La sénatrice Samia Ghali arbitre du troisième tour à Marseille entre LR et le Printemps marseillais

Marseille : le 3e tour tourne au feuilleton à droite
Politique

PORTRAIT - La médiatique sénatrice Samia Ghali, maire des 15e et 16e arrondissements depuis 2008, s'apprête à arbitrer le troisième tour des élections municipales à Marseille. Une revanche pour cette enfant de la "misère" qui a pris ses distances avec le PS ?

Les 2,7% de Samia Ghali au second tour des élections municipales vont peser bien plus lourd ce samedi. La sénatrice, élue dans le 8e secteur de la ville dimanche dernier, est la seule à connaître l'épilogue de ces municipales marseillaises. C'est elle qui va faire pencher la mairie à droite ou à gauche, en choisissant de se rallier au nouveau candidat LR Guy Teissier ou son challenger, Lionel Royer-Perreaut, ou à la candidate du Printemps marseillais Michèle Rubirola (arrivée en tête avec 38% des voix, mais ne disposant pas du nombre de sièges nécessaires pour bénéficier de la majorité au conseil municipal). 

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A défaut d'avoir été élue maire de Marseille, ce dont elle rêvait au début de sa campagne après avoir échoué à se présenter sous l'étiquette PS en 2014, elle va donc se contenter du rôle d'arbitre. "Marseille ne pourra plus se faire sans les quartiers nord", a-t-elle d'ailleurs déclaré le 28 juin dernier. Depuis toujours, Samia Ghali a à cœur de donner de la visibilité à ces quartiers excentrés de la ville, peu desservis par les transports, gangrenés par le trafic de drogue, victimes de la pollution des bateaux de croisière. 

C'est parce qu'elle a vu ses amis mourir à cause de la drogue et qu'elle a grandi dans un bidonville qu'elle a eu l'envie de s'engager en politique. Née en 1968 de parents venus d'Algérie, dans un bidonville de Font-Vert, Samia Ghali ne cache pas son enfance "de misère". Tout bébé, elle est abandonnée par son père qui rentre en Algérie : "une plaie béante", confie-t-elle dans son autobiographie. A l'âge de six mois, dénutrie, l'intervention de son grand-père lui évite la mort. Séparée de sa mère, elle sera élevée par ses grands-parents. Aujourd'hui, elle habite dans le quartier chic du Roucas-Blanc, dans une villa à laquelle le Parquet national financier s'est intéressé de près, au point d'ouvrir une enquête préliminaire sur ses conditions d'achat en 2016.

Maire des quartiers nord depuis 2008

Après un CAP de comptabilité, elle devient salariée d'une mutuelle puis agent territorial à la région. Elle adhère jeune au Parti socialiste, à la section du 15e arrondissement de Marseille, et y "fait son trou", militant aux côtés de Patrick Mennucci, dernier baron socialiste local. En 1995, elle devient conseillère d'arrondissement du 8e secteur (15-16e arrondissements), puis conseillère municipale à la mairie centrale en 2001, vice-présidente de la région Paca en 2004. En 2008, elle emporte dès le premier tour la mairie de son secteur et accède au Sénat. En 2017, en raison de la loi interdisant le non-cumul des mandats, elle laisse sa place à la mairie à son premier adjoint.

En 2014, elle se livre à un duel fratricide avec Patrick Mennucci pour la primaire du PS à la mairie de Marseille. Ce dernier l'accuse d'être la "candidate du système" Jean-Noël Guérini, président du conseil général tombé en disgrâce après ses démêlés judiciaires. Elle perd le combat, après être arrivée en tête au premier tour, et accuse Matignon d'avoir favorisé son adversaire. En 2018 elle ne renouvelle pas sa cotisation au Parti socialiste, où elle dit avoir été victime de racisme. "Ma personnalité, elle transcende les partis politiques", assure-t-elle à l'AFP. 

Une sénatrice médiatique

Sur la plan national, la sénatrice des Bouches-du-Rhône a émergé sous les spotlights après avoir demandé, en 2012, l'intervention de l'armée dans les quartiers nord, touchés par une vague de règlements de compte. Elle avait aussi suscité de vives critiques en affirmant "comprendre" l'exaspération d'habitants qui avaient chassé des Roms d'un campement.

Toujours isolée, quand le reste de la gauche marseillaise travaille à un vaste rassemblement pour l'élection municipale en 2020, elle fait encore sécession, en créant son propre mouvement, "Marseille avant tout". Aujourd'hui, le Printemps marseillais, qui a maintenu sa liste face à Samia Ghali dans le 8e secteur, l'a officiellement appelée au rassemblement. Les deux femme se rencontrées, rencontre au cours de laquelle la sénatrice a réclamé le poste de première adjointe. Une demande écartée par Michèle Rubirola vendredi 3 juillet : "L'avenir de Marseille ne doit pas se jouer autour d’une revendication individuelle. Je ne serais l’otage d’aucun chantage, je réfute ces pratiques bien éloignées des enjeux et j’invite Samia Ghali à faire de même." Le signe que, face au déchirement de la droite, le Printemps marseillais se sent en position de force ? Réponse samedi.

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