Mariage pour tous : Nicolas Sarkozy veut désormais abroger la loi Taubira

Mariage pour tous : Nicolas Sarkozy veut désormais abroger la loi Taubira

DROITS DES HOMOSEXUELS - Le mouvement Sens commun a réussi ce samedi à réunir les trois candidats à la présidence de l'UMP. Objectif : clarifier leurs positions respectives quant à la loi Taubira. Si Bruno Le Maire et Hervé Mariton n'ont pas changé d'un iota leur discours, Nicolas Sarkozy a, lui, franchi un cap : il parle désormais d'abrogation.

L'ambiance est à la fête, ce samedi après-midi aux abords de la salle Equinoxe, dans le XVe arrondissement de Paris. Sous un beau soleil d'automne, entre 2000 et 3000 militants font la queue. On s'interpelle, on s'embrasse, on plaisante. C'est qu'ils se félicitent que le mouvement Sens commun, issu de l'opposition à la loi sur le mariage pour tous, ait réussi à réunir pour son meeting les trois postulants à la présidence de leur parti, l'UMP. Radieuse, l'ex-égérie de la Manif pour tous Frigide Barjot est de la partie, avec un seul mot à la bouche : "Rassemblement". En fait, peut-être ne le savent-ils pas encore, mais c'est à un bras de fer que tous sont venus assister. Et même participer.

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Passé les premiers discours d'autopromotion du mouvement, Bruno Le Maire entre dans l'arène. Le député, qui s'est abstenu lors du vote de la loi Taubira, est accueilli par de notables sifflets. Le ton est donné : même si Sens commun se défend de ne parler que de cela, c'est bien la question du mariage pour tous qui déterminera la foule à lever ou à baisser le pouce à chaque discours de candidat. Bernadette, Sibylle et Béatrice, sexagénaires versaillaises venues en politique avec la Manif pour tous et à l'UMP via Sens commun, ne s'en cachent d'ailleurs pas : "Nous sommes là pour écouter ce qu'ils ont à en dire et ensuite on décidera pour qui on votera le 29 novembre", lors de l'élection à la présidence de l'UMP. A ce moment-là, elle savent trois choses : Hervé Mariton veut abroger la loi Taubira, Bruno Le Maire propose de la réécrire tout en se disant favorable au mariage et à l'adoption par les couples homosexuels, et Nicolas Sarkozy entretient un savant flou entre les deux.

Le Maire sous les sifflets, Mariton sous les vivats

Malgré l'accueil froid, obligeant l'organisateur du meeting à rappeler à ses troupes que "la bienveillance est l'ADN de Sens commun", Bruno Le Maire ne cherche pas à éviter l'affrontement avec la salle. "Nous ne reviendrons pas, nous la droite républicaine, sur le mariage homosexuel", lance-t-il très vite. La salle éructe, se cabre. "Si nous avions fait le contrat d'union civile en 2007, nous n'aurions pas eu la loi Taubira sept ans plus tard", fait valoir le député de l'Eure, dans une attaque directe à Nicolas Sarkozy. Et d'appeler les militants à "se méfier" de ceux qui promettent l’abrogation du texte à de pures fins électorales, sans y croire vraiment. La salle pousse, Bruno Le Maire ne ploie pas. Il s'en ira comme il est venu et Bernadette, Sibylle et Béatrice ne se lèveront pas pour le raccompagner.

Le suivant a bien moins de mal à gagner le cœur de la foule : elle lui est déjà acquise. Outsider de la course à la présidence de l'UMP, habitué à subir l'ombre de ses concurrents, Hervé Mariton trouve ce samedi son heure de gloire. L'un des "mousquetaires" anti-mariage pour tous à l'Assemblée fait une entrée de rock star chez Sens commun. Ne boudant pas son plaisir, le député de la Drôme se paie le luxe de n'aborder la question de la loi Taubira qu'à la fin de son temps de parole. Et c'est pour rappeler sa position, à la fois la plus tranchée mais aussi la plus claire et constante sur le sujet : "Il faut abroger la loi Taubira." Clameur dans la salle. Bernadette, Sibylle et Béatrice ne retiennent pas leurs applaudissements.

Sarkozy cède

Vient enfin le clou du spectacle. Celui que tout le monde attend, à la fois parce qu'il est leur ancien champion mais aussi parce qu'il est le moins clair sur la loi ayant ouvert le mariage et l'adoption aux couples homosexuels. Après avoir longuement remonté l'allée centrale, Nicolas Sarkozy se présente sur l'estrade. Sans laisser le temps aux organisateurs de lui poser la moindre question, il se lance dans un long monologue. L'ex-chef de l'Etat paraît inhabituellement tendu, comme s'il avait pris conscience en regardant les interventions précédentes qu'il n'était pas loin d'être tombé dans un piège. Le ton est sec, et même les saillies contre le pouvoir ne font guère mouche. La salle s'impatiente, jusqu'à oser l'interrompre – alors qu'il était justement en train de dénoncer le "racisme intolérable" qu'auraient subi, selon lui, les militants de la Manif pour tous – au cri de "Les questions !". En fait, LA question, celle à laquelle tout le monde ici veut l'entendre répondre : qu'entend-il faire de la loi Taubira ?"

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"Elle devra être réécrite", lance d'abord l'ancien président, fidèle à la position adoptée depuis le début de cette campagne. "De fond en comble", ajoute-t-il, pour enfoncer le clou face à un public pointilleux sur le sujet. Insuffisant. "Abrogation, abrogation !", scande la salle de plus en plus fort. Le tribun proteste que cela signifie la même chose mais la parade, encore une fois, ne suffit pas. Les militants veulent qu'il les suive sur leur terrain. "Cela ne sert à rien de dire que l'on est contre la PMA et la GPA si on n'abroge pas la loi Taubira", finit-il par céder. Eruption à l'Equinoxe. Désormais, dans la bouche de Nicolas Sarkozy, le mot "abrogation" est apposé à celui de "réécriture". Il pousse le zèle jusqu'à proposer "un mariage pour les homos et un mariage pour les hétéros", sans en préciser les modalités mais parce que "c'est pas pareil". N'en jetez plus : Bernadette, Sibylle et Béatrice sont aux anges, elles ont retrouvé leur champion de 2007. Et les hôtes de la soirée ont réussi leur coup : l'UMP a retrouvé un sens commun. Celui d'un retour en arrière. A moins que ce ne soit le chemin d'une scission...

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