Jean-Luc Mélenchon et le Crif : c'est quoi le problème ?

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POLÉMIQUE - En indiquant que Jean-Luc Mélenchon et les insoumis n'étaient "pas les bienvenus" à la marche en hommage à Mireille Knoll, Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, a rallumé une inimitié vieille de quelques années entre son association et le député.

 Mardi 27 mars, Francis Kalifat, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, après avoir annoncé la tenue d'une marche en hommage à Mireille Knoll, Française juive de 85 ans tuée vendredi 23 mars à Paris, a indiqué, après avoir invité "tous les Français à se rassembler", que "ni Jean-Luc Mélenchon et les insoumis, ni Marine Le Pen et le FN [ne seraient] les bienvenus".


Des propos qu'il a répétés ce mercredi, sur RTL, les justifiant ainsi : "La surreprésentation des antisémites, tant à l'extrême droite qu'à l'extrême gauche, rend ces deux partis infréquentables. A nos yeux, ils [...] ne sont pas les bienvenus. Ils ont besoin d'éclaircir les positions, et notamment Jean-Luc Mélenchon et l'extrême gauche, en ce qui concerne le boycott d'Israël, la haine d'Israël dans notre pays." De là dire que l'ancien candidat à la présidentielle est antisémite ? "Je n'ai pas dit ça".

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Une véhémence que le président du Crif s'est vu reprocher de toutes parts, à gauche comme à droite, exception notable faite de Christian Estrosi, et jusque dans la famille de Mireille Knoll, dont le fils, Daniel, s'est désolidarisé : "Tout le monde, sans exception est invité. [...] Le Crif fait de la politique et moi, j'ouvre mon cœur. [...] Nous appelons tout le monde".

"Cette extrême gauche qui s'installe dans la délégitimation d'Israël"

Pour condamnée qu'elle soit, la sortie de Francis Kalifat contre Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise, alors que le député des Bouches-du-Rhône a condamné dans le meurtre de Mireille Knoll un "antisémitisme [qui] n'a pas de limite dans la lâcheté et la cruauté", rappelle qu'entre le mouvement de gauche et l'association communautaire, les relations sont orageuses. Jusqu'à mettre la France insoumise dans le même sac que le Front national et ses fondateurs antisémites. A l'instar de l'ensemble de la gauche anticapitaliste et anti-impérialiste, Jean-Luc Mélenchon se voit reprocher un discours véhément à l'égard de la politique menée par Israël et son Premier ministre Benyamin Netanyahu, un homme politique "d'extrême droite" selon lui

Auparavant, il avait dénoncé, à l'été 2014, à l'université d'été du Parti de gauche, l'action militaire d'Israël contre les "malheureuses victimes de guerre à Gaza" et l'engagement de Français "allés manifester devant l'ambassade d'un pays étranger ou partis servir sous ses couleurs, les armes à la main". De même, il s'opposait, en décembre dernier, à l'idée que Jérusalem soit autre chose que la capitale de deux Etats - la position de l'Onu, ndlr. 


Un discours d'opposition au nationalisme israélien qui, pour le dirigeant du Crif, qui affiche sa proximité avec la politique de Benyamin Netanyahu, vaut trait d'union avec l'antisémitisme : "Cette extrême gauche qui s'installe dans la délégitimation d'un Etat, dans la haine d'Israël, véhicule en réalité la haine des juifs. Nous savons tous que la haine d'Israël, c'est la haine des juifs", avançait encore Francis Kalifat ce mercredi matin, marchant là dans les pas de son prédécesseur Richard Prasquier.

"Une association communautaire qui vous repeint en antisémite"

Cette défiance a pour résultat de voir Jean-Luc Mélenchon exclu des invitations au dîner annuel du Crif, où se présente l'ensemble de la classe politique. Une mince affaire à ses yeux. "Je m'en fous, moi, j'ai pas envie d'y aller", balayait-il en décembre 2017 sur Europe 1. Car pour l'ancien ministre, le Crif, dont il critique le "communautarisme agressif", n'est en rien représentatif des juifs de France : "C'est une association communautaire qui, dès que quelqu'un dit quelque chose qui ne lui plait pas, pouf ! Vous voilà repeint en antisémite", disait-il encore à l'antenne. 


Ce qui n'empêche pas le fondateur de la France insoumise, mouvement qui fut au centre d'accusations - battues en brèche - d'islamo-gauchisme à l'automne dernier, de répliquer : "Je rappelle aux dirigeants de cette organisation que j'appartiens à un courant politique dont les membres ont été pourchassés, déportés, massacrés par les fascistes et les nazis", écrivait-il en 2015 sur son blog. Un an plus tôt, il s'adressait au Crif, devant les militants du Parti de gauche : "J'en ai assez que vous me taxiez d'antisémitisme, que vous écriviez dans vos documents que le Parti de gauche aurait manifesté sa haine de l'Occident [...], des juifs : incroyable !" 


Plus tard dans la journée, auprès de l'AFP, Francis Kalifat a mis - un peu - d'eau dans son vin en déclarant vouloir "clore la polémique", précisant souhaiter éviter toute "récupération politique". L'organisation de la marche en hommage à l'octogénaire semble, de toute façon, avoir dépassé "la communauté juive" et échappé au Crif, comme en témoignent les prises de position politiques sur le sujet. Et les annonces faites par les élus de toute la classe politique pour participer à cette marche. Quant à Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, qui ont chacun confirmé leur venue, le président du Crif finit ainsi : "La rue appartient à tout le monde. Le carré de tête, où seront les officiels, sera organisé sans leur présence". 

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