Elle était l'invitée de "L'Émission politique" jeudi soir : où en est Marine Le Pen ?

FRONT NATIONAL - Marine Le Pen était l'invitée de "L'émission politique", jeudi soir sur France 2. La confrontation avec le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, a constitué son premier débat depuis la présidentielle. Mais la priorité de la présidente du FN, pour l'heure, est de gérer la crise interne de son parti.

De nombreux militants du Front national ont gardé en travers de la gorge son débat, raté de son propre aveu, face à Emmanuel Macron au soir du 3 mai dernier. Cinq mois et demi plus tard, Marine Le Pen, défaite à la présidentielle mais élue députée du Pas-de-Calais en juin, bénéficie d'un oral de rattrapage un peu tardif. La présidente du FN, était l'invitée jeudi soir de "L'émission politique", sur France 2.


Si l'exercice devait permettre à l'ancienne candidate de se remettre en selle dans un contexte politique où Jean-Luc Mélenchon s'arroge l'opposition politique à Emmanuel Macron, il n'est pas sans risque. Car Marine Le Pen, avant d'affronter le gouvernement en place, doit gérer la crise interne au FN et assurer une "refondation" risquée. Les enjeux sont multiples.

Des alliés devenus des opposants

"Le nom Le Pen, bien sûr que c'est un handicap." La phrase, prononcée fin septembre sur LCI, vient de Robert Ménard, le maire de Béziers élu en 2014 avec le soutien du FN, comme son épouse, Emmanuel Ménard, devenue députée en juin. Au fil des semaines, cet allié de circonstance, favorable à "l'union des droites", n'a cessé de prendre ses distances avec la patronne du parti, dont il conteste la ligne héritée de Florian Philippot, jugée trop à gauche. 

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Robert Ménard sur Marion Le Pen : "Son nom est un handicap"

Plus grave pour Marine Le Pen : le cas Florian Philippot. Si les responsables du FN n'ont cessé de répéter que son départ du FN n'aurait aucune conséquence, ce dernier, qui a lancé son mouvement politique "Les Patriotes", ne rate jamais une occasion de cibler son ancienne alliée. "Vu l'évolution actuelle du Front national, il est impossible qu'il réunisse une majorité de Français", dézinguait notamment l'ancien fidèle numéro 2, mercredi sur la chaîne I24 News. 

Sa légitimité contestée en interne

L'argument de Florian Philippot occupe en interne de nombreux cadres et militants du FN. Au delà de la stratégie du FN, c'est la capacité de Marine Le Pen à se représenter comme cheffe de file qui est questionnée. Depuis les élections, Marine Le Pen n'a cessé de reculer dans l'opinion. Selon deux sondages Elabe et Harris Interactive publiés ces derniers jours, elle enregistre certes entre 83 et 85% d'opinions positives chez ses propres partisans, mais ces scores représentent des baisses respectives de 11 et 6 points depuis la rentrée. Déjà, le 13 septembre, un sondage Ifop montrait que seuls 27% des Français considéraient que Marine Le Pen avait une "stature" présidentielle, soit un recul de sept points par rapport à mars 2017.

Consciente du risque, Marine Le Pen compte remettre sa légitimité en jeu lors du "congrès de refondation" prévu les 10 et 11 mars 2018 à Lille. "Je n'ai pas de plan de carrière", assurait-elle sur LCI le 4 octobre. "Je serai candidate à ma succession. Si les adhérents m'expriment leur défiance, je me retirerai." Pour l'heure, elle le sait bien, aucun concurrent n'est crédible. "Les statuts du FN lui permettront d'être réélue", pronostiquait récemment auprès de LCI le conseiller de Jean-Marie Le Pen, Lorrain de Saint-Affrique, fin connaisseur du parti. 

Une ligne politique à clarifier

Le fameux "congrès de refondation" devra aussi se pencher sur la question de la ligne du FN, écartelé entre les sensibilités souverainiste et identitaire. Le départ du très eurosceptique Florian Philippot a sonné le glas de l'un des piliers de la campagne présidentielle, à savoir la priorité accordée à la sortie de l'euro, qui a coûté si cher à Marine Le Pen durant la présidentielle. Le nouvel homme fort du FN, Nicolas Bay, souhaite de son côté placer les questions d'identité et d'immigration au coeur du projet.


Pour autant, la présidente du FN ne devrait pas clarifier, jeudi soir dans "L'émission politique", les nouveaux fondamentaux du parti. Marine Le Pen, qui poursuit sa "tournée de la refondation", compte en effet consulter au préalable ses militants. A cette fin, un "questionnaire exhaustif" doit leur être distribué dans les prochains jours pour connaître leurs attentes, leurs souhaits stratégiques mais aussi décider ou non de changer le nom du parti. Ces questions fondamentales ne seront pas tranchées avant mars prochain. 

Exister entre Macron et Mélenchon

Jeudi soir, en affrontant Gérald Darmanin, Marine Le Pen doit parvenir à se remettre en selle pour incarner cette "première force d'opposition" qu'elle se targuait de représenter au soir des élections législatives. 

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Quand Marine Le Pen présentait le FN comme "la première force d'opposition"

Depuis la rentrée parlementaire, le FN a bien du mal à se faire entendre face à l'omniprésent Jean-Luc Mélenchon et aux députés de La France insoumise, qui sont parvenus à incarner cette "première force d'opposition", notamment lors des manifestations contre la réforme du Code du travail, et même durant les débats sur le projet de loi contre le terrorisme. 


Après la longue absence estivale de Marine Le Pen, les huit députés FN à l'Assemblée ont été relativement peu audibles, pas assez nombreux pour constituer un groupe parlementaire visible au palais Bourbon.

L'impossible alliance à droite

Dernier écueil qui attend Marine Le Pen : les choix d'alliance du parti. Là encore, les adhérents du FN seront consultés via le questionnaire en amont du congrès de mars. "Il faut tout mettre sur la table", assurait Marine Le Pen sur France Bleu Vaucluse le 6 octobre. "La stratégie, et la capacité à trouver des alliés aux élections locales." Pour la patronne du FN, "il doit rester un parti ni droite ni gauche. Il ne doit pas s'enfermer dans l'union des droites". 


Problème : hormis la main tendue du leader de Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan, qui souhaite "une grande coalition des LR au FN sur un programme différent", les perspectives d'alliance du FN semblent toujours aussi maigres. Laurent Wauquiez, candidat favori à la présidence LR, a réaffirmé à de nombreuses reprises son refus de toute alliance avec le FN. La question devrait occuper le FN pendant de longs mois, voire de longues années. Coup de chance : il n'y aura pas d'élections avant les européennes de 2019 et les municipales de 2020.

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