le droit depuis 1966 de griller la politesse d’investisseurs étrangers lors de la vente de parts de capital d’une société. Ce droit de préemption a déjà été invoqué pour prendre ou conserver des intérêts dans des industries stratégiques, comme Arnaud Montebourg souhaitait le faire pour les hauts-fourneaux de Florange en 2012, ou à l’instar de Nicolas Sarkozy qui a fait racheter en 2004 à l’Etat 21% d’Alstom. François Mitterrand l’avait également utilisé en 1992 pour nationaliser La Cinq. Les nationalisations les plus marquantes avaient d’ailleurs été effectuées lors du grand plan de 1982, où le premier président socialiste de la Vème République avait racheté des géants industriels comme Suez, Saint-Gobain ou Thomson, ainsi que la majorité des acteurs du secteur bancaire et financier. Ces nationalisations avaient été décidées dès 1972, où François Mitterrand, premier secrétaire du Parti Socialiste,  s’est assuré le soutien du Parti Communiste Français et des Radicaux de Gauche au sein du programme commun, qui les mènera à la victoire de 1981. Les nationalisations sont donc avant tout une arme politique, et c’est cela qui a attisé les tensions diplomatiques entre Paris et Rome, qui possède encore des parts dans Ficanteri. De plus, en recevant en début de semaine les chefs des deux principales factions libyennes, le général Haftar et le chef du Gouvernement d’Union Nationale Faïez el-Serraj, Macron avait déjà jeté un froid sur les relations franco-italiennes. L’Italie est en effet l’interlocuteur historique et privilégié de la Libye, traitant notamment quasiment seule les flux de migrants passant par ce pays, qui n’a plus de structure étatique depuis la chute de Khadafi en 2011. L’Italie s’offusque ainsi de cette nationalisation, dénonçant une forme d’hypocrisie dans la volonté française de protéger ses intérêts alors la France a investi 56 milliards d’euros dans la péninsule, rachetant les fleurons de l’industrie du luxe Bulgari, Fendi ou Gucci, des conglomérats alimentaires, des banques, le réseau électrique, ou encore des parts dans les médias et les télécommunications. L’image de libéral pro-européen de Macron en a ainsi pris un coup en Italie. Certains voient dans cette nationalisation un moyen pour le président « de droite et de gauche » d’envoyer des signaux en direction de son électorat socialiste, après une longue séquence de mesures trouvant une opinion favorable de l’autre côté de m’échiquier politique. Alors, Emmanuel Macron risque-t-il de plonger dans une crise diplomatique avec un membre fondateur de l’Union Européenne ? La nationalisation de STX était-elle nécessaire pour protéger les emplois ou les technologies des Chantiers de l’Atlantique ? Cette décision peut-elle séduire l’électorat de gauche ?


Pour poser vos questions, rendez-vous sur le page Facebook de l'émission, ou sur Twitter, #24henquestions !

Les invités :


François ÉCALLE

Économiste


Mathieu PLANE

Directeur adjoint Département Analyse et Prévision de l'OFCE


Éric DELBECQUE

Expert en intelligence économique


Irène INCHAUSPÉ

Journaliste à l'Opinion

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