Marine Le Pen a-t-elle déjà évoqué la théorie du "grand remplacement" ?

Politique
MISE AU POINT - En réaction à l'attentat de Christchurch, qui a fait 50 morts dans deux mosquées de Nouvelle-Zélande, Marine Le Pen a affirmé ne pas connaître la théorie du "grand remplacement" et par ailleurs n'avoir "jamais utilisé ce terme". Une recherche dans les archives des déclarations de la patronne du RN permet d'apercevoir une réalité autrement plus nuancée.

C'est par cette théorie que Brenton Tarrant a justifié son acte. Le terroriste responsable de l'attentat des deux mosquées de Christchurch (Nouvelle-Zélande), qui a fait 50 morts vendredi 15 mars, avait publié un manifeste sur les réseaux sociaux avant de commettre la tuerie de masse. Sur ce document de 74 pages, un titre : "Le Grand remplacement".


Une expression théorisée dès 2010 par l'écrivain d'extrême droite Renaud Camus, selon laquelle les Français seraient progressivement remplacés par une population non-européenne. Et allègrement reprise par des membres du Front national en son époque, à commencer par Jean-Marie Le Pen. C'est la raison pour laquelle, dimanche 17 mars, la patronne du Rassemblement national s'est vue questionnée sur ce concept, sur le plateau de France 3. Marine Le Pen prend alors soin de tenir ses distances avec cette théorie sulfureuse : "Non mais d'abord je ne connais pas cette théorie du grand remplacement. Moi je n'ai jamais utilisé ce terme là, mais ce n'est pas le sujet..." répond-elle. Est-ce bien vrai ? Pour le savoir, on a fait un petit tour dans les archives.

D'abord, premier couac : Marine Le Pen dit ne pas connaître cette théorie. Pourtant, dès 2014, elle répondait précisément à une question sur le sujet, dans le cadre d'une interview accordée au JDD. Elle préfère alors rejeter l'expression de "grand remplacement", qu'elle qualifie de "complotiste". 


A la question "approuvez-vous l’expression ‘grand remplacement’ souvent employée par des gens qui se revendiquent du FN ?", le cheffe du RN répond : "Le concept de grand remplacement suppose un plan établi. Je ne participe pas de cette vision complotiste. Je pense de manière plus pragmatique que l’immigration est utilisée depuis trente ans par les grands milieux financiers pour peser à la baisse sur les salaires, avec une grande efficacité si j’en crois les derniers chiffres. Parallèlement, les politiques se constituent un réservoir électoral qu’ils ont perdu chez les ouvriers."

Réponse détournée

Un an plus tard, elle fait face, cette fois chez nos confrères de France Inter, à une question du même ordre. Marc Fauvelle lui demande si cette théorie est "une réalité". Marine Le Pen donne alors une réponse détournée : "Ce qui est une réalité, c’est que notre pays vit une immigration massive. A partir du moment où on met en place le multiculturalisme (...), contrairement à ce qu’on dit, on ne permet pas à deux cultures de vivre en même temps, c’est pas comme ça que ça se passe. Ça se passe comme ça dans les studios ou dans les cabinets ministériels. Mais dans la réalité, on prend le risque de la confrontation des cultures. Les sociétés multiculturelles aujourd’hui sont des sociétés multiconflictuelles. C’est toute l’Histoire qui nous le dit. Il faut donc rappeler à ceux qui viennent que la culture de la France c’est la culture de France et qu’il faut s’y fondre. 'A Rome, fais comme les Romains' disait-on. Il faut surtout éradiquer de notre territoire l’islam politique, c’est-à-dire ceux qui se servent de la religion musulmane pour imposer un format politique à notre pays. Des lois, qui sont résumées dans la Charia, dont la majeure partie d’entre elles sont contraires à nos valeurs, à nos traditions, à notre civilisation."

Une appropriation du concept

Mais il faut remonter un peu plus loin pour brosser un tableau davantage nuancé. Marine Le Pen affirme sur le plateau de France 3 n'avoir "jamais utilisé ce terme". Et en effet, dans ses différentes apparitions médiatiques ou discours, on ne l'entend pas prononcer l'expression de "grand remplacement" en elle-même. Mais cela ne l'empêche pas de s'approprier le concept et de jouer de ses divers ressorts.


Ainsi, en février 2011, la chaîne Public Sénat relève une séquence édifiante. Lors d'une conférence de presse, on voit Marine Le Pen détailler une série de chiffres sur l'immigration. Et de poursuivre : "Ces chiffres montrent que non seulement l’immigration en France n’a pas été freinée mais qu’elle est volontairement accélérée dans un processus fou, dont on se demande s’il n’a pas pour objectif le remplacement pur et simple de la population française. On entend dans certains quartiers, que lorsqu’une personne âgée meurt, c’est une famille immigrée qui la remplace dans son appartement HLM." Si l'expression de Renaud Camus n'est pas citée, l'idée qu'elle véhicule, en revanche, n'est pas bien loin. En 2011, voilà un an que l'essayiste d'extrême-droite a théorisé cette expression. Deux ans plus tard, il y dédiera un ouvrage complet. 


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