Mediascop, l'agence fidèle de Jean-Luc Mélenchon

Politique
COMPOL - Depuis les révélations de Radio France et les perquisitions chez Jean-Luc Mélenchon et dans son entourage, Mediascop revient au centre des conversations. Avant d'être un objet de curiosité pour le parquet, l'agence avait surtout œuvré en accompagnant fidèlement le leader insoumis.

Des hologrammes, des vidéos par dizaines sur YouTube, un "contournement" assumé des médias traditionnels, des meetings en plein air plutôt que dans de coûteuses salles... La communication autour du candidat insoumis a fait son petit effet. Ce retentissement médiatique, il le doit en partie à la société de conseil Mediascop et à sa dirigeante Sophia Chikirou qui refont parler d'elles depuis les perquisitions houleuses du siège du parti, le 16 octobre dernier.

De la campagne 2012 à Kerviel

Cette agence de communication, créée à l'été 2011, cette SAS employait, selon les derniers chiffres disponibles en 2016, entre trois et cinq employés et présentait, pour la même année, un chiffre d'affaires de 162.900 euros. D'abord associée - en coopérative - à Arnauld Champremier-Trigano et Alban Fischer -, la communicante s'occupe de la campagne présidentielle de 2012 de Jean-Luc Mélenchon, qui concourt alors sous les couleurs du Front de Gauche. Une communication faite de bric et de broc, de présence sur les réseaux sociaux et de web-séries sur un mode "sitcom de campagne" et, surtout, pas chère : "trois personnes et 200.000 euros", rappellent les responsables auprès de la revue Charles. Mais une stratégie qui vaudra au candidat d'être surnommé "champion du net" par Le Lab.


Après la campagne, l'agence se relance cahin-caha, se faisant notamment remarquer par une web-série intitulée "L'Agence", en partie subventionnée par YouTube, où joue notamment Sophia Chikirou (à 4'50 de la vidéo ci-dessous). Le pitch est simple : le quotidien d'une agence de communication en début de vie, qui s'organise comme elle peut, cherche des clients. Série "autobiographique", puisqu'à l'époque, racontent les communicants à StreetPress, Mediascop est plus démarchée par des interlocuteurs désireux de parler à Jean-Luc Mélenchon que pour ses talents.

Mais dans sa globalité, le quinquennat est plutôt aux vaches maigres. L'agence oeuvre pour favoriser un rapprochement des gauches déçues par le quinquennat. Elle accompagnera la communication autour de Jérôme Kerviel, le trader repenti de la Société générale, alors en pleine opération reconquête auprès de l'opinion. Jean-Luc Mélenchon s'y associera, jusqu'à poser à ses côtés à la Fête de l'Humanité, un an plus tard. L'initiative ralliera autour d'elle les caciques de la gauche non-gouvernementale : l'EELV Julien Bayou, la future insoumise Clémentine Autain, liste Le Lab. L'opération de rassemblement culminera, rapporte la journaliste Aurore Gorius dans "Les gourous de la com' dérapent", en décembre 2014. Ce soir-là, Benoît Hamon et Cécile Duflot, ex-ministres critiques, se rassemblent aux côtés de Jean-Luc Mélenchon sur le plateau de "Des paroles et des actes" sur France 2. 

De Sanders à la campagne 2017

Mais pour l'essentiel, peu de choses à mettre à son actif sur cette période, en témoignent les chiffres d'affaires déclarés en 2013, 2014 et 2015. C'est en septembre 2016 que les affaires reprennent. Sophia Chikirou, désormais seule aux commandes, reprend du service, après avoir suivi des campagnes électorales en Equateur et, surtout, aux Etats-Unis, en roulant sa bosse dans l'équipe de campagne de Bernie Sanders, le socialiste qui avait failli créer la surprise aux primaires démocrates contre Hillary Clinton. De cette observation, qu'elle relaye largement sur le blog de Mediascop, elle retire de cette campagne une plateforme, Nation Builder, comparable à celle de Sanders, et développe une stratégie numérique qui se veut offensive et innovante, basée largement sur le contournement des médias traditionnels.


Cela donnera, pour Jean-Luc Mélenchon, une présence considérable sur YouTube, l'hologramme, donc, des insolites à coups de quinoa, des émissions au très long cours pour chiffrer ou expliquer le programme, des meetings dont la retransmission en direct dépasseront régulièrement les 100.000 vues. De quoi susciter un intérêt transpartisan. Et, aujourd'hui, bien loin des recettes de la campagne présidentielle, dans un tumulte permanent, la curiosité de la justice.

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