Issu de la gauche mais classé à droite : le positionnement politique très "en même temps" de Jacques Chirac

Politique

Toute L'info sur

La mort de Jacques Chirac

TIRAILLEMENT - Jacques Chirac était-il de droite ou de gauche ? Selon ses décisions et ses déclarations, il pouvait parfois laisser penser qu'il était passé dans le camp adverse.

Alors que le "en même temps" a permis à Emmanuel Macron de s'installer à l'Elysée en 2017, est-ce chez Jacques Chirac qu'il faut trouver l'inspiration de ce dépassement de la gauche et de la droite pour un pragmatisme politique revendiqué ? A entendre et lire les nécrologies depuis l'annonce de sa mort, le parcours politique de Jacques Chirac met en lumière un homme aux convictions penchant aussi bien à gauche qu'à droite. A l'heure de dresser le bilan de son oeuvre politique, l'équation n'est pas si évidente à résoudre.

Voir aussi

Un engagement de jeunesse et des zig-zags à gauche...

De gauche ? Au-delà de son enfance dans une famille plutôt radicale-socialiste et sur des terres corréziennes qui ne l'étaient pas moins, le candidat de la fracture sociale en 1995 s'est aussi illustré par ses positions progressistes. Premier ministre, il soutiendra en 1975 Simone Veil dans son combat pour la légalisation de l'avortement, contre l'avis d'une bonne partie de l'UDR, le parti gaulliste associé à l'UDF au pouvoir. Il tournera à nouveau le dos à la majorité de sa famille politique en appuyant la majorité socialiste pour voter l'abolition de la peine de mort. 

Etudiant "plutôt porté vers la gauche, même plutôt attiré par le communisme", au point de signer en 1950 l'appel de Stockholm pour le désarmement nucléaire, Jacques Chirac a "même vendu L'Humanité Dimanche devant l'église Saint-Sulpice, quelques semaines", raconte-t-il dans ses mémoires. Il a même refusé d'adhérer à la SFIO, l'ancêtre du PS, qui lui paraissait "encore trop conservateur et pas assez à gauche". Des convictions signées au sceau d'un pacifisme et d'un tiers-mondisme qu'on pourra retrouver dans son refus de s'aligner sur les Etats-Unis en 2003 lors de la guerre en Irak ou dans ses liens permanents à l'Afrique.

... un discours changeant pour une politique souvent classée à droite

Venu à la droite par Georges Pompidou, c'est peu de dire que Jacques Chirac se rattrapera de l'autre côté de l'échiquier politique : fondateur du RPR, parti de la droite conservatrice, il signera le très souverainiste appel de Cochin en 1978 contre le "parti de l'étranger" que représente à ses yeux la construction européenne. Un euroscepticisme qui, là aussi, évoluera en soutien à cette même construction : en 1992 avec le traité de Maastricht, au travers du couple franco-allemand qu'il formera avec le chancelier Schröder lors de son temps à l'Elysée, et en 2005, avec son vain soutien au "oui" pour le référendum de 2005 sur le traité de Constitution européenne.

Sur le plan économique, le chiraquisme n'est pas plus linéaire. Néolibéral - certains diront reaganien - dans les années 1980, son second passage à Matignon le verra procéder à la première vague de privatisations en France, supprimer l'impôt sur les grandes fortunes et assouplir le code du travail pour faciliter les licenciements. C'est pourtant le même homme qui, quelques années plus tard, fera campagne sur la "fracture sociale", dans une dénonciation des inégalités entre les Français. Des Français qu'il mettra pourtant à plusieurs reprises dans la rue, notamment fin 1995, avec le projet de réforme des retraites, ou encore en 2006, avec le CPE.

Lire aussi

A ce positionnement économique protéiforme s'ajouteront des positions changeantes sur l'immigration. Porteur avec Charles Pasqua d'une politique drastique pour limiter la venue de populations immigrées entre 1986 et 1988, il empruntera même le vocabulaire de l'extrême droite en 1991, à Orléans, dans un discours resté célèbre sur "le bruit et l'odeur" auquel serait confronté, selon lui, le "travailleur français" qui habite dans "un HLM à la Goutte d'or", et qui a comme "voisin de palier une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses et une vingtaine de gosses et qui gagne 50.000 francs sans naturellement travailler".

Une position décrite à l'époque par Jean-Marie Le Pen comme "la copie" du discours frontiste. Mais qui n'empêchera pas une évolution de Chirac qui assurera, plus tard, "ne pas pouvoir accepter la banalisation de l'intolérance et de la haine". Et fera alors du Front national un ennemi à combattre pied à pied pendant tout le temps de sa présidence. Un va-et-vient parmi d'autres, pour un homme politique qui aura su brouiller les pistes pour arriver à ses fins.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter