"Chirac entre dans l'Histoire" : et dans les manuels d'histoire ?

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La mort de Jacques Chirac

TRACES - Les plus jeunes connaissent l'ancien président soit au travers d'émissions humoristiques, soit des manuels d'histoire. Et d'ailleurs, que dit-on de Jacques Chirac dans les livres scolaires des collégiens et des lycéens ?

Jacques Chirac "entre dans l'Histoire et manquera à chacun d'entre nous désormais", a conclu Emmanuel Macron jeudi soir depuis l'Elysée. Il entre dans l'Histoire, mais qu'en est-il des manuels d'histoire ? Quarante ans de vie politique, plusieurs fois ministre, maire de Paris, deux fois Premier ministre, deux fois président de la République... et dans les manuels ? Une présence plus que discrète. 

Est-ce le résultat d'un septennat et d'un quinquennat peu fournis en réformes majeures ? L'allégorie d'une carrière tournée vers la conquête du pouvoir puis un exercice du pouvoir minimaliste ? Pas forcément. "Les élèves du secondaire ne peuvent pas être interrogés sur une période trop récente, il ne peut pas y avoir moins de dix ans entre l'actualité et ce qui entre dans les livres", explique Eric Godeau, professeur d'histoire et auteur de manuels. Chirac ayant quitté l'Elysée en 2007, nous sommes donc à la limite.

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Dans un manuel de 3e, une page évoque Chirac pour illustrer... la cohabitation. En effet, c'est en 1986, à la faveur d'élections législatives que la droite remporte que Jacques Chirac devient le Premier ministre de François Mitterrand. Un Premier ministre et un Président opposés politiquement, c'est une première dans l'histoire de la Cinquième République. 

Sur le manuel des élèves de 3e de la collection Lelivrescolaire.fr, un texte factuel sur l'élection et, à gauche, la reproduction d'une caricature de Plantu représentant un conseil des ministres de l'époque. On y voit un Jacques Chirac demandant à la cantonade : "Bon ! Tout le monde est d'accord ?". Ce à quoi un Mitterrand boudeur relayé au fond de la salle répond : "Non". "Parfait ! Je vais porter ça au Parlement !", réplique le Premier ministre. 

Retour à l'envoyeur onze ans plus tard : "Le gaulliste Jacques Chirac est élu président de la République en 1995. En 1997, sa décision de dissoudre l'Assemblée nationale débouche sur une victoire de la gauche. Il est contraint de nommer un Premier ministre socialiste, Lionel Jospin". Précis, factuel. Un camembert de l'hémicycle illustre la large majorité de gauche qui donnera naissance à la gauche plurielle. Pour compléter le chapitre consacré à la cohabitation, la Une du quotidien La Croix avec le titre "Voués à s'entendre", montrant un Chirac au visage fermé face à un Jospin esquissant un sourire malicieux.

Chez Nathan, dans le manuel des élèves de Terminale - voué à disparaître dès l'année prochaine avec la réforme des programmes - figure une courte biographie de Jacques Chirac dans le chapitre "Gouverner la France depuis 1946". Naissance, études, fonctions et mandats. L'essentiel. Mais rien des combats, des trahisons, des alliances, de la naissance du RPR, etc. 

"C'est normal, explique Eric Godeau, la tendance des dernières décennies est de faire une histoire qui se détache du mythe des grands hommes, qui met en avant des tendances de fond plus que des parcours individuels. Donc peu de choses sur Chirac". 

Dans les programmes de Première d'avant la réforme, Jacques Chirac apparaît dans le chapitre consacré à la laïcité : "En mars 2004, le président Jacques Chirac fait voter une loi qui interdit le port de tout signe religieux 'ostensible' dans les écoles publiques". Une photo mentionne également la création du Conseil français du culte musulman en 2003 sous la président de Jacques Chirac". 

Et dans les prochains manuels ? "On évoquera Jacques Chirac dans le chapitre sur 'Histoire et mémoire de la guerre d'Algérie' et sans doute dans le dernier chapitre sur 'Le monde, l'Europe et la France depuis 1990'", liste Eric Godeau, co-auteur de manuels. La mort de l'ancien Président peut-elle influer sur l'espace qui lui sera consacré à l'avenir dans les manuels ? "Non, pas du tout, le temps de l'Histoire n'est pas celui de l'actualité", conclut le professeur. 

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