SUV interdits, navettes, tunnel le long de la Seine... Comment les candidats à la mairie veulent "libérer" Paris de la voiture

Politique

Toute L'info sur

Les berges de Seine sans voiture : la polémique à Paris

TRANSPORTS - Le candidat écologiste à la mairie de Paris, David Belliard, a proposé mardi des mesures pour réduire drastiquement la place de la voiture dans la capitale. Comme lui, plusieurs candidats - ou candidats potentiels - aux municipales de 2020 ont fait de l'élimination de la voiture - du moins l'essence et le diesel - une priorité pour les années à venir. Mais pas tous. Revue des propositions.

Une priorité de santé publique qui se focalise sur l'usage de la voiture individuelle à moteur thermique. Les élections municipales de 2020 à Paris vont se concentrer pour une grande part sur la meilleure manière de limiter le recours à ce mode de transport, source de pollution et de bouchons interminables dans la capitale. A quatre mois du scrutin, les propositions sont déjà nombreuses - et parfois étonnantes.

Voir aussi

EELV : interdire les SUV dans Paris

En pointe dans la bataille anti-bagnole, les écologistes ont présenté mardi un plan pour un "Paris libéré de la voiture". Le candidat investi par Europe Ecologie Les Verts (EELV), David Belliard, propose des mesures drastiques pour décourager les automobilistes. Il prône ainsi l'interdiction pure et simple des SUV dans Paris, une "aberration" car "extrêmement lourds, polluants, très dangereux en ville", a développé ce dernier sur Europe 1. Pour cela, il faudrait intégrer à l'actuelle vignette Crit'Air "le poids" du véhicule, et ainsi empêcher qu'il n'entre dans la capitale. 

Les écologistes proposent en outre dans leur plan de créer des quartiers "100% piétons et cyclables dans chaque arrondissement", de "piétonniser les 300 écoles les plus polluées" de la capitale, de "végétaliser" et "aménager 50% des places de parking en surface d'ici 2025". Mais aussi de transformer le boulevard périphérique en "boulevard urbain" que l'on pourra "traverser à pied ou à vélo". "La moitié de la ville est consacrée à la voiture", argumente David Belliard. "Cet espace n'est pas destiné aux Parisiens puisque seulement 13% des mobilités se font avec la voiture individuelle."

Lire aussi

Benjamin Griveaux : prime à la conversion

Le candidat investi par LaREM a régulièrement incriminé la politique de l'actuelle maire, Anne Hidalgo, responsable selon lui - notamment en raison des chantiers dans la capitale - des bouchons à répétition à Paris. Benjamin Griveaux, qui a demandé "un moratoire" sur ces chantiers, se dit "favorable à la fin des moteurs thermiques à l'horizon 2030 dans Paris", un objectif similaire à celui d'Anne Hidalgo. "Mais, a-t-il précisé au Parisien, je m'oppose à la réduction à tout prix des voiries. Car si demain, comme je le souhaite, il y a partout des voitures, des bus, des navettes électriques et propres, il faudra bien les faire rouler sur une voirie." 

L'ancien porte-parole du gouvernement propose donc d'accompagner la transformation du parc roulant, notamment pour les deux-roues motorisés dont il souhaite accélérer la conversion électrique. En outre, partant de l'hypothèse que "la moitié des émissions liées au trafic provient de deux catégories, les cars de tourisme et les véhicules professionnels", il veut prioritairement "faire en sorte qu'il n'y ait plus de car diesel dans la capitale" d'ici trois ans - au profit de l'hybride et de l'hydrogène - et proposer "une prime à la conversion pour les professionnels", un dispositif qui existe d'ailleurs déjà à Paris. 

Voir aussi

Cédric Villani : la fin du véhicule individuel

Le député de l'Essonne, candidat dissident de LaREM, partage l'objectif de l'actuelle maire et des écologistes visant à réduire le nombre de voitures dans Paris. Mais, souligne-t-il, "en multipliant les alternatives". "Les voitures individuelles ont vocation à disparaître. Qui sait à quelle échéance ?", a-t-il fait valoir dans le JDD. "Demain, nous circuleront en minibus autonomes, partagés, à la demande et propres", prophétisait-il également. Pour le scientifique de formation, "la modélisation mathématique sera précieuse" dans la lutte pour fluidifier la capitale, et ce sujet serait "une priorité" pour le candidat s'il est élu. 

Le 27 octobre, lors de son passage au Grand Jury LCI-RTL-Le Figaro, le candidat a fait sienne l'idée de créer "un service de navettes partagées, comme à Berlin", et la proposition du député Pierre-Yves Bournazel visant à créer "des quartiers préservés où les voitures roulent au pas, en cohabitation avec les vélos", sur le modèle des "superblocks" mis en place à Barcelone. 

En vidéo

Cédric Villani : "Je ne m'allierai pas avec Anne Hidalgo"

Pierre-Yves Bournazel : des parkings relais aux portes de Paris

Le député Agir, également candidat aux municipales, a pour l'heure fait deux propositions au Parisien pour les mobilités dans la capitale. Il souhaite ainsi créer "des parkings relais gratuits et sécurisés aux grandes intersections routières et autoroutières", afin d'inciter les automobilistes à laisser leur voiture aux entrées de Paris. 

Pierre-Yves Bournazel veut également étendre le stationnement payant aux deux-roues motorisés, et utiliser les recettes attendues de cette mesure pour financer 50 000 places dédiées aux motos et aux scooters. 

Gaspard Gantzer : prime au tout électrique

Le fondateur de "Parisiennes, Parisiens" a fait parler de lui en remettant sur la table l'idée de supprimer purement et simplement le boulevard périphérique, une mesure jugée infaisable et trop chère par ses détracteurs. 

Gaspard Gantzer dénonce la "logique punitive" de la politique actuelle de la mairie de Paris, qui selon lui "crée des congestions". Il propose sur son site de "développer des solutions alternatives" et en attendant, de "laisser ceux qui le souhaitent et le doivent, rouler en scooter ou en voiture à Paris". Surtout, l'ancien conseiller de François Hollande veut "inciter au tout électrique" en mettant en place une subvention d'achat sur le modèle du vélo, qui contribuerait à hauteur de 1 000 euros à l'achat d'une voiture électrique, et en finançant 5 000 nouvelles bornes de recharge. 

Marcel Campion : un périph' sous le périph'

Parmi les candidats déclarés, le "roi des forains" Marcel Campion, en guerre contre l'actuelle maire, est l'un des deux seuls à défendre la réouverture des voies sur berges, "du lundi au vendredi", aux automobilistes. 

En outre, il souhaite, comme il l'avait indiqué à LCI, "faire étudier la possibilité de créer un nouveau boulevard périphérique" enterré sous l'ancien. L'objectif serait de construire une rocade souterraine à péages - ancienne idée de Jacques Chirac - qui serait financée en associant les sociétés d'autoroutes. 

Serge Federbush : un tunnel le long de la Seine

Autre candidat anti-Hidalgo, mais soutenu quant à lui par le Rassemblement national, Serge Federbush propose de revoir de façon radicale la circulation des voitures d'ouest en est à travers la capitale. Sur le site de son mouvement "Aimer Paris", il préconise une solution "raisonnable" qui consisterait à "faire l'inverse de ce qu'a fait la municipalité", à savoir rouvrir la voie Pompidou (quais bas) à la circulation automobile, et rendre les quais hauts semi-piétons. 

Serge Federbush propose toutefois une autre option, "plus ambitieuse". Il souhaite créer un tunnel à péages allant du Trocadéro (16e) à Morland (4e), avec seulement "deux ou trois accès", réservé aux automobilistes qui souhaiteraient traverser le centre de la capitale sans s'y arrêter. En contrepartie de ce tunnel, les espaces en surface seraient "réservés aux piétons, aux vélos et à des véhicules automatiques électriques qui tariferaient la course à un prix faible". 

Anne Hidalgo : zone restreinte dans le centre

L'actuelle maire n'est pas officiellement candidate à sa réélection et pourrait officialiser cette candidature fin 2019 ou début 2020. Toutefois, Anne Hidalgo a d'ores et déjà donné plusieurs signaux, laissant comprendre qu'elle envisageait de poursuivre sa politique visant à limiter le trafic automobile dans la capitale. 

La maire de Paris a ainsi vanté, en mai 2019, les conclusions d'un rapport transpartisan qu'elle avait demandé au Conseil de Paris, intitulé "40 propositions pour transformer le périphérique". Il y était proposé notamment de faire évoluer le périph' en "boulevard urbain" à l'horizon 2030. En outre, Anne Hidalgo s'est montrée favorable à une limitation de la vitesse sur cet axe à 50 km/h, contre 70 km/h actuellement. Elle souhaite aussi multiplier les initiatives visant à rendre le périphérique piéton certains week-end. 

Enfin, Anne Hidalgo a défendu, fin 2018, la possibilité de créer, "dans une prochaine mandature", "une zone de circulation extrêmement restreinte, avec des navettes électriques autonomes", dans l'hypercentre de la capitale, à savoir les quatre premiers arrondissements. 

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter