"Make Our Planet Great Again": six mois après, coup de com' ou coup de maître ?

"Make Our Planet Great Again": six mois après, coup de com' ou coup de maître ?

DirectLCI
BILAN - Deux ans après l'accord de Paris lors de la COP 21 et six mois après le lancement de l'initiative d'Emmanuel Macron en faveur du climat, quel premier bilan en tirer ? LCI fait le point sur le projet "Make Our Planet Great Again".

Ce mardi, la France accueille le One Planet Summit, un sommet sur le réchauffement climatique, deux ans jour pour jour après la signature historique de l’Accord de Paris. Ce sont plus de 2000 "acteurs-clés" du secteur privé et public qui se réunissent mardi à Paris dont plusieurs chefs d’Etat européens et africains ainsi que des stars comme Leonardo DiCaprio ou Bill Gates.


Ce nouveau sommet avait été annoncé par Emmanuel Macron quelques jours après la décision des Etats-Unis de se retirer de cet accord. Une idée qui accompagnait une autre initiative lancée par le Président le 1er  juin dernier, "Make Our Planet Great Again". Emmanuel Macron avait marqué les esprits avec son fameux appel : "Make Our Planet Great Again", un détournement du slogan de campagne de Donald Trump "Make America Great Again", visant à attirer les chercheurs et les entrepreneurs "verts" en France. Six mois plus tard, où en est-on ?

Un site internet a d'abord été lancé le 8 juin pour permettre à des chercheurs étrangers de venir travailler en France. 450 personnes ont entamé des démarches mais seuls 255 dossiers étaient complets et éligibles, indique le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), en charge de la sélection des dossiers. 


Après cette première phase de sélection, 90 dossiers, soit un peu plus d'un dossier sur trois, ont été sélectionnés. Selon les chiffres fournis par le CNRS, la majorité des chercheurs viennent du pays de l’Oncle Sam : 42% des candidats sont Américains. Chiffre plus surprenant, 15% des 90 candidats sont des Français travaillant Outre-Atlantique. Petit déception cependant, la parité n’est pas atteinte avec seulement 19% de chercheuses parmi les 90 sélectionnés. Après cette première étape, les chercheurs devaient présenter un projet à un établissement de recherche de leur choix. 

Fin novembre, un jury international de scientifiques s’est réuni pour faire une sélection finale. Avec 60 millions d’euros de budget – dont la moitié est financée par le Commissariat général de l’investissement (CGI) – les chercheurs sélectionnés se verront allouer des sommes en fonction de leur niveau d’étude.


Un chercheur junior, qui a obtenu sa thèse il y a entre quatre et douze ans et qui exerce depuis au moins deux ans sur les changements climatiques, se verra allouer la somme maximale de 500.000 euros. De son côté, un scientifique senior, qui a obtenu son doctorat depuis plus de douze ans, touchera la somme de 750.000 euros. L’avantage pour les chercheurs est que cette somme sera doublée par les laboratoires dans lesquels ils seront accueillis. En effet, pour chaque euro investi par la CGI, le laboratoire devra apporter un euro supplémentaire.


Emmanuel Macron a dévoilé lundi les 18 premiers lauréats de l'initiative "Make Our Planet Great Again". Sept femmes et onze hommes originaires de six pays ont été sélectionnés. Parmi les 18 projets retenus, la majorité (13) provient des Etats-Unis. Mais le Canada, l'Italie, l'Espagne, l'Inde et la Pologne sont également représentés.


Une deuxième phase de sélection interviendra au printemps 2018 dans un calendrier coordonné avec l'Allemagne, qui rejoint l'initiative et avec laquelle une animation scientifique conjointe sera mise en place.

Si l’initiative lancée par Emmanuel Macron semble être un succès pour le volet chercheurs, qu'en est-il pour celui des entrepreneurs étrangers ? Contacté par LCI, Business France, responsable du volet entrepreneur étranger de l’initiative "Make Our Planet Great Again", affirme avoir reçu énormément de messages et de demandes d'information. "Nous avons reçu plus de 1100 témoignages de soutien mais aussi des courriers d’entrepreneurs nous disant être très sensibles à l’initiative lancée par le Président", affirme Caroline Leboucher, directrice générale déléguée de Business France.


Plus concrètement, Business France a reçu plus de "200 dossiers portant des projets concrets" autour des "clean techs" (ndlr : technologie propre) et de l’énergie propre. Six mois plus tard, la structure en a sélectionné 52 jugés fiables. Une très bonne surprise pour Caroline Leboucher qui affirme que ce n’est pas vraiment dans les habitudes de Business France de recevoir des projets mais plutôt l’inverse. "Habituellement, c’est nous qui allons prospecter".

En vidéo

Emmanuel Macron se pose en porte-parole du monde vert

Selon l'organisme, la majorité des projets provient de petites structures. 48% sont des start-ups et 38% des PME, détaille Caroline Leboucher. Selon la directrice générale déléguée, ces chiffres peuvent s’expliquer par la nouvelle stature de la France sur la scène internationale. Et de citer l'exemple d'une start-up nommée Impacti. D’abord installée aux Pays-bas, cette jeune structure qui a mis au point une application permettant de connaître les normes environnementales appliquées aux différents secteurs d’activité, a décidé de s’installer à Bordeaux. Un choix motivé par le projet "Make Our Planet Great Again" mais aussi par "l’écosystème numérique offert par Bordeaux", selon Caroline Leboucher.


44% des entrepreneurs viennent d'Amérique (États-Unis, Mexique et Canada), selon Business France. Viennent ensuite les candidats européens comme le Royaume-Uni, l’Espagne et l’Italie. Petite déception pour l’Asie qui ne représente que 13% des projets sélectionnés. Pour Caroline Leboucher, ce chiffre est en partie dû à la barrière linguistique. Pour remédier à ce problème, le site va être mis à jour le 12 décembre avec une version anglaise plus complète.  En ce qui concerne le domaine d’expertise, plus de la moitié travaille dans les énergies propres et 20% dans le conseil à destination des entreprises.

Contrairement au volet recherche, les entreprises ne bénéficient pas d'aide financière directe de l'Etat français mais de soutien pour s'implanter et de conseils notamment pour obtenir un soutien financier des collectivités territoriales.  Autre frein identifié par Business France, le délai d'implantation. Ce dernier est en moyenne de "10 à 18 mois", selon Caroline Leboucher quand un chercheur, une fois sélectionné peut rejoindre bien plus rapidement son laboratoire.  


L’arrivée de ses 52 entreprises devrait permettre "de créer 600 à 650 emplois", selon cette dernière. Cependant, il faut rappeler que les projets sont exclusivement portés par de petites structures ce qui explique ce chiffre.

Six mois donc après le fameux appel de Macron, le bilan semble plutôt positif, du côté des chercheurs comme de celui des entrepreneurs. Reste à transformer l'essai...

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter