Municipales à Paris : Cédric Villani, le brillant "matheux" jeté corps et âme dans l'arène politique

Politique

PARIS - A 45 ans, le lauréat de la médaille Fields de mathématiques et député LaREM a annoncé au 4 septembre qu'il se présenterait aux municipales à Paris, face au candidat officiellement investi par son mouvement, LaREM, Benjamin Griveaux. Itinéraire d'un scientifique entré dans le dur du combat politique.

"L'avenir de l'écologie à Paris ne s'écrira pas à coups de com' et d'arbres plantés entre le béton et le bitume." Difficile d'imaginer que ces propos, tenus début juillet jours lors d'un meeting pour l'investiture LaREM aux municipales, viennent de celui qui, en 2014, présidait le comité de soutien d'Anne Hidalgo et vantait alors une candidate "très en avance sur la concurrence" en matière d'écologie. 

En quelques semaines, le mathématicien de stature mondiale, connu pour ce look extravagant qu'il arbore fièrement depuis ses jeunes années - même s'il a temporairement abandonné sa fameuse lavallière -, ainsi que pour des travaux à l'Assemblée nationale liés à son statut de scientifique, s'est mué en candidat à l'affrontement jupitérien qui s'annonce dans la capitale en 2020. Il a confirmé ses ambitions mercredi 4 septembre, dans une brasserie parisienne, au cours d'un discours où il a notamment rappelé avec beaucoup d'emphase son attachement au 14e arrondissement.

S'il concentre le feu sur Anne Hidalgo, la maire sortante responsable selon lui du "bazar" sur la chaussée, de la saleté et globalement d'un bilan "insatisfaisant", il n'hésite pas à dénoncer le processus du mouvement LaREM qui a abouti le 10 juillet à l'investiture de Benjamin Griveaux, à son détriment. Une procédure "viciée", selon lui, manquant de transparence et qui serait contraire à l'esprit d'En Marche, ce que conteste bien sûr le candidat de la majorité présidentielle. 

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Il était également difficile d'imaginer, il y a encore trois ans, que Cédric Villani embrasserait une carrière si différente de celle à laquelle il a consacré les premières années de sa vie professionnelle, la recherche en mathématiques. Lycéen surdoué et multidisciplinaire (18,04 de moyenne générale au bac), puis étudiant à l'ENS Ulm, son parcours "studieux" de jeune scientifique n'a été diverti que par quelques passions annexes, dont la musique, le pogo (la danse) et le ping-pong, comme il le racontait dans une interview déjantée accordée en 2011 à L'Etudiant.  

Agrégé, puis professeur à l'ENS Lyon et directeur de l'Institut Henri-Poincaré, le mathématicien a traversé les années 2000 avec une moisson de prix prestigieux, jusqu'à la plus haute distinction mondiale dans son domaine, la médaille Fields, reçue en août 2010 pour ses découvertes "en théorie cinétique de l'équation de Boltzmann" et sur "le transport optimal". 

Malgré le caractère réputé austère de sa discipline, Cédric Villani est rapidement devenu une personnalité médiatique, utilisant sa notoriété nouvelle pour vulgariser cette matière et donner le goût des maths aux plus jeunes. Avec le soutien de la mairie de Paris, il a porté, entre autres, le projet d'une Maison des mathématiques qui doit voir le jour en 2021 dans la capitale. 

Outre son soutien à Anne Hidalgo en 2014, les seules incursions publiques dans le champ politique de l'auteur de Théorème Vivant - ouvrage dans lequel il raconte le cheminement qui l'a amené à ses découvertes - consistaient à critiquer un système d'enseignement français qui "paralyse" l'élève, à défendre le programme Erasmus ou à déplorer les coups de rabots dans le budget de la recherche sous le mandat de François Hollande. 

Le "matheux" au Palais Bourbon

Le mathématicien a toutefois entretenu des relations avec le pouvoir avant même de s'engager politiquement. Il a ainsi indiqué avoir connu Emmanuel Macron dès 2013, lorsque ce dernier était secrétaire général adjoint de l'Elysée. Le futur chef de l'Etat incarnait à ses yeux "l'espoir de voir se réaliser deux évolutions politiques dont [il] rêvait depuis 15 ans, l'émergence d'un vrai centre indépendant, et le ravivement par la France de l'idéal européen". "On a besoin d’une grande réconciliation et Macron s’est posé comme le candidat de la réconciliation", estimait-il également, en mars 2017, sur LCI, lors de l'officialisation de son ralliement à En Marche.  

Investi dans la 5e circonscription de l'Essonne, le mathématicien a bénéficié de la vague LaREM aux législatives. Il a fait partie de ces nombreux néo-députés arrivés au Palais Bourbon au bénéfice de la vague macroniste. "J'ai vu le matheux, je vais lui expliquer le contrat de travail", l'avait notamment taquiné Jean-Luc Mélenchon en guise de bizutage politique en juin 2017 sur fond de réforme du code du travail. Des propos que le scientifique avait peu appréciés, leur apportant une réplique cinglante. 

Par la suite, le député de l'Essonne s'est concentré sur des combats liés à son parcours. Il a pris, en juillet 2017, la présidence puis la vice-présidence de l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, organisme ayant pour mission d'informer le Parlement sur les conséquences des décisions publiques dans ces domaines, avant d'être chargé par Edouard Philippe d'une mission sur l'intelligence artificielle, puis de produire début 2018 un rapport sur l'enseignement des maths à l'école.

A l'automne 2018, Cédric Villani avait évoqué l'hypothèse d'une candidature d'Edouard Philippe à Paris, estimant que le Premier ministre ferait un "bon maire". C'était avant qu'il ne décide, début 2019, de se jeter lui-même dans l'arène des municipales, n'hésitant plus à remettre en cause le scénario bien établi d'une candidature de Benjamin Griveaux, un très proche d'Emmanuel Macron, quitte à déplaire au sommet de la Macronie. 

Durant sa candidature interne à LaREM, Cédric Villani s'est trouvé considérablement dopé par les soutiens qu'il engrangeait, convaincu d'incarner une autre voie pour le macronisme. Aujourd'hui, le mathématicien semble savoir ce qu'il veut. Tout en assurant Edouard Philippe et Emmanuel Macron de sa fidélité, il se lance dans le grand bain, contre son propre mouvement. "La question de la loyauté n'est pas posée à nous, mais à un appareil qui a trahi ses valeurs", assurait ces derniers jours à LCI un proche de Villani. "Ce ne serait pas une candidature de rancoeur, une candidature perso, mais un collectif qui se met en mouvement parce qu'il croit en Villani." 

Très rapidement après l'annonce de la candidature, La République en marche a dégainé un communiqué, dans lequel son bureau exécutif a indiqué "regretter" la décision de Villani. Pour autant, ne souhaitant pas "tomber dans la division", il a indiqué que le néo-candidat ne serait pas exclu du parti.

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