Mantes-la-Ville : le FN veut "moins de hip-hop aux frais de la princesse"

Mantes-la-Ville : le FN veut "moins de hip-hop aux frais de la princesse"
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SUBVENTIONS - Dans la seule commune d'Ile-de-France dirigée par le Front national, le malaise s'est installé entre le maire, qui cherche à faire des économies, et des associations qui s'estiment elles "prises pour cible".

à Mantes-la-Ville, la seule commune d'Ile-de-France dirigée par le FN, il ne fait pas très bon être une association. Dans la foulée de son élection en mars 2014, le maire, Cyril Nauth, jeune prof discret, qui a ravi aux socialistes cette ville populaire de 20.000 habitants, a en effet réduit de 20% les subventions aux associations.

"Dans un contexte budgétaire contraint, on doit se recentrer sur les priorités : sécurité, école, propreté, baisse de la fiscalité, ce n'est pas permettre le développement d'activités rap, hip-hop aux frais de la princesse", explique ainsi le maire FN, qui argue par ailleurs qu'il n'y a "pas eu de baisses drastiques" en 2015.

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Une explication qui ne convainc pas vraiment le milieu associatif local, à commencer par le Football Club Mantois. Le plus gros club du secteur, qui accueille de nombreux jeunes des quartiers, a ainsi vécu un sacré coup dur, voyant sa subvention amputée de 75%. "Le club est mal géré", a pour sa part justifié le maire.

"On a essayé de créer le dialogue mais on ne nous a pas tendu la main"

Mais le malaise dépasse le petit club de foot. Des acteurs du très dense milieu associatif local, à l'image d'Abdessamad El Warroudi, s'inquiètent ainsi du ton de la nouvelle majorité. "Le social est en train de mourir à Mantes-la-Ville", estime le président de Réflexion et action citoyenne (RACMY), "on a essayé de créer le dialogue mais on ne nous a pas tendu la main", regrette-t-il. Son association fondée il y a deux ans sur le créneau de la démocratie citoyenne n'a d'ailleurs pas fait de demande de subvention : "on était avertis que ça ne valait pas le coup".

Pour Diambéré Dembele, ex-médiateur jeunesse aujourd'hui chargé de mission au conseil départemental des Yvelines, les associations sont "prises pour cible". "On leur refuse d'organiser des événements, on est passés cette année de trois fêtes de quartier par an, une dans chaque quartier, à une fête tournante", explique-t-il.

De son côté, le conseiller municipal socialiste Saïd Benmouffok juge qu'"une lutte idéologique" se cache derrière cette rigueur budgétaire. Selon lui, "le maire a conscience d'une chose : il a peut-être conquis la mairie, mais le tissu associatif ne lui est pas favorable".

Les relations se sont un peu plus tendues en juin

Et le climat ne s'est pas vraiment amélioré en juin, bien au contraire. Le Département a en effet signé directement un contrat de financement de l'action sociale avec douze associations, reprochant à la mairie de ne pas avoir honoré un engagement conclu avec l'ancienne municipalité pour redistribuer des fonds départementaux. Une décision inédite, que dénonce Cyril Nauth. "Faux", "coup politique", répond ainsi le maire FN, qui accuse le président des Yvelines, Pierre Bédier, membre des Républicains, d'"instrumentaliser les associations pour discréditer le FN".

La municipalité avait d'ailleurs, en riposte, menacé de boycotter certaines de ces associations, dans un e-mail interne "un peu rapide", concède Cyril Nauth, qui assure maintenir le dialogue. Après la polémique, il se dit prêt à travailler sur la politique associative tout en réfléchissant à "une éventuelle baisse future" des aides. Les nouvelles venues sont prévenues : "On évitera de les subventionner", notamment si elles proposent des activités déjà présentes, comme l'aide aux devoirs ou la médiation sociale.

Développer la police municipale

À la place de ces subventions, le maire Front national souhaite développer sa police municipale. "C'est clair, on n'est pas forcément pour la médiation, je veux au contraire développer notre police municipale", justifie l'élu, qui "n'hésitera pas" non plus à "mettre un terme aux activités qui tendent vers la communautarisation", dans la droite ligne du FN qui avait promis avant les municipales une chasse aux "subventions aux associations communautaristes".

Au final, les mairies frontistes n'ont guère trouvé de telles associations, et rognent surtout le soutien à celles auxquelles est reproché un engagement politique, comme la Ligue des droits de l'homme (LDH) à Hénin-Beaumont, certains centres sociaux à Fréjus ou un club de football de Beaucaire. À Mantes-la-Ville, la LDH s'est vu elle aussi couper les vivres en mars.

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