La dette de Paris a-t-elle augmenté de 50% depuis le mandat d'Anne Hidalgo comme l'affirme Benjamin Griveaux ?

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À LA LOUPE – Benjamin Griveaux, candidat investi par LaREM pour les élections municipales 2020 à Paris, était l'invité d'Elizabeth Martichoux sur LCI le mardi 3 septembre 2019. Il en a profité pour critiquer la politique budgétaire d'Anne Hidalgo. Selon lui, la dette de la ville aurait augmenté de 50% depuis le début de son mandat. À La Loupe a vérifié.

Invité de l'Interview Politique d'Elizabeth Martichoux, le mardi 3 septembre, Benjamin Griveaux s'est évertué à critiquer la politique de la maire actuelle, Anne Hidalgo. Parmi les principaux reproches du candidat LaREM pour les élections municipales de Paris, le budget municipal, qu'il estime mal maîtrisé. 

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L'interview politique d'Elizabeth Martichoux du 3 septembre 2019 : Benjamin Griveaux

Si Benjamin Griveaux reconnaît qu'Anne Hidalgo n'a pas augmenté les impôts des Parisiens, cette promesse s'est faite au détriment de l'endettement de la ville. "Elle n’a pas augmenté les impôts aujourd’hui, mais la dette ? Elle a été multipliée par cinq en 15 ans et elle a quasiment augmenté de plus de 50% durant son mandat." Le candidat s'est ensuite engagé, lui, à ne pas aggraver l'endettement s'il est élu car il considère que "la dette", ce sont "les impôts de demain, que devra payer la génération." 

Deux chiffres sont avancés : la dette aurait augmenté de 50% depuis l'arrivée d'Anne Hidalgo à l’hôtel de ville et elle aurait même été multipliée par cinq en 15 ans. Benjamin Griveaux est-il sûr de ses chiffres ? Vérification. 

La dette de Paris a-t-elle autant augmentée que le prétend Benjamin Griveaux ?

Contactée par LCI, l'équipe municipale explique que "la dette totale a été multipliée par 3,83 au cours des 15 dernières années, et pas par 5. Depuis l’élection de la maire, la dette a été multipliée par 1,44." Pour vérifier ces informations, nous avons demandé les chiffres sur lesquels la Ville s'appuyait pour sa réponse. Ses services nous ont invité à consulter l'encours de la dette bancaire et obligataire mentionné au sein des Rapports financiers. Cette notion recouvre le niveau d'endettement constitué par la Ville auprès des banques et des marchés financiers.

Anne Hidalgo a été élue depuis avril 2014. Nous avons donc effectué la comparaison de l'encours de la dette au 1er janvier 2015 - soit 3,905 milliard d'euros - avec celui constaté au 1er janvier 2019 - soit 5,699 milliards d'euros. Durant cette période, la dette parisienne a été multipliée par 1,47. Benjamin Griveaux, en annonçant une hausse de 50%, est assez proche des conclusions de la municipalité sur les cinq dernières années. 

L'analyse sur 15 ans est, quant à elle, impossible, les Rapports financiers en ligne ne remontant que jusqu'à 2005. Il faut donc se contenter d'une comparaison sur les 14 dernières années. On constate alors que, depuis 2005, l'encours de la dette bancaire et obligataire est passée de 1,109 milliard d'euros à 5,699 milliards d'euros. Une multiplication par plus de cinq qui donnerait donc raison à Benjamin Griveaux et pas aux services municipaux, qui avançaient une multiplication par 3,83.

Comment la mairie justifie-t-elle l'endettement de la ville de Paris ?

Pour comprendre l'augmentation de l'endettement de la capitale, LCI a posé la question à Emmanuel Grégoire, premier adjoint d'Anne Hidalgo, en charge du budget. Si l'élu reconnaît que la dette a bien augmenté depuis le début du mandat, il tient à préciser que cette politique se révélait nécessaire pour réaliser des investissements cruciaux. "Quand nous sommes arrivés, Paris manquait cruellement de places en crèche, par exemple. Nous avons dû rattraper ce retard pour les familles, ce qui a forcément un coût." Aujourd'hui, Paris est la collectivité qui compte le plus de places en crèche par habitant, alors qu'elle était en dernière position il y a 15 ans. 

La municipalité contredit également l'argument de Benjamin Griveaux qui voudrait que l'endettement d'aujourd'hui soit l'impôt qui pèsera sur les générations futures. "Investir, c’est protéger les générations futures. Paris investit pour la mise en œuvre du Plan climat, qui vise à faire de Paris une ville neutre en carbone et utilisant 100% d'énergies renouvelables d’ici à 2050." 

De plus, Emmanuel Grégoire s'étonne du discours "anti-dette" de Benjamin Griveaux. "Le sénateur Julien Bargeton, qui fait actuellement campagne au côté du candidat LaREM, était l'adjoint aux finances d'Anne Hidalgo jusqu'en octobre 2017. Il a participé à l'élaboration du programme et c'est lui qui a porté cette politique d'investissement." 

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"Tout était annoncé dans notre programme, estime Emmanuel Grégoire. Il n'y a pas eu de surprises pour les Parisiens. Ils ont voté pour une amélioration des infrastructures et des services." Lorsqu'on se penche sur le programme socialiste 'Paris Qui Ose' de 2014, Anne Hidalgo annonce en effet que son mandat sera placé sous le signe de l'investissement public. "Logements sociaux, écoles, crèches, espaces verts, tramways, aménagements de voirie, couverture partielle du périphérique : personne ne peut nier la nécessité de continuer à installer dans Paris les équipements indispensables à la qualité de vie de ses habitants." Mais dans le même temps, la future maire précise que "la dette doit rester soutenable" et s'engage à ce que "ces investissements ne dégraderont pas l’excellente situation financière actuelle de la Ville". Une promesse de campagne que Benjamin Griveaux n'estime donc pas respectée.  

La ville de Paris est-elle en bonne santé financière ?

D'après la municipalité, les finances de Paris sont loin d'être mauvaises. "Paris est l’une des grandes villes les moins endettées de France : la dette par habitant à Paris de 2549 euros au 1er janvier 2018 contre 3749 euros à Marseille, 3624 euros au Havre ou encore 4799 euros à Nice", explique-t-on sur le site de la ville. 

Pour le 31 décembre 2019, la Ville nous indique que la dette devrait s'établir à 5,9 milliards d'euros, soit une hausse de 201 millions d'euros en un an. Mais pour Emmanuel Grégoire, celle-ci est "bien plus modérée que les années précédentes. Nous sommes en train de stabiliser l'endettement comme nous l'avions prévu." De plus, "la durée de désendettement de la ville est inférieure aux taux maximum imposé par la loi." Le seuil légal est de 12 ans. A Paris, la durée de désendettement est de 9 ans. Enfin, la Ville aime à rappeler - elle s'en est fait l'écho en octobre 2018 - que les agences de notations se montrent très positives à l'égard des finances de la ville. 

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