Meuse : le maire nie en bloc la grossière fraude électorale dont on le soupçonne

Politique

ÉLECTIONS - Le maire sortant de la petite commune de Lignières-sur-Aire, dans la Meuse, est soupçonné de fraude lors des municipales qui l'ont réélu. Alors que l'assesseur était malvoyant, le procureur se demande s'il n'a pas échangé des bulletins de vote dans l'urne. Des allégations "gravement mensongères" selon son avocat, joint jeudi par metronews.

On se souvient de la fraude retentissante qui avait provoqué l'annulation des municipales à Perpignan en 2008. Cette fois, pas de bulletins dissimulés dans des chaussettes. Mais l'affaire qui agite le petit village de Lignières-sur-Aire , dans la Meuse, est tout aussi ahurissante. "Un certain nombre d'éléments troublants permettent de penser qu'il y a eu peut-être fraude de la part du maire", a déclaré jeudi Rémi Coutin, le procureur à Bar-le-Duc. Après avoir été alerté par un candidat d'opposition, le magistrat vient d'ouvrir une information judiciaire sur les conditions dans lesquelles se sont déroulées les dernières municipales.

Premier "élément troublant" selon lui, Guy Aubry, élu dans ce village de 49 habitants depuis 1995,  aurait "changé les tours de garde" du bureau de vote au dernier moment pour se trouver seul à la mi-journée "avec un colistier malvoyant". L'édile est soupçonné d'en avoir profité pour glisser dans l'urne des bulletins de vote en sa faveur, en lieu et place de ceux de la liste concurrente. Il avait en effet remporté le scrutin par 28 voix sur 39 suffrages exprimés. Or, 24 électeurs ont ensuite attesté sur l'honneur avoir voté pour son adversaire, puis maintenu leurs déclarations devant les gendarmes.

Des allégations "invraisemblables" selon son avocat

Second élément qui intéresse la justice, l'élu aurait procédé seul à la destruction des bulletins de vote après le scrutin, alors que la loi électorale stipule que plusieurs électeurs doivent y assister. Enfin, le parquet s'interroge sur la confection éventuelle d'un double du jeu de clés des urnes par le maire.

Des accusations passibles de cinq ans de prison si elles étaient avérées, mais que son avocat David Melloni, joint jeudi par metronews, juge "invraisemblables". "C'est n'importe quoi, soupire-t-il. On ne peut pas contester par des attestations les résultats d'une élection à bulletins secrets : ce n'est pas parce que des gens assurent qu'ils ont voté pour un candidat qu'en réalité ils ne l'ont pas fait pour un autre dans le secret de l'isoloir". Le rapporteur public du tribunal administratif de Nancy a d'ailleurs "logiquement" proposé de rejeter le recours en annulation du candidat adverse.

Selon maîtreMelloni, qui souligne que son client a été élu "avec exactement le même nombre de voix qu'en 2008", les accusations de fraude ne sont corroborées par "aucune preuve". "Certes, l'assesseur est malvoyant, mais il n'est pas aveugle et n'a rien remarqué de suspect", relève-t-il notamment. Guy Aubry, "effondré" après avoir été interpellé et placé sous contrôle judiciaire en début de semaine, envisage de porter plainte à son tour pour "dénonciation calomnieuse et violation du secret de l'instruction".

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