Municipales à Paris : Griveaux et Villani désertent-il l'Assemblée pour faire campagne ?

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A LA LOUPE - La campagne des municipales à Paris est lancée et, avec elle, sont lot de coups bas. Benjamin Griveaux et Cédric Villani sont notamment accusés d'absentéisme à l'Assemblée Nationale. LCI fait le point.

Est-il possible de faire campagne pour les municipales tout en honorant son travail parlementaire ? Alors qu'une cinquantaine de députés et de sénateurs envisagent de quitter leur poste pour occuper une place de maire, selon le Parisien, la question mérite d'être posée. Et de nombreux regards se tournent vers l'un des plus médiatiques députés : Benjamin Griveaux. "A part être candidat à Paris, il n'a pas un boulot Benjamin Griveaux ?" a questionné, avec ironie, Yann Barthès le 11 octobre dernier dans Quotidien.

Revenu sur les bancs de l'Assemblée en avril dernier, après avoir quitté le gouvernement pour se consacrer aux municipales, l'élu n'enregistrait alors aucune intervention à l'Assemblée ou en commission. Pas de rapports rendus, ni de propositions de loi. Pas d'amendements propres, ni de questions écrites ou orales.

Il n'en fallait pas moins pour déclencher une vague de critiques sur les réseaux sociaux. "Nos impôts te filent 7.000 balles pour représenter les Français à l'Assemblée Nationale. Faudrait pas que ça ressemble à un emploi fictif quand même..." réagit un internaute.

"Après le fantôme de l'opéra, le phantom of the paradise... Benjamin Griveaux est heureux de vous présenter le fantôme de l'Assemblée Nationale : une oeuvre financée sur vos deniers publics", tance un autre.

La critique est-elle méritée ? Si l'on s'en tient aux données publiques disponibles sur le site de l'Assemblée Nationale, compilée par l'observatoire citoyen de l'activité parlementaire NosDéputés.fr, l'élu de Paris fait effectivement figure de mauvais élève. Sa "présence détectée" est assez faible : depuis la mi-avril, il ne se serait rendu à l'Assemblée que 8 semaines. Ce décompte est non exhaustif mais comprend la présence en commission, les prises de parole dans l’hémicycle ou la participation physique à un scrutin public. 

Depuis que les critiques ont fait jour, Benjamin Griveaux s'est un peu rattrapé, il a participé à 7 votes en Assemblée (dont 4 le 31 octobre). Au total, il aura voté 35 fois depuis son retour à l'Assemblée, dont 12 fois par délégation et 23 fois en présence.

Il a également adressé une question écrite, le 22 octobre, au Ministère de la cohésion des territoires au sujet de la recrudescence des punaises de lit dans le pays, notamment à Paris. "Un vrai sujet dans sa circonscription", souligne sa chargée de communication.

Une présence qui reste faible en cinq mois d'activité. Durant ce laps de temps, il n'a déposé aucun amendement, ni de proposition de loi et ne s'est jamais exprimé dans l'Assemblée. Membre de la commission de la défense nationale et des forces armées, il n'a jamais fait partie d'une mission d'information. D'après les comptes-rendus publics de cette commission, sur les 21 réunions mises en place depuis le mois de mai, il n'aura été présent que trois fois - deux fois excusé et 16 fois absents.

La défense de Benjamin Griveaux

Contactée par LCI, l'équipe de Benjamin Griveaux estime que les données accessibles ne reflètent pas tout le travail des élus. Il est vrai qu'elles ne prennent pas en compte les présences à l'Assemblée qui ne sont pas sanctionnées par un vote ou une prise de parole, ni le travail en circonscription. Le candidat à la mairie de Paris affirme ainsi être très mobilisé "sur le terrain", notamment sur "le réaménagement de la gare du Nord" mais aussi sur la problématique des femmes SDF à l'hôpital Lariboisière. "Deux femmes sans abri accouchent chaque jour dans cette hôpital, nous travaillons en lien avec l'ARS pour leur trouver des solutions". Sa chargée de communication énumère également l'installation d'"une salle de shoot", "le sujet de la vente à la sauvette de cigarettes", "les nuisances sonores au Canal Saint-Martin" et la prolifération d'algues. En clair, le candidat privilégierait les actions au sein de ses arrondissements plutôt que dans l'Hémicycle. 

Benjamin Griveaux souligne par ailleurs, dans les colonnes de Capital mi-octobre, "de nombreux amendements et propositions de lois signées". S'il n'en est jamais l'auteur, il est effectivement cosignataire de 6 propositions de loi et de 149 amendements. Il affirme enfin avoir été présent à maintes reprises, en dehors des séances de vote. "Par exemple, j’étais là lors du débat sur l’immigration à l’Assemblée”, dit-il.

Les images du débat, disponibles dans les vidéos de l'Assemblée, ne prouvent pas sa présence, mais Benjamin Griveaux a pu y assister partiellement, voire depuis un autre siège que celui qui lui est assigné (461).

Benjamin Griveaux n'est pas le seul député critiqué par son absentéisme, Cédric Villani l'est également, dans une moindre mesure.

Le député de l'Essone compte 27 semaines d'activité (présence détectée) sur les 12 derniers mois, ce qui le classe dans les 150 élus les moins actifs. "Malheureusement, les 577 députés sont rarement tous présents, il y a un roulement pour les votes", explique son chargé de communication. Il est cependant plus présent que son adversaire à la mairie de Paris : depuis la mi-avril, il a été au moins 14 semaines à l'Assemblée, contre 8 pour Griveaux. Comme son adversaire, le candidat dissident de LaREM assure "une forte présence en circonscription", des éléments non pris en compte par les données publiques. "Demain encore, il sera sur le terrain, à une commémoration".

Si, lui, a pris la parole dans hémicycle, il ne l'a fait qu'à deux reprises. Côté questions écrites ou orales, il en a adressé 13 dont 2 depuis le mois d'avril. Mais l'élu se rattrape avec son travail en commission avec 357 interventions sur les 12 derniers mois, ce qui le classe, pour ce seul critère, dans les 150 députés les plus actifs.

"Il est également l'auteur de nombreux rapports, sur l'Intelligence Artificielle, l'enseignement des mathématiques, le financement de la recherche publique", déroule son équipe. En effet, il comptabilise 10 rapports dont 7 pour lesquels il en est l'auteur unique, ce qui le classe dans le top 5 de l'Assemblée. Si l'on ne s'intéresse qu'à la période de la mi-avril à aujourd'hui (retour de M. Griveaux dans l’hémicycle), on en compte trois. "Je vous confirme qu'il a beaucoup de boulot, son agenda est très très chargé", insiste son chargé de campagne.

Comparé aux "bons élèves" de l'Assemblée, Cédric Villani et Benjamin Griveaux ont encore un peu de chemin à faire. A titre de comparaison, le député LR de Meurthe-et-Moselle Thibault Bazin affiche un pedigree défiant toute concurrence - en tout cas, en ce qui concerne les données publiques  : 42 semaines d'activité sur les 10 derniers mois, 157 présences en commission, plus de 1600 interventions dans l’hémicycle, 2 rapports, 6 propositions de loi et 52 questions.

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