Municipales : le Rassemblement national favori à Perpignan, "un territoire qui se cherche un patron"

Municipales : le Rassemblement national favori à Perpignan, "un territoire qui se cherche un patron"

INTERVIEW - Perpignan (Pyrénées-Orientales) est la plus grande ville française convoitée par le Rassemblement national. Louis Aliot, qui se présente officiellement sans étiquette, pourrait cette fois venir à bout du "front républicain" qu'il l'avait stoppé en 2014. Les explications de l'historien Nicolas Lebourg, spécialiste de cette terre d'élection.

Perpignan, avec ses 121.875 habitants, est le plus grand laboratoire du Rassemblement national pour les élections municipales 2020. S'il se présente sans étiquette et déroule une campagne plutôt modérée, c'est bien un ténor du RN, Louis Aliot, qui conduit la locomotive du mouvement de Marine Le Pen en vue d'une possible victoire. Le dernier sondage Ipsos-Sopra Steria, début février, plaçait ce dernier largement en tête des intentions de vote au premier tour, à 30%, devant un maire LR sortant affaibli, Jean-Marc Pujol (19%), une candidate EELV soutenue par le PS, Agnès Langevine (15%), le député LaREM Romain Grau (13%) et la liste "citoyenne" de Caroline Forgues (LFI-PCF-NPA), à 10%. 

En 2014, Jean-Marc Pujol avait été réélu grâce au désistement de la liste de gauche, au nom du fameux "front républicain". Cette fois, si le scrutin reste très ouvert, l'éclatement des listes susceptibles de se maintenir au second tour rend cette hypothèse moins probable. Perpignan va-t-il basculer au RN ? LCI fait le point avec l'historien Nicolas Lebourg, auteur avec Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach de l'étude "Perpignan, une ville promise au Rassemblement national ?", publiée en février 2020. 

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LCI : Voilà des années que l'on prophétise une victoire de l'ex-FN, devenu RN, à Perpignan. Cette fois-ci peut-elle être la bonne ?

Nicolas Lebourg : C'est très difficile à prévoir. Le premier grand reportage où l'on envisageait une victoire du FN dans cette ville remonte à 1993. Lors des élections de 2014, on avait à l'inverse sous-estimé la candidature de Louis Aliot, qui avait terminé avec 45% des voix au second tour. C'est la surmobilisation des électeurs des quartiers populaires et cosmopolites, y compris la communauté gitane de Perpignan, au second tour, qui a réduit le score du FN, un phénomène qui s'est reproduit à la présidentielle de 2017 contre Marine Le Pen. Difficile de dire si cette surmobilisation se reproduira en 2020 face à Louis Aliot, qui mène une campagne modérée et veut rassurer en se présentant comme celui qui va gérer la ville avec bon sens, sans faire de vagues. Il a bien compris que les thèmes de l'immigration et de l'islam avaient constitué un verrou en 2014, et veut éviter cette surmobilisation dans les quartiers populaires. Rien n'est sûr concernant ce scrutin. Le seul schéma dans lequel Louis Aliot paraît certain de gagner, c'est s'il se retrouve seul face à la gauche au second tour. La porosité observée depuis les années 1990 entre la droite et l'extrême droite lui profiterait. 

"On assiste à une décomposition des partis"

LCI : Y a-t-il des facteurs nouveaux dans ce scrutin, par rapport aux précédents ?

Nicolas Lebourg :  Il y a en effet plusieurs facteurs nouveaux. Tout d'abord, la recomposition politique nouvelle. On a observé, dans les bureaux de vote de quartiers bourgeois, des électeurs qui avaient voté pour Louis Aliot en 2014, puis pour François Fillon en 2017, avant de se tourner vers le mouvement d'Emmanuel Macron aux élections européennes de 2019. C'est un phénomène rare pour les politologues : une bourgeoisie locale qui se cherche manifestement un champion en oscillant, défendant le modèle économique libérale tout en recherchant une forme de conservatisme ethno-social face à l'immigration. Perpignan, c'est un territoire qui se cherche un patron. Cette tendance peut rappeler la ligne politique de Robert Ménard, vainqueur des municipales à Béziers en 2014. Cela étant, il y a également une part croissante d'électeurs qui ne sont pas nés à Perpignan, des retraités ou encore des gens qui viennent travailler, et qui ont tendance à se rapprocher du vote de l'ensemble du territoire national, plus modéré. 

Par ailleurs, on assiste à une décomposition des partis. La droite, qui tient la mairie depuis 1959, a réalisé moins de 8% lors des élections européennes. On retrouve des figure de droite sur la liste de Louis Aliot, des personnes issues de la bourgeoisie conservatrice. Quant à la gauche, si le PS local tient le département depuis 1998, c'est Jean-Luc Mélenchon qui fait un carton aux élections. A Perpignan, c'est la liste de gauche alternative et radicale qui passe devant le PS. 

LCI : D'après les remontées de la plateforme Monaviscitoyen, dont LCI est partenaire pour ces élections, les Perpignanais placent le désenclavement de leur ville et la sécurité en tête de leurs priorités. Quels sont les thèmes de cette campagne ?

Nicolas Lebourg : La sécurité était déjà un thème central en 2014 et elle est au cœur de cette campagne. Si les statistiques des crimes et délits sont globalement à la baisse à Perpignan, on assiste à une explosion des coups et blessures et des vols avec violence. Il y a en outre un épuisement exprimé à propos de l'enclavement du territoire. C'est la première campagne où l'on parle autant de la pauvreté. La situation socio-économique s'améliore peu. Le chômage continue de progresser et les jobs sont plus difficiles ici, la population étant moins qualifiée. 

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