Bernadette et Jacques Chirac, un couple étonnant mais solide

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La mort de Jacques Chirac

ÂMES SOEURS - La destinée Chirac s'est écrite à 4 mains. Celles de l'ancien président, bien sûr, mais aussi celles de son épouse, Bernadette, à ses côtés contre vents et marées. Retour sur une relation hors normes pour des personnages qui ne l'étaient pas moins.

Indissociable duo. Il était son animal politique, son étoile. Elle était son admiratrice, son pilier. Le couple Chirac, deux personnalités hors normes et une route commune, longue, parfois difficile et sinueuse, de plus de 60 ans. 

Tout commence sur les bancs de Sciences Po lorsque Jacques Chirac, connu pour son goût de la séduction, lui emprunte une fiche de lecture à la bibliothèque. C'est sans jamais rien cacher de sa fierté d'avoir été choisie parmi une foule de prétendantes que Bernadette Chirac raconte l'anecdote : "Il était grand, beau, très intelligent, et je peux dire que le hall de Sciences Po, c'était un essaim d'abeilles qui tournaient autour de lui. Il avait beaucoup de succès féminins", confiait-elle à la radio télévision suisse en 2014. 

A bien des égards, le couple aurait eu sa place au cinéma. Elle, Bernadette Chodron de Courcelles, est issue de la bourgeoisie très catholique. Lui, Jacques Chirac, jeune homme sans foi et sans fortune mais débordant d'ambition. Ils se marient en 1956 pour ne plus jamais se quitter, chacun de leur pas se synchronisant vers l'Elysée. Et c'est tant mieux pour Bernadette qui n'a jamais voulu d'un destin ordinaire. Elle avait très vite repéré chez Jacques Chirac le potentiel d'un homme influent. Un mariage d'amour, oui, mais aussi d'ambition, comme elle le dira plus tard dans le documentaire de Franz-Olivier Giesbert diffusé en 2015 sur France 3, "Chirac, la bio". 

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"Je fais absolument ce que je veux, tout le temps et partout"

Et pour accomplir la destinée de son époux, Bernadette est prête à tous les sacrifices. Elle abandonne ainsi ses études pour se consacrer corps et âmes à leurs deux filles en même temps qu'à la carrière de son mari : "Je l'ai accompagné en Corrèze, se souvient-elle, dès sa première campagne en 1967. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour accompagner ce destin". 

De la Corrèze en passant par la mairie de Paris et les ministères, jusqu'à l'apothéose, en 1995, avec l'Elysée, elle le guide, l'épaule, le conseille. Et alors que les mandats se succèdent, Bernadette prend une place de plus en plus importante dans les choix de son mari. Elle n'hésite pas à s'immiscer en politique, à écarter plusieurs membres de son entourage. Marie-France Garreau et Pierre Juillet en ont fait les frais dans les années 70. Plus tard, elle oeuvrera au rapprochement avec Nicolas Sarkozy - qu'elle a toujours porté dans son coeur. Dans ses confessions, publiées en plein coeur de la campagne présidentielle de 2001,  elle revendiquera son influence politique et son libre arbitre qu'elle résume ainsi : "Je fais absolument ce que je veux, tout le temps et partout". 

"Vous savez, mon mari n'est pas commode tous les jours !"

Mais aux yeux du grand public, Bernadette Chirac peine à se défaire de l'image d'une personne austère, froide, voire tyrannique. Son mari, lui, passe pour un éternel séducteur. Un mélange explosif qui, forcément, produit son lot d'images cultes et de situations cocasses. Comme au Musée Jacques Chirac, à Sarran, en Corrèze, où Bernadette prononce un discours tandis que son mari, assis juste derrière elle, semble plus intéressé par sa voisine que par le discours de sa femme. La séquence, au cours de laquelle Bernadette met son discours en suspens pour se retourner vers son mari en fronçant les sourcils, est depuis passée à la postérité. 

Car oui, Jacques Chirac était un séducteur. On ne compte plus les liaisons qui lui ont été prêtées et l'union qu'il formait avec Bernadette Chirac a vacillé plus d'une fois. Mais la maladie de leur fille, Laurence, aura été le ciment du clan Chirac. Derrière le vouvoiement dont ils faisaient preuve en s'adressant la parole, derrière l'apparente froideur et les turbulences de la vie, il y avait aussi un couple complice, beaucoup de respect mutuel ainsi qu'un plaisir commun aux chamailleries. "Vous savez, mon mari n'est pas commode tous les jours. Il me demande : 'Qu'est-ce que vous avez fait ce matin ?' Et sans attendre la réponse, il me dit : 'Rien, comme d'habitude !'", confie-t-elle dans un entretien à la télévision suisse.

Franz-Olivier Giesbert a suivi Jacques Chirac de près durant de longues années. Voici comment il explique cet étonnant attelage : "Chirac, c'est quelqu'un de foutraque, il a besoin d'une colonne qui tienne, il a eu besoin de gens très raides à ses côtés. Bernadette a joué un rôle très important". 

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