Micropartis, mini-mouvements... mais qu'ont-ils tous à créer leur propre formation politique ?

Micropartis, mini-mouvements... mais qu'ont-ils tous à créer leur propre formation politique ?

MORCELLEMENT - A gauche comme à droite, les responsables politiques multiplient les initiatives pour créer des mouvements au sein des grandes formations politiques. Un moyen d'exister politiquement et financièrement, notamment après une défaite électorale. Ce mardi, c'est au tour de Christian Estrosi (LR) de lancer "La France audacieuse".

Comment survivre à une débâcle électorale et assurer à ses idées un avenir ? Au lendemain des législatives de juin dernier, marquées par une vague sans précédent de renouvellement, la question a pu se poser pour de nombreux responsables politiques, à gauche et à droite. 

Avec la victoire de la nouvelle majorité REM, les deux grands partis traditionnels, Parti socialiste et Les Républicains, ont perdu de très nombreux députés et se sont trouvés menacés jusque dans leur existence, en raison de dissensions sur la ligne politique à tenir. C'est dans ce contexte que l'on assiste, depuis trois mois, à l'éclosion de nombreux mouvements politiques portés par d'anciens candidats à la présidentielle ou des responsables politiques nationaux. 

A droite, le réveil des ambitions

Au sein du parti LR, sorti très affaibli des élections et partiellement siphonné par la majorité d'Emmanuel Macron, la recomposition s'apparente à un vaste morcellement politique. D'autant que le parti doit, à la clé, désigner en décembre son nouveau président. 

On ne compte plus les initiatives. Face à Laurent Wauquiez, présumé favori du scrutin de décembre, les tenants de la droite "modérée" veulent peser. Ce mardi, le maire LR de Nice, Christian Estrosi, en délicatesse avec "l'aile droite" incarnée par François Fillon durant la présidentielle, et aujourd'hui par Laurent Wauquiez, lance avec 11 autres maires "La France audacieuse", un mouvement censé rassembler les élus locaux et se placer "au-dessus de la mêlée".

La présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse a annoncé, début septembre, "Libres!", un mouvement soutenu par 75 personnalités de droite. Pour le député du Pas-de-Calais Daniel Fasquelle, candidat à la présidence du parti, ce sera "Sauvons la droite". Chez les outsiders Camille Bedin et Philippe Juvin, cela s'appelle "Les Nouveaux républicains". Le 20 septembre, la députée de Paris Brigitte Kuster et l'ex-sarkozyste fondateur de La Droite forte, Guillaume Peltier, ont constitué leur mouvement, "Les populaires", précisant qu'ils ne présenteraient pas de candidature à la tête des Républicains. Quant à Laurent Wauquiez, il a lui-même réactivé, pour les besoins de sa campagne interne, "La droite sociale", son vieux mouvement lancé en 2010 et devenu une composante des Républicains. 

Enfin, chez les "Constructifs", ce groupe d'élus LR ou ex-LR qui soutiennent l'action d'Emmanuel Macron, il est désormais question, soit de créer un nouveau parti de centre-droit avec l'UDI, soit de se fondre dans la majorité LREM

Côté Front national, le départ de Florian Philippot a entraîné la création de son mouvement politique "Les Patriotes", mais ce dernier opère désormais à l'extérieur du parti de Marine Le Pen.

A gauche, des initiatives multiples

A gauche, après la défaite historique du PS, qui ne compte plus que 29 députés à l'Assemblée, et l'essor de La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, l'heure est également à la recomposition. Le candidat déchu, Benoît Hamon, démissionnaire du PS, a lancé au lendemain des législatives son "Mouvement du 1er juillet", pour tenter de recomposer une force politique ouverte à la gauche radicale et aux écologistes. Pour accompagner sa nouvelle stratégie, il vient de quitter le groupe socialiste à la région Ile-de-France pour rejoindre le groupe écologiste et, espère-t-il, faire le lien avec les communistes franciliens. 

Avant lui, Martine Aubry, Anne Hidalgo et Christiane Taubira avaient initié, dès mai 2017, leur mouvement baptisé "Dès demain", pour "reconstruire une force social-démocrate, européenne et écologiste en France" en s'appuyant sur "la société civile". 

De façon plus classique, l'ex-ministre socialiste Mathias Fekl n'avait pas attendu la déroute électorale de son parti pour fonder, fin 2016, son "Mouvement pour la vie des idées et des alternatives" (Movida), sorte de club politique de gauche, avec ses anciens collègues du gouvernement Thierry Mandon et Christophe Sirugue. Là encore, il était question de "peser" sur l'avenir de la social-démocratie à la française. 

D'autres, comme le député PS Luc Carvounas, tentent de peser sur ce qu'il reste du PS en participant à la direction collégiale d'un parti qu'ils espèrent refonder de l'intérieur, sans passer par un microparti. 

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"Exister"

Cette frénésie d'associations politiques est un classique de lendemain d'élection. "Il est courant que dans l'opposition, il y ait davantage de forces centrifuges", observe le politologue Thomas Guénolé, sollicité par LCI. "La droite vient de reprendre pour cinq ans d'opposition, au moment où toute une génération de chefs de file, Fillon, Juppé, Sarkozy, part à la retraite. Ceux qui restent créent leur propre écurie, microparti, club ou think tank, pour exister à la fois dans les médias et comme force interne. Cela leur permet également de compter leurs soutiens." 

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Les Républicains toujours profondément divisés

Il existe bien entendu un autre avantage : les micropartis qui bénéficieront d'un agrément de la Commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP) pourront solliciter directement des dons et lever des fonds en vue des prochaines échéances, comme cela fut le cas, notamment, pour l'ex-candidat François Fillon, avec son mouvement Force républicaine. Un outil bienvenu au sein d'une formation politique exsangue, Les Républicains restant endettés à auteur de 55 millions d'euros, et un gage d'indépendance financière pour ceux qui voudront faire entendre durablement leur voix.

Quant à la gauche socialiste, estime le politologue, elle doit d'abord tenter de se créer un espace entre la majorité présidentielle et la force d'opposition que constitue désormais La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. "Ces mouvements ou think tank peuvent être des outils pratiques pour ramasser des dons ou faire du réseautage. En revanche, pour construire un grand mouvement politique, ces outils semblent datés et relativement creux." A moins de parvenir, comme l'ont fait avant eux La France insoumise et La République en marche, à susciter un vaste mouvement d'adhésion de la "société civile" à travers le pays.

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