Municipales : à Rouen, l’ombre de Lubrizol plane sur la campagne

Après l'incendie de l'usine Lubrizol, à Rouen.
Politique

CAMPAGNE – En septembre dernier, Rouen a été touché par un accident industriel majeur, l’incendie du site Lubrizol, classé Seveso seuil haut. Six mois après, l’événement est encore dans tous les esprits et donne lieu à un plus vaste débat sur la présence de sites industriels dans la ville. De quoi alimenter la campagne qui donne le candidat écologiste en tête des sondages.

Dans la nuit du 25 au 26 septembre dernier, un incendie se déclarait à l’usine Lubrizol, située sur la rive gauche de Rouen. L’épais panache de fumée grise a disparu depuis mais a laissé derrière lui inquiétude et incompréhension parmi la population. 

Six mois après, l’accident industriel s'est forcément invité dans la campagne des municipales. "Les gens ont peur qu’un autre accident de ce type se produise", confie Marie Atinault, numéro 2 sur la liste du candidat socialiste Nicolas Mayer-Rossignol. "Il y a un vrai traumatisme, on l’a tous vécu comme un événement grave."

EELV en tête des intentions de vote

"On n’en parle pas assez aujourd’hui, en tout cas pas assez bien", regrette Caroline. Cette Rouennaise de 52 ans vit sur la rive droite, là où le nuage de fumée s’est propagé rapidement. "Les deux ou trois jours qui ont suivi l’incendie, ça puait tellement que j’en ai pleuré." Caroline a choisi d’aller voter, contrairement à la présidentielle, et en faveur de l’écologiste Jean-Michel Beregovoy. Le candidat EELV est en tête des intentions de votes, selon un sondage publié jeudi 5 mars par France Bleu Normandie, et pourrait ainsi succéder au maire PS sortant Yves Robert, qui ne se représente pas. "Il fait partie des gens qui se bougent", estime la Rouennaise, qui ne croit pas toutefois en une "réelle volonté politique" au sujet de l’environnement. 

De fait, les thématiques environnementales, appartenant pendant longtemps au parti Europe Ecologie Les Verts (EELV), sont au cœur des municipales à Rouen, ville ancrée à gauche. Sur la plateforme Monaviscitoyen.fr, avec laquelle LCI.fr s’associe à l'occasion des élection municipales, les Rouennais ont fait remonter leurs préoccupations pour ces élections et donné leur avis sur leur quotidien. Près de 150.000 commentaires y ont été déposés et certains se concentrent sur la pollution industrielle et la gestion de la crise de Lubrizol, jugée catastrophique par beaucoup. On peut notamment lire : "il est incompréhensible que des sites Seveso soient si proches de zones de vie", "Rouen étant dans une cuvette, l’air que l’on respire n’est pas bon", "très gros point noir sur l’industrie lourde à proximité des habitations, qualité de l’air douteuse". 

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Un rapport avait-il mis en garde Lubrizol sur des défauts de sécurité de son usine de Rouen ?

Lubrizol "a rythmé la campagne"

"À la sortie des Européennes, on a senti un engouement très fort pour les enjeux environnementaux et Lubrizol n’a fait qu’accentuer ce sentiment-là", confirme Marie Atinault. L’équipe de campagne de Marine Caron, candidate centriste à Rouen, abonde dans ce sens et précise que Lubrizol a bel et bien "rythmé la campagne". Sur le terrain, ce serait, selon l’équipe, la question de sa fermeture qui revient le plus souvent à la mention de l’accident, et sous cette forme : "Pour ou contre la fermeture de Lubrizol ?"  

Force est de constater que face à la pollution engendrée par l’incendie (l’entreprise Lubrizol a été mise en examen le 27 février, ndlr), chacune des têtes de liste a du se prononcer sur la mise à l’arrêt du site. Sur les neuf candidats, seul l’écologiste Jean-Michel Beregovoy se prononce pour sa fermeture. 

L'avenir des sites industriels en question ?

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L’incendie de l’usine Lubrizol à Rouen

Pour Maitre Jonas Haddad, qui défend 400 plaignants dans le dossier Lubrizol, l’enjeu de ces élections est plus vaste que cela. L’avocat estime que l’on ne peut "résumer la campagne à cette question aussi binaire" : il y a aussi la question de l’avenir des sites industriels, "près d’une zone aussi dense que celle-ci". 

L’accident de Lubrizol a en effet relancé le débat sur la présence de ces usines en ville. "On connait tous le tissu industriel local. À côté de Lubrizol, il y a d’autres sites Seveso. L’histoire a voulu que la zone industrielle soit séparée de la ville mais depuis, il y a eu un étalement urbain et donc des zones habitées juste à côté", détaille Marie Atinault. La rive gauche de Rouen est particulièrement concernée, avec une vaste zone industrielle qui compte la majorité des 14 sites classés Seveso seuil haut. L’agglomération de Rouen, elle, dénombre 500.000 habitants et 26 entreprises classées Seveso. Et "pas assez d’agents pour contrôler ces sites", selon Marie Atinault.

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