"Mort cérébrale de l'Otan" : Macron persiste et signe

Soldats tués au Mali : Emmanuel Macron se dit prêt à revoir les "modalités d'intervention" de la France au Sahel
Politique

DÉFENSE - Emmanuel Macron s'est expliqué ce jeudi à l'Elysée avec le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg après les remous provoqués par ses propos sur la "mort cérébrale" de l'organisation militaire. L'occasion pour lui d'"assumer totalement d'avoir levé des ambiguïtés".

L’Otan est en état de "mort cérébral". C'est en tout cas le point de vue avancé par Emmanuel Macron, le 7 novembre, au détour d'une interview accordée à The Economist. Des propos sur lesquels le chef de l'Etat a eu l'occasion de revenir ce jeudi, le patron de l'organisation militaire Jens Stoltenberg s'étant rendu à l'Elysée pour déminer la polémique à quelques jours d'un sommet crucial pour l'Otan.

Le président français Emmanuel Macron a déclaré jeudi "assumer totalement d'avoir levé des ambiguïtés" avec ses propos controversés. Après un entretien avec le secrétaire général de l'Alliance atlantique Jens Stoltenberg, il a aussi regretté "la déconnection criante et inacceptable" des discussions au sein de l'Otan depuis deux ans autour du montant de la contribution financière américaine. Emmanuel Macron a par ailleurs annoncé jeudi qu'il était prêt à revoir "toutes les options stratégique" de la France au Sahel et a réclamé à ses alliés une "plus grande implication" contre "le terrorisme" dans la région.

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"Lorsque nous avons des divergences, le mieux est d'en parler"

"Ce qu'on est en train de vivre, c'est la mort cérébrale de l'Otan", avait assuré le président français dans l'hebdomadaire britannique. Emmanuel Macron réagissait alors à la décision de deux poids-lourds de l'Alliance, les Etats-Unis et la Turquie. Les premiers pour avoir décidé de retirer leurs troupes de Syrie sans prévenir leurs alliés. Et la Turquie pour son intervention dans le nord-syrien contre les forces kurdes, soutenues par les forces occidentales antijihadistes. "Vous n'avez aucune coordination de la décision stratégique des Etats-Unis avec les partenaires de l'Otan et nous assistons à une agression menée par un autre partenaire de l'Otan, la Turquie, dans une zone où nos intérêts sont en jeu, sans coordination", a-t-il regretté.

Washington et Ankara, mais aussi par l'Allemagne, le Royaume-Uni ou les pays de l'Est : les protagonistes étaient rapidement montés au front, critiquant ouvertement les propos de la France. Jens Stoltenberg avait alors annoncé qu'il viendrait rencontrer Emmanuel Macron "afin de mieux comprendre son message et les raisons qui sont derrière" ses critiques. "Lorsque nous avons des divergences, le mieux est d'en parler", a-t-il souligné. A Paris, on fait remarquer que le constat d'Emmanuel Macron "est partagé" par beaucoup et que le débat est ainsi lancé, notamment pour "rendre les Européens plus responsables". "Ce qui a suscité des réactions, c'est surtout la méthode et la forme" des propos du chef de l'Etat, qui a cherché à provoquer "un électrochoc", selon une source diplomatique.

Preuve de l'opération déminage en cours à quelques jours du sommet, Emmanuel Macron a prévu plusieurs têtes à têtes avec ses homologues. Il aura également des rencontres bilatérales à son arrivée à Londres, où seront présents les présidents américain Donald Trump et turc Recep Tayyip Erdogan. Même volonté d'apaisement côté allemand : la chancelière Angela Merkel a livré mercredi un nouveau plaidoyer pour l'Otan, qui garantit "la liberté et la paix" depuis 70 ans, en partie grâce à "nos amis américains", selon elle. "L'Europe ne peut pas se défendre seule pour le moment" et "il est important (...) que nous assumions davantage de responsabilités", a-t-elle ajouté devant les députés allemands. Cherchant à calmer le jeu entre eux, Paris et Berlin ont déjà proposé le 20 novembre la mise en place d'un comité d'experts destiné à renforcer le processus politique au sein de l'Otan.

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