Masques détruits par le gouvernement : de quoi parle-t-on ?

En pleine crise sanitaire, l'Etat est accusé d'avoir détruit des centaines de millions de masques, dont certains auraient pu être réutilisés. Qu'en est-il ?
Politique

GESTION DE CRISE - En pleine crise sanitaire, l'Etat est accusé d'avoir détruit des centaines de millions de masques, dont certains auraient pu être réutilisés. Qu'en est-il ?

Pénuries, difficultés d'approvisionnement, injonctions contradictoires sur leur port... à la fin de la crise sanitaire, le gouvernement aura certainement à rendre des comptes sur la question des masques. Déjà à quelques jours de la levée du  confinement, les journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme publient dans Le Monde une enquête révélant que le gouvernement a détruit en pleine crise plusieurs millions de masques chirurgicaux périmés, dont certains étaient sans doute réutilisables.  

Lire aussi

De quoi parle-t-on ?

Dans un article paru mercredi 6 mai, Le Monde révèle que les services du Premier ministre ont découvert au début de la crise  que des millions de masques chirurgicaux issus des réserves étatiques ont été détruits, "dont une part non négligeable était sans doute utilisable". Le quotidien du soir avance le chiffre de 616 millions de masques détruits. "La quasi-totalité des 616 millions de masques chirurgicaux datant de 2005-2006 ont ainsi été mis au pilon. Voilà donc pourquoi, depuis fin mars, Véran évoque un stock de 117 malheureux millions : les 98 millions achetés entre 2014 et 2016, plus 19 millions ayant échappé à la destruction" écrivent les deux auteurs de l'enquête. Il y a vingt ans, le stock étatique était d'un milliard de masques.

Comment le gouvernement s'est-il justifié ?

Jeudi 7 mai lors d'une conférence de presse au cours de laquelle il détaillait le plan de déconfinement en vigueur à compter du 11 mai, le Premier ministre a expliqué que l'Etat avait trouvé dans ses stocks plus de 400 millions de masques périmés au début de la crise du coronavirus, dont 160 millions ont été jugés réutilisables. "Ce qu'il s'est passé, c'est qu'un certain nombre de masques qui avaient été commandés et stockés il y a fort longtemps avaient vu leur date de péremption dépassée, et parfois depuis très longtemps", a ajouté Edouard Philippe, en allusion à l'important stock constitué à partir du mitan des années 2000.

Dans l'inventaire de l'Etat figuraient notamment 75 millions de masques chirurgicaux "qui étaient arrivés à péremption en décembre 2019", selon le chef du gouvernement. "Quand vous les trouvez au printemps 2020, et qu'ils sont arrivés à péremption en décembre 2019, vous pouvez vous dire qu'il est peut être absurde de les détruire", a-t-il souligné, précisant qu'ils avaient été testés par la Direction générale de l'armement (DGA) et l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et finalement gardés.

Edouard Philippe a également évoqué un stock de "360 millions de masques" chirurgicaux "dont les dates de péremption étaient antérieures" à décembre 2019. "On a regardé ce qui pouvait être utilisé. Il n'y en avait pas beaucoup parce qu'ils étaient déjà très anciens", a-t-il précisé. Mais "un stock de 85 millions a pu être récupéré" et sera utilisé, "non pas comme masques chirurgicaux mais comme des masques grand public", a poursuivi le Premier ministre. "Les autres", c'est à dire environ 280 millions, "ne sont plus utilisables et ont vocation à être détruits le moment venu", a-t-il conclu.

Jeudi dans l'hémicycle, interrogé par le député LR Eric Ciotti, le ministre de la Santé Olivier Véran a assumé : "Oui on a détruit des masques monsieur Ciotti. Vous savez quels masques ont a détruit ? Des masques moisis, inutilisables, dont les critères de filtration et de respirabilité font que vous ne les donneriez même pas à votre lapin nain. Ce sont des masques totalement hors d’usage que nous avons été amenés à détruire. Ce sont des masques qui dataient du début des années 2000, sans date de péremption." 

Sur le plateau de LCI ce vendredi 8 mai, l'ancienne ministre de la Santé Roselyne Bachelot - moquée pour avoir acheté beaucoup de masques pour faire face à une épidémie - a assuré que cette pratique était tout à fait normale. "Effectivement on détruit des masques. D’ailleurs on détruit dans les stocks de précaution toutes sortes de produits qui arrivent à péremption. C’est ce qu’on fait dans les établissements publics où on stocke des produits qui sont destinés à des catastrophes sanitaires mais aussi nucléaires, biologiques, industrielles, naturelles", a-t-elle expliqué, donnant en exemple des pastilles d’iode et des antibiotiques. 

En vidéo

Roselyne Bachelot : "qu’en décembre 2019 des masques aient été détruits parce qu’ils étaient moisis c’est entendable"

"Moi par exemple quand j’étais en responsabilité j’ai trouvé des stocks de masques et j’ai demandé à des laboratoires de vérifier qu’on pouvait prolonger la durée de ces masques. Et c’est possible sur certains points. Il y a des masques qui sont totalement inutilisables parce qu’ils sont pourris, moisis, il y a des masques qu’on peut récupérer parce que c’est l’élastique qui est déficient. Tout ça se regarde lot par lot." 

Toute l'info sur

Coronavirus : la pandémie qui bouleverse la planète

"Ce qui est ennuyeux c’est que ces dates de péremption doivent être vérifiées en continu pour avoir toujours un stock opérationnel au moment de la crise", a-t-elle ajouté. "Mais qu’en décembre 2019 des masques aient été détruits parce qu’ils étaient moisis c’est tout à fait entendable."

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent